‹ La médecine du bon sensChapitre 57 sur 117 · MALADIES DES REINS (NÉPHROPATHÏES · texte numérisé non relu

MALADIES DES REINS (NÉPHROPATHÏES

j 97. Il n'existe pas de faits bien constatés qui démontrent que certains médicaments augmentent la sécrétion de l'urine.

Les organes chargés de la sécrétion urinaire, les reins, ne sont guère modifiés d'une manière directe par Faction des médicaments ; ceux-ci ne peuvent leur parvenir que par la médiation du sang. On admet dans les livres un très-grand nombre de ces remèdes dits diurétiques, dont les plus estimés sont : le nitrate de potasse ou sel de nitre, la scille, la digitale, le café, la pariétaire, etc., etc. Malheureusement, on n'a pas fait des expérimentations régulières sur ce sujet, et, par exemple, on n'a pas cherché si ces remèdes, administrés sans eau, faisaient couler plus d'urine qu'à l'ordinaire, et si l'eau donnée seule, c'est-à-dire sans addition de médicaments, ne provoquait pas une hyperurrhée (augmentation dans l'écoulement d'urine) plus considérable que les diurétiques réputés les plus actif?. On n'a pas non plus assez tenu compte, lors de l'administration de ces remèdes, des degrés d'humidité et de réfrigération de l'air, chose

que, avant tout, Ton aurait dû faire. En effet, dans des temps pluvieux et froids, l'urine coule beaucoup plus abondamment que si la température est sèche et élevée ; on n'a pas noté davantage le degré de pression barométrique, la proportion cte boissons prises par les sujets des expériences, l'abondance ou la rareté des sueurs qui, chez ces divers sujets, ont pu se déclarer, les écoulements auxquels leur intestin a donné naissance ; or, ces circonstances modifient si bien les proportions de la sécrétion urinaire, que si l'on veut apprécier l'action diurétique d'une substance, sans avoir constaté la manière dont ces circonstances se sont présentées à l'observation, on ne peut se former une idée juste de la réalité de cette même action diurétique.

Non-seulement il faudrait, pour savoir à quoi s'en tenir sur ce sujet, avoir pris toutes les précautions scientifiques précédentes, mais encore donner à la fois et le même jour, à un assez grand nombre de gens présentant les conditions organiques analogues, le même médicament administré à des doses semblables, tandis qu'à d'autres personnes qui seraient dans des circonstances du même genre, on donnerait de l'eau avec ou sans addition de substances réputées diurétiques. On comprend combien serait grande la difficulté de telles expériences; et comme elles n'ont pas été faites, il en résulte que chaque auteur, chaque médecin est obligé de s'en rapporter aux résultats généraux et à des éléments complexes que la mémoire

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lui fournit vaguement; de là une immense confusion dans laquelle les hommes consciencieux cherchent la vérité sans pouvoir la démêler. Malheureusement, ces réflexions sont complètement applicables à l'étude des sudorifiques et d'un grand nombre de médicaments. Beaucoup de points de la médecine sont aussi positifs que les sciences physiques, et cependant, lorsqu'il s'agit de thérapeutique, on procède de tout autre façon que dans ces sciences,

198. L'eau est le principal agent qui augmente la sécrétion urinaire.

Le modificateur par excellence des reins, c'est l'eau que Ton fait pénétrer dans le sang par quelque voie que ce soit, mais particulièrement par le tube digestif. Par conséquent^ les boissons et les injections dans le rectum, les inspirations de vapeurs aqueuses et les bains, sont les moyens les plus propres à agir sur les organes sécréteurs de l'urine et sur l'urine elle-même. Or, ces moyens rentrent naturellement dans la catégorie des agents hygiéniques les plus simples.

Je ne parlerai pas ici des divers médicaments qui, ajoutés à l'eau, peuvent modifier les reins; le faire, serait sortir du cadre dans lequel je dois me renfermer.

J'ai seulement l'intention de mentionner ici quelques faits très-pratiques, relatifs soit à l'utilité des boissons aqueuses, soit à leur privation dans certains cas de maladies.

199. Urines concentrées, épaisses, sédimenteuses. — Boissons • abondantes, injections rectales.

Beaucoup de gens s'inquiètent fort alors que leur urine est épaisse, rouge et sédimenteuse; et, en effet, i] en arrive souvent ainsi dans les maladies aiguës, alors que les sueurs ont coulé en abondance, ou que la respiration accélérée a fait perdre au sang beaucoup de sérosité ; ainsi qu'on l'observe quand un écoulement séreux, ou muqueux, a eu lieu dans le tube digestif ou, encore, lorsqu'une grande proportion du sérum du sang s'accumule dans le tissu cellulaire et dans les cavités séreuses. L'urine , dans de tels cas, se concentre et prend les caractères ci-dessus mentionnés. Or, les principaux remèdes au symptôme : urines épaisses et sédimenteuses, remèdes qui, malheureusement, ne sont pas applicables aux hydropisies ( hydrorganies ) (1), consistent à faire prendre, dans un temps assez court, de copieuses proportions de boissons données par petites doses rapprochées; on peut encore étendre l'urine de beaucoup d'eau au moyen d'injections urétrales avec l'eau tiède, .ou (lorsqu'aucune organopathie ne le contr'indique) en ayant recours à des bains tièdes prolongés. Sous l'influence de ces moyens, l'urine cesse d'être très-colorée, épaisse,

(1) Administrer, en effet, beaucoup d'eau à des hydropiques, c'est augmenter encore la tendance aux épanchements de sérosité,

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pesante et sédimenteiise. Presque toujours ce liquide • est, dans l'état de santé, plus trouble et plus bourbeux le matin, parce que, durant la nuit, on ne boit pas et Ton transpire davantage (1).

200c Influence de l'humidité et de la température de l'air sur les proportions et les qualités de l'urine.

La température froide et humide de l'air rend très-souvent claire et transparente l'urine qui, dans les conditions opposées que l'atmosphère présentait, était épaisse, concentrée et sédimenteiise. La raison de ce fait est que Ton absorbe, par les voies de la respiration, une grande proportion de la vapeur d'eau contenue dans l'air; cette proportion est si considérable que , s'il arrive que l'on ne boive pas par un temps très-humide, on urine considérablement. Aux points de vue hygiénique et thérapeutique, il est très-utile de tenir compte de ces annotations»

201, En général, il faut diminuer la proportion des boissons lorsque l'urine est très- claire, aqueuse et abondante»

Dans les maladies non fébriles, l'urine est généralement claire, abondante. Elle contient peu d'acide u ri que et de principes salins ou organiques :

1° Quand on transpire peu ;

(1) Ajoutez dans un \ase de l'eau tiède à de l'urine concentrée, et vous verrez bientôt que celle-ci prendra l'apparence naturelle.

2° Quand il n'y a pas de pertes de liquides ;

3° Quand la soif porte à beaucoup boire.

C'est pour cela que, dans les affections dites névroses, dans les névralgies, dans le frisson des fièvres d'accès, on voit les malades rendre un liquide urinaire presque semblable à l'eau pure. Dans de tels cas, les malades doivent, en général, ne faire usage que de peu de boissons, et respirer, autant que possible, un air chaud et sec.

202. Boissons aqueuses à hautes doses administrées dans la gravelle et dans les cas de calculs vésicaux (urolithies rénales et vésicales).

Dans les cas où l'acide urique ou les autres sels qui entrent dans la composition de l'urine y sont en telle abondance, qu'ils se concrètent et forment des graviers (urolithes), le principal moyen à employer est, à coup sûr, de faire passer, en peu de temps, dans le sang, et, par suite, dans les reins et dans la vessie, une grande proportion d'eau. Cette eau a l'avantage, sinon de dissoudre les calculs, au moins de rendre leur formation plus difficile et d'en favoriser l'excrétion. Si l'on fait passer autour des urolithes une plus grande proportion de liquide, il arrivera que ces corps seront plus facilement entraînés au dehors que si les malades prenaient peu de boissons.

D'ailleurs, en augmentant la proportion d'eau contenue dans l'urine, on rend moins facile la formation de nouveaux calculs. La cristallisation des sels que

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renferme un liquide s'opère, en effet, d'autant mieux que la dissolution des matières qui sont susceptibles de se concréter est plus concentrée.

Bien que le bicarbonate de soude n'ait pas sur la gravelle un effet aussi marqué qu'on l'admet généralement, au moins est-il qu'il peut présenter, sous ce rapport, de l'efficacité ; et comme son emploi à dose modérée et même assez forte n'est pas dangereux, on peut L'ajouter dans les proportions de 5 ou i 5 grammes par litre aux boissons que prennent les graveleux et les calculeux.

203. Boissons à hautes doses destinées à atténuer les effets de la cantharidine et d'autres poisons contenus dans l'urine. Cas remarquable d'empoisonnement à la suite de la respiration de l'hydrogène arsénié.

Ainsi que nous l'avons dit à l'occasion des toxémies (altérations du sang par les poisons, page 163); l'eau, à doses élevées et fréquemment réitérées, est le moyen le plus pratiquement utile , dons les cas ou des substances toxiques ont pénétré dans le sang. L'année dernière encore, un homme robuste a respiré de l'hydrogène arsénié, et a présenté des symptômes terribles qui, en peu de jours, ont été suivis de la mort. Que faire dans un tel cas? demandai-jeà un chimiste distingué, M. Fordos, pharmacien en chef à l'hôpital de la Charité, quel est l'antidote le plus convenable à employer, alors que le sesqui-oxyde de fer, insoluble, ne peut pénétrer dans le sang? Hélas! il n'en put

citer aucun , et nous convînmes ce jour-là et le lendemain , après réflexions et recherches dans les bons ouvrages, qu'il n'était pas de substance capable de neutraliser le poison arsenical après sa pénétration dans l'appareil circulatoire (angième) ! Donc , c'était l'eau à hautes doses qui seule pouvait faire excréter la substance toxique !

Eh bien! ce qui est vrai des altérations du sang Test aussi des produits toxiques qui , provenant de ce sang j se trouvent dans l'urine : l'observation précédente peut être citée encore à l'appui de cette proposition.

L'urine, dès le premier jour de la toxémie par l'hy* drogène arsénié, était chez ce malheureux extrêmement rouge; sa couleur rappelait celle du sang contenu dans les veines (phlébéme), et bien que l'analysé chimique ne permit pas de reconnaître l'hématine dans l'urine ; bien que le microscopisme n'y fit pas voir de globules sanguins, il paraissait cliniquement évident que du sang s'était écoulé de quelques-uns des points de l'appareil urinaire (angiure), et trèsprobablement des reins. En effet, lors de la nécroscopie, on trouva dans ces organes des hémorrhagies dont le produit avait rempli les bassinets. Il était évident que les reins avaient été altérés par suite de Yarséniémie, et que l'urine avait contenu une partie du poison et du sang. C'est de là qu'était résultée la coloration observée. N'est-il pas certain que, dans ce cas encore , le seul moyen rationnel à employer

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était l'administration de l'eau à doses fortes et réitérées ?

Les mêmes réflexions sont complètement applicables à la toxémie cantharidique ou canth ridémie (altération de l'urine par la cantharidine), qui a lieu, soit consécutivement à l'application d'un vésicatoire, soit par suite de l'emploi à l'intérieur de cette dangereuse substance.

Ici , encore , la chimie n'indique pas de neutralisants efficaces, et faire passer dans un temps trèscourt beaucoup d'eau dans le sang et dans l'urine , au moyen de boissons, de bains, d'injections rectales, ou même uréthrales, parvenant dans la vessie, est la médication rationnelle et utile par excellence*

204. Moyens propres à prévenir l'absorption des cantharîdes par la surface des plaies de vésicatoires.

C'est cette médication rationnelle qu'il convient surtout de mettre en pratique lorsqu'on fait appliquer de larges vésicatoires sur la peau ; et , en effet, les expérienoes de Magendie ont prouvé que , dans les cas où les vaisseaux sont distendus, l'absorption devient très-difficile.

Remarquons, cependant, que F usage des boissons à doses élevées et réitérées présenterait de graves inconvénients, s'il s'agissait d'emplâtres épispastiques posés dans des cas d'hydropisies pleurétiques , péricardiques ou autres» Dans de telles affections, il serait fort peu logique d'administrer beaucoup d'eau à l'intérieur,

alors que Ton cherche, par un vésicatoire, à faire écouler au dehors la sérosité contenue dans la plèvre, dans le péricarde, etc. Rappelons, à cette occasion, que M. Duméril, mon excellent maître, a utilement proposé, pour empêcher la résorption cantharidique, de placer entre la peau et l'emplâtre épispastique une feuille de papier brouillard imbibé d'huile, qui n'empêche pas le vésicatoire de produire ses effets accoutumés, et prévient l'absorption de la cantharidine.

205. Abstinence des boissons dans l'alhuminurrhée dite maladie de Bright.

Les médicaments qui ont été proposés ou employés : soit contre l'augmentation simple de la sécrétion urinaire (hyperurrhée), soit contre la présence de l'albumine et du sucre dans l'urine (albuminurrhée, glucosurrhée), ont, dans de tels cas, une efficacité douteuse; ils sont plutôt destinés à combattre les symptômes de ces affections (la faiblesse, les hydrorganies, l'émaciation, l'hypémie, Fhydrémie, divers accidents du côté de l'intestin, des poumons ou du système nerveux, etc.), que la lésion principale qui donne naissance à ces phénomènes secondaires. C'est ainsi que les diurétiques, les émétiques, les purgatifs, sont surtout dirigés contre les hydropisies (hydrorganies) qui surviennent consécutivement; que les toniques et le fer administrés dans l'albuminurrhée sont prescrits contre la faiblesse générale, qui est la conséquence du défaut de sang ou de quelques-

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uns de ses éléments constituants, et non pas contre les états de l'urine qui viennent d'être signalés : ceux-ci ne cèdent guère aux agents pharmaceutiques,

206. Traitements généralement suivis dans la curatîon du diabète.

C'est, en général, aux moyens hygiéniques que, dans le diabète, la plupart des médecins instruits ont recours. C'est ainsi qu'ils s'accordent presque tous à recommander dans ce cas V abstinence du sucre, des fécules et des substances végétales, tandis qu'ils conseillent l'usage des aliments azotés, tels que la viande, le gluten, etc. Leur but, quand ils font ces prescriptions, est d'empêcher la formation du sucre que l'urine contient, dans cette maladie.

Malheureusement, en agissant ainsi, on ne parvient pas à prévenir la perte journalière du sucre, de l'eau et des autres éléments constituants du liquide urinaire qui a lieu dans la glycosurrhée, mais on prive l'organisme d'une proportion de matière sucrée, évidemment utile à la vie, et on fait cela sans empêcher qu'il ne s'en évacue chaque jour par l'urine*

En attendant les résultats chimiques positifs que l'on espère obtenir dans la glucosurrhée; en écartant de mon esprit des recherches très-délicates sur l'urémie (urine contenue dans le sang), que l'on suppose exister dans l'albuminurrhée, recherches qui sont loin d'avoir conduit « des données pratiques, en m'en rap-

portant à des faits cliniques assez nombreux, et surtout en écoutant la voix d'un rationalisme prudent, voici les moyens simples et en quelque sorte dirigés par le bon sens que j'ai proposés et vraiment utilisés dans la maladie de Bright, dans l'hyperurrhée et dans le diabète.

207. Cas remarquable qui m'a conduit à prescrire dans l'albuminurrhée l'abstinence des boissons.

L'urine d'un malade, qui était couché dans les salles de la Pitié, contenait une énorme proportion d'albumine; les reins, mesurés par le plessimétrisme et le crayon, présentaient verticalement et transversalement deux ou trois centimètres de plus que dans l'état normal.

Je pensai d'abord qu'en augmentant de beaucoup la quantité des boissons aqueuses ingérées, j'allais calmer la souffrance rénale et diminuer l'albuminurrhée. Or, dès le soir, voici ce qui arriva : il y eut, à la suite de l'administration de l'eau à hautes doses, une ne pltr algie (douleur néphrique) excessive, une augmentation de trois ou quatre centimètres dans le volume des reins, les proportions d'albumine devinrent encore plus considérables que précédemment! On comprend que je renonçai à cette médication, et qu'éclairé par l'expérimentation, je procédai en sens inverse. Je prescrivis l'abstinence absolue de toute boisson. Chose remarquable : le soir, les douleurs étaient diminuées, et elles disparurent bientôt. Le lendemain, le

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rein était revenu à des dimensions presque normales et les proportions d'albumine étaient infiniment moindres que la veille. Je continuai ce traitement pendant plusieurs jours, et l'amélioration fut telle que le malade, un mois après, lorsqu'il sortit de l'hôpital, paraissait presque guéri. Alors l'albumine ne se retrouvait plus qu'en très-petite quantité dans l'urine.

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