MALADIES DU FOIE (HÉPATHIES
183. Il est indispensable d'avoir recours à l'examen plessimétrique du foie, avant de croire à l'existence d'une maladie de cet organe.
Les maladies du foie sont loin d'être aussi communes que le public et le plus grand nombre des médecins le pensent. Beaucoup d'affections en imposent pour des hépathies. Une douleur, un malaise, se déclarent-ils au niveau ou au-dessous des côtes inférieures droites, on admet tout d'abord que le foie est malade, et Ton oublie que les muscles, les nerfs intercostaux, la plèvre, l'estomac, l'intestin, etc., etc., peuvent être le siège de cette souffrance. C'est -faute d'explorer convenablement, c'est parce que Von néylige de percuter et de dessiner la glande hépatique que Ion commet de graves erreurs de diagnostic, qui compromettent la science, et, qui pis est, la vie des malades.
Que de personnes sont envoyées à Vichy pour y guérir de maladies du foie qu'elles n'ont pas: tandis qu'elles sont atteintes de quelques troubles de digestion et surtout de gastralgies causées par des acidités
gastriques, gastralgies que Ton calme en prenaut les eaux à Vichy, mais qui seraient encore mieux soulagées à Paris si Ton faisait usage , suivant ma formule (page 219) de bicarbonate de soude à hautes doses!
Que de frais on éviterait à ces personnes, et combien ne leur serait-on pas utile en leur disant ces vérités en quelqne sorte banales : les eaux et le sel de Vichy n exercent sur le foie aucune action utile; c'est l'estomac, l'intestin et les substances contenues dans ces viscères qu'ils modifient; cette modification heureuse a lieu partout où Ton donne dans des proportions suffisantes le bicarbonate de soude, et où Ton administre en même temps un régime réparateur et secondé par l'exercice au grand air et par le calme de l'esprit, etc.! Avant d'aller à Vichy ou ailleurs prendre des eaux (ce que l'on fait d'une manière si irréfléchie et en se laissant entraîner par une mode qui n'a d'autre avantage sur l'homœopathie que d'être un peu moins ridicule), il faut consulter un médecin consciencieux, habile dans le diagnostic, capable de dessiner plessimétriquement et à l'aide du crayon dermographique les organes en général et le foie en particulier. C'est alors que Ton saura si les eaux de Vichy peuvent être utiles, et que, dans bien des cas, l'on évitera aux malades de grandes dépenses et des traitements qui ne sont pas toujours exempts d'inconvénients.
184. Utilité des respirations profondes et réitérées dans les congestions sanguines du foie (hépatémies).
Lorsque Ton est certain que le foie est congestionné, c'est-à-dire augmenté de volume par suite de l'accumulation du sang dans ses vaisseaux et dans son tissu (1), le principal moyen de remédier pour le moment à cet état est de faire pratiquer, coup sur coup, dix à vingt soupirs très-profonds et trèsétendus.
Sous l'influence de ces soupirs, la figure plessimé-' trique qui, lors de la congestion, dépassait les limites observables dans Tétat normal (13 à l'4 centimètres de haut en bas, au niveau de la partie moyenne de la clavicule droite, et 3 ou tout au plus 6 centimètres à gauche de la ligne médiane), diminue de 3, 4 ou 5 centimètres dans le premier sens, et de 5 ou 6 centimètres dans la direction transversale.
Lorsque les grandes respirations dont il s'agit sont exécutées chez un adulte bien portant et robuste, en même temps que le foie diminue de dimension, les symptômes en rapport avec l'hépatémie et surtout la
(i) Voici les principaux caractères diagnosiques de ce fait: augmentation récente de volume, constatée par le plessimétrisme, quelquefois par la palpation ; diminution rapide du foie par les*, inspirations profondes et accélérées; difficulté à respirer dout la cause se fait sentir dans le côté droit; sensation de pesanteur à la hauteur de la ceinture, alors que l'on est dans la station.
Le foie congestionné a quelquefois 15, 20 et même 25 centimètres de haut en bas, et dépasse souvent la ligne médiane de 10 à 20 ou 30 centimètres.
dyspnée et la sensation pénible de pesanteur dans le côté droit se dissipent immédiatement.
18d. Jaunisse ou ictère (cholémie). Teinte jaune et physiologique de l'urine due à la présence dans la vésicule du principe colorant de la bile.
Il est une affection très-commune, à laquelle on donne généralement un nom moins ridicule encore que celui dont les médecins se servent pour la désigner; car le public l'appelle jaunisse, tandis que la dénomination scientique reçue est celle d'ictère, qui signifie belette aux yeux jaunes ; la jaunisse est due à ce que le principe colorant jaune de la bile est résorbé par les vaisseaux et teint alors le sérum ou l'eau du sang, laquelle, pénétrant dans la trame des tissus blanes, donne à ceux-ci la coloration jaune.
Cette teinte est en même temps communiquée à l'urine elle-même formée de matériaux contenusdans le sang. La teinte jaunâtre de l'urine normale est aussi due à la même cause (1). Ceci explique comment il se fait que, dans la jaunisse, à laquelle j'ai donné le nom de cholémie (bile dans le sang), le liquide urinaire présente une couleur d'ocre plus ou moins foncée. Or, presque toujours dans les cas qui nous oc* cupent actuellement, le plessimétrisme fait trouver
(1) J'ai fait récemment des expériences sur la bile ajoutée à l'eau simple ou à l'Urine, puis traitée par l'acide azotique, desquelles il résulte que la coloration jaune de l'urine normale est due à une certaine proportion du principe colorant jaune de la bile.
DES PETITS MOYEAS
le foie volumineux et le réservoir de la bile distendu par ce fluide,
186. Obstaciesau cours delà bile dans les vaisseaux excréteurs,
causant le plus souvent la jaunisse.
La raison matérielle de cette distension de la poche biliaire et de l'augmentation du foie si bien et si facilement constatées, est que, par suite de gêne, d'obstructions survenues dans le conduit excréteur de la bile, et cela soit par un épaississcment de celles-ci, soit par les calculs, soit par suite de l'inflammation du canal cholédoque, il arrive que le liquide biliaire, sans cesse formé par le foie, ne s'écoule pas dans l'intestin et s'accumule, d'une part, dans les vaisseaux hépatiques, et, de l'autre, dans la vésicule; alors- celle-ci fait ordinairement saillie au-dessous de l'organe dans la largeur de 3., 4 ou 5 centimètres, ce que l'on constate aussi par le dessin plessimétrique.
187. Moyens simples de remédier à la distension de la vésicule
et à la jaunisse.
Or, quand un médecin exercé à ce genre d'exploration a reconnu un tel état pathologique, ce n'est certainement pas à un mélange d'essence de térébenthine et d'éther sulfurique (potion de Durande), ou à des capsules qui en contiennent (comme le conseille un médecin qui avoue lai-même n'avoir aucune confiance dans ce remède) ; ce n'est pas au bicarbonate de soude ou à l'eau de Yichy (qui, certes, ne îiqué-
fient ni le sang ni la bile), qu'il convient d'avoir recours ; mais à des moyens bien simples et avoués par la raison, qu'il faut s'en rapporter. Ces moyens sont les suivants :
1° Des frictions et des pressions assez fortes pratiquées sur le lieu où le dessin plessimétrique permet de constater la présence du fond de la vésicule. Cette manœuvre, même à l'état normal , évacue si bien la poche biliaire du liquide qu'elle contient, que si on la rencontre mate dans une étendue donnée et si l'on vient ensuite à pratiquer pendant cinq ou dix minutes la friction et la pression dont il s'agit , on reconnaît bientôt que le réservoir biliaire reste vide; car on ne trouve plus sur le lieu qui lui correspondait que la sonorité et l'élasticité propre à l'estomac et à l'intestin.
2° Dans les cas où l'obstacle existant dans le conduit d'excrétion peut être facilement surmonté, la vésicule, anormalement distendue par la bile se vide, de la même façon. Si l'on veut encore favoriser cette évacuation, il faut, pendant que la main presse sur le fond du réservoir biliaire, faire exécuter au malade des efforts semblables à ceux du vomissement (1). Il me serait facile, si je ne craignais pas d'étendre inutile-
(1) Notons ici que l'évacuation de ia bile par îe vomissement à la suite d'efforts pour vomir, n'est en rien un signe d'affections dites bilieuses, car il ne s'agit ici que d'un phénomène d'exprèssion dû à la compression qu'exercent dans ce cas le diaphragme et les muscles abdominaux sur la vésicule distendue, qui laisse alors la bile s'écouler dans le duodénum.
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ment ce travail, de citer un grand nombre d'observations à l'appui des propositions précédentes.
188. Pressions , frictions exécutées sur le fond de la vésicule biliaire, calmant ou faisant dissiper les douleurs dites hépatiques.
En employant les procédés précédents, j'ai soulagé brusquement plusieurs malades qui souffraient excessivement de coliques dites hépatiques. — Celles-ci étaient dues probablement à des névralgies en rapport avec la présence de calculs biliaires dans le conduit cholédoque ; ce ne pouvait guère être dans le conduit cystique qu'ils s'étaient engagés, puisqu'une grande quantité de bile avait pu pénétrer dans la vésicule et la distendait. Un des cas les plus remarquables de ce genre, que j'ai observé (le 2 mars 1863) est celui du docteur J..., des Ternes , atteint depuis huit jours de cholémie et qui, souffrant extrêmement, portait un foie de près de 20 centimètres de haut en bas (tandis que, dans l'état normal, cet organe n'en présente que 13 ou 14), et qui dépassait de 12 centimètres la ligne médiane (l'état normal étant seulement de 3 à 6 centimètres par delà cette ligne). Chez ce malade, la vésicule du fiel (cystichole ou cholocyste) (1), présentait 8 centimètres dans le diamètre de son fond, et Ton pouvait la reconnaître au-dessous du foie par
(1) C'est par le mot angïcholalgie (douleur existante dans les vaisseaux de la bile) qu'il conviendrait de désigner la série d'accidents à laquelle on a donné le nom de colique hépatique.
la matité absolue qu'elle présentait. M. le docteur Berthold, ancien interne des hôpitaux, a constaté, ainsi que moi, que sous l'influence des inspirations profondes et accélérées, le foie diminuait et que le réservoir biliaire avait considérablement diminué sous l'influence des frictions, des pressions et des efforts de vomissement dont il vient d'être parlé.
189. Boissons à doses réitérées dans la jaunisse (ictère ou mieux jaunisse).
Les gardes-malades ne manquent guère de donner aux personnes atteintes de jarmisse de l'eau de carotte ; très-probablement ce moyen a été homœopathiquement proposé, parce que la carotte est souvent ellemême d'une couleur jaune-rougeâtre; aucun autre médicament n'a plus d'efficacité contre la cholémie que le suc de cette racine potagère ; les seules médications que la raison et l'expérience conduisent à employer alors que les éléments de la bile ont pénétré en abondance dans le sang, sont d'administrer en abondance, mais par petites proportions à la fois, des boissons aqueuses, en même temps que l'on fait prendre des injections d'eau dans le rectum, que l'on donne des bains, et que l'on administre des purgatifs pour évacuer la sérosité du sang. Dans de tels cas, les vomitifs sont aussi indiqués, mais principalement comme provoquant des mouvements qui, pressant sur la vésicule, font évacuer soit la bile, soit les calculs ou les productions plastiques que les con*
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duits biliaires peuvent contenir et qui ont causé la jaunisse,
190. Propreté de l'intestin dans la dysenterie (colorectite épidémique^ prévenant les maladies chroniques du foie.
Le foie devient très-fréquemment malade à la suite des ulcérations des intestins et surtout de celles qui affectent le côlon et le rectum. Ces eleosies se forment chez les malades atteints de colorectite épidémique (dysenterie épidémique des auteurs). C'est à la suite de la résorption par les veines qui naissent de ces intestins et qui se rendent par la veine porte à la glande hépatique, que celle-ci devient le siège d'abcès et de dégénérescences variées. Le principal moyen de prévenir ces fâcheuses suites des ulcérations intestinales est d'avoir le soin de les nettoyer fréquemment au moyen d'irrigations avec l'eau tiède pratiquées abondamment et le plus fréquemment possible.
Il faut très-peu compter sur les médicaments spéciaux dits résolutifs, fondants, etc., alors qu'il s'agit de maladies chroniques du foie (chronhépathies), ou de dégénérations organiques. Les moyens qui réusissent le mieux dans de tels cas sont d'une part, ainsi que l'a le premier prouvé mon confrère et ami M. le docteur Fleury, l'emploi de douches froides sur la région où l'organe malade est placé, et de l'autre, les respirations suspirieuses réitérées, comme je l'ai fréquemment constaté; comptez beaucoup moins, dans de tels cas, sur les eaux de Pougues, préconisées sans
raisons sérieuses, sur celles de Vichy, etcv que sur les ressources de l'hygiène et de la médecine du bon sens.
On a beaucoup abusé, dans le traitement des maladies du foie, de ces eaux qui ont une efficacité trèsmarquées dans les affections de l'estomac. C'est faute d'avoir constaté suffisamment, par le plessimétrisme, l'état du foie, que l'on envoie souvent à Vichy des gens chez lesquels cet organe est parfaitement sain ; et dont les souffrances sont dues à des affections gastriques.