MALADIES DE LA HATE (SPLÉNOPATHTES OU SPLÉNIES
J 91 . Changement du lieu d'habitation dans les fièvres d'accès.
Ce n'est guère par des moyens hygiéniques que Ton peut, en général, remédier aux splénopathies et aux fièvres d'accès auxquelles elles donnent lieu. Cependant, beaucoup de gens qui avaient contracté, dans les colonies, des pyrexies intermittentes rebelles, ont vu, sous l'influence du changement de lieu, leurs accès se dissiper. Ce serait là un moyen hygiénique qui aurait mieux réussi que les innombrables médicaments par lesquels on avait autrefois cherché à combattre ces affections; mais autre chose est de suspendre pendant quelques mois des phénomènes fébriles, et de guérir radicalement soit la lésion qui cause la fièvre, soit cette fièvre elle-même. Le plus souvent, après un temps plus ou moins long, on voit, dans ces prétendues guérisons, reparaître, à l'occasion de la moindre cause et avec un caractère périodique, Jes frissons, la chaleur, les sueurs, ou encore des névralgies en rapport avec l'état fébrile.
Si l'on vient alors à explorer plessimétriquement
la rate, on la trouve volumineuse et présentant verticalement 5, 6, 7, 8, 9, 10 centimètres, tandis que dans l'état normal elle n'en a que 4 à 4 1/2.
192. Utilité de la quinine solubilisée et de l'extrait quinoïde dans la curai ion des splénopathies et des fièvres d'accès.
L'intumescence splénique (splénomégalie) ne se dissipe pas par Faction de la bienfaisante nature; j'ai vu des malades qui, depuis dix, vingt, ou même trente ans, présentaient cette lésion de la manière la plus marquée, et chez lesquels, en un temps trèscourt, la quinine soluble, administrée à de hautes doses, a remédié au mal et fait cesser les accès fébriles irréguliers, les sueurs nocturnes., les névralgies frontales, l'état dit cachectique (ieueocythémie de M. Bennett), qui ne manquaient pas d'accompagner la splénomégalie.
Il faut donc, dans le plus grand nombre des cas, avoir recours à des moyens actifs pour remédier aux accidents dont il vient d'être parlé, et c'est surtout dans les pays marécageux, dans ceux où sévissent les fièvres dites pernicieuses, qu'il convient, tout aussitôt que l'on trouve la rate augmentée de volume, d'employer à hautes doses : soit Falcoolé ou le sulfate de quinine, soit l'extrait quinoïde (proposé par M. Armand, de Lyon), qui, agissant exactement comme la quinine, a sur elle les avantages précieux de ne pas occasionner cl 'accidents cérébraux et d'être beaucoup moins dispendieux.
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L'emploi de ces moyens ne rentre pas, du reste, dans le cadre de ce travail (1).
193. Douches froides sur le côté gauche pratiquées daus les engorgements de la rate et dans les fièvres d'accès.
Il est un moyen presque hygiénique et qui a une très-grande efficacité contre la splénomégalie due à une congestion sanguine, et contre la fièvre intermittente, qui en est le symptôme à peu près constant. Ce moyen n'est autre que l'emploi des douches froides dirigées plusieurs jours de suite et pendant quelques minutes sur le lieu où la rate a son siège (c'est-à-dire sur le côté gauche et non loin du rebord costal). On doit à M. le docteur Fleury, professeur agrégé à la Faculté de médecine , des expériences remarquables sur ce sujet, expériences desquelles il résulte que l'organe splénique, tuméfié sous l'influence des douches froides, diminue presqu'à l'instant même. J'ai vérifié les faits de ce genre qu'a observés ce médecin distingué, et j'ai même vu des cas, très-rares d'ailleurs, dans lesquels une splénomégalie avait résisté à Palcoolé de quinine et à l'extrait dit quinoïde, revenir à l'état normal sous l'influence des douches froides.
(1) Remarquons seulement ici que la quiniue n'a d'action réelle, qu'autant qu'elle est soîuble ou en pilules. Ce médicament à l'état de poudre ne produit d'effet que chez les gens dont l'estomac contient des acides actifs et abondants. Voilà pourquoi il faut, en général, administrer la quinine solubilisée par l'acide sulfurique ou l'alcool, dont l'action n'est énergique qu'à de hautes doses.
Par contre, il est plus souvent arrivé que ce dernier moyen a échoué, tandis que les premiers ont réussi. En général, même les douches m'ont paru avoir une action moins persistante sur la rate malade que les médicaments dont il vient d'être parlé,
194. Utilité du sel marin dans la splénomégalie et les fièvres d'accès. — Ses inconvénients.
Il est un remède que chacun a sous la main, qui fait promptement diminuer la rate augmentée de volume, et qui prévient alors les accès de fièvre périodique. Je veux parler du sel marin, recommandé et employé avec succès par M. le docteur Scelle-Montdézert. J'ai fait de nombreuses recherches sur ce médicament qui, donné à la dose de trente grammes, est d'une très-grande efficacité , mais qui a pour inconvénients son goût détestable et les vomissements très-pénibles qu'il cause. Ce sont exclusivement ces inconvénients qui font que, malgré les avantages incontestables que présente le sel marin, administré dans les fièvres d'accès, avantages que j'ai signalés dans un rappport sur ce sujet, lu par -moi à l'Académie, je n'emploie presque jamais le médicament dont il s'agit.
19.". Cas de guérison de fièvres intermittentes au moyen d'un bandage qui soutenait la rate abaissée.
Il est une lésion de la rate, qui cause la fièvre intermittente, et que ne guérissent ni la quinine soluble
DES PETITS MOYENS
ni r extrait quinoïde, ni le sel marin, ni tous les médicaments du monde; je veux parler de rabaissement de l'organe splénique. Ce viscère, mal fixé et très-mal soutenu dans le lieu qu'il occupe, peut tomber en quelque sorte dans l'abdomen, descendre jusque vers le bassin, et causer par son poids des tiraillements sur les nerfs et sur les vaisseaux qui se maintiennent dans l'hypochondre gauche. Dans deux cas, j'ai été assez heureux pour faire dissiper des fièvres intermittentes, qui avaient résisté à toutes les médications ordinaires, et cela en faisant porter aux malades une ceinture garnie à gauche d'une pelote qui soutenait la rate et prévenait les tiraillements dont il vient d'être parlé,
L'un de ces cas se rapporte à une jeune créole des Antilles, qui éprouvait depuis plusieurs années une fièvre quotidienne, laquelle avait résisté à tous les moyens généralement employés. La splénomégalie qui existait céda à la quinine solubie, mais la rate restait abaissée ; les accès persistèrent. Or, le bandage dont il vient d'être parlé fit cesser les accidents fébriles. Plusieurs mois après, la jeune dame ayant cessé de porter cet appareil, les accidents reparurent et furent de nouveau dissipés alors que la rate fut convenablement maintenue.
196. il ne faut pas attendre que plusieurs accidents aient eu lieu pour traiter la fièvre intermittente.
On voit des praticiens, qui, se fondant sur un travail de M. Chomel, pensent qu'avant de combattre la fièvre intermittente chez un malade, il faut attendre que plusieurs accès se soient succédé.
Le rapport académique de M. Chôme], sur ce sujet, à cause de sa forme éminemment scientifique, est on ne peut plus dangereux. D'abord, il tend à consacrer un fait complètement faux : c'est qu'ordinairement les fièvres d'accès guérissent spontanément. Or, j'ai vu plus de cent fois, dans les hôpitaux ou en ville, des cas dans lesquels on avait soumis les patients à me très-longue expectation; à la suite de celle-ci , la rate était restée malade ; les accès, qui d'abord s'étaient calmés, avaient bientôt repris une nouvelle violence.
Je me demande ensuite de quel droit un médecin ayant entre les mains un médicament innocent comme V extrait quinmde ou la quinine (dont le seul inconvénient est de déterminer des vertiges momentanés), de quel droit, dis-je, un médecin peut attendre plusieurs accès, laisser souffrir un malade, Y exposer à des accidents pernicieux, quand en vingt-quatre heures il est très-possible d'arrêter le mal. Ma réponse à cette question est celle-ci, c'est que V expérimentation scientifique ne doit jamais être tentée alors que, pour la faire, on expose le malade à des souffrances et aux chances, quelque faibles qu'elles soient, d'être atteint d'accidents graves.