‹ La médecine du bon sensChapitre 89 sur 117 · Utilité de veiller à l'attitude du corps · texte numérisé non relu

Utilité de veiller à l'attitude du corps

La nécessité de faire une attention extrême à l'attitude que Ton prend ordinairement est évidente; tel qui s'habitue à se mal tenir, à incliner la colonne vertébrale dans un sens toujours le même, s'expose dans un court espace de temps à se déformer complètement.

Le plus grand nombre des bossus n'ont d'autres déviations que celles qui sont l'exagération des courbures naturelles du rachis. Celui-ci présente sur tous les hommes, au niveau du dos , une convexité trèslégère à droite, et une concavité proportionnée à gauche (1).

Par contre, et pour que le centre de gravité du corps puisse se conserver, la région des reins ou lombaire présente une inclinaison à convexité gauche et à concavité droite, ce qui est un peu en rapport avec la présence de la masse du foie de ce côté. Eh bien î alors que l'on abandonne à lui-même le poids du corps, et que l'on ne le maintient pas dans sa rectitude normale, pour peu surtout que les os éprouvent une diminution dans leur trame organique, ou dans leur élément phosphato-calcaire , pour peu encore que les muscles du dos et des lombes soient moins développés ou moins énergiques qu'à l'ordinaire , voici ce qui arrive : le corps se courbe d'abord légè-

(1) Cette concavité est probablement ie résultat de la position du cœur qui correspond plus à gauche qu'à droite.

DES PETITS MOYENS

renient, puis davantage, puis plus encore dans le sens des courbures naturelles. Après un temps parfois assez court, la déviation devient extrême et d'autant plus que la tendance à la flexion est plus marquées et que la courbure qui s'opère augmente la longueur du levier à l'extrémité duquel la tète est placée, Dans de tels cas, le rachis finit à la longue par prendre la forme d'un S dont la convexité supérieure est en haut et à droite.

29?;. C'est surtout chez les irons débiles que le rachis a de îa tendance à se dévier.

C'est surtout chez les individus d'une constitution détériorée (hyporganisme), chez ceux qui sont soumis à un mauvais régime ou à des pertes habituelles de liquides, qu'il en arrive ainsi.

Encore une fois, on a fait de cette triste disposition de l'organisme, et sous le nom de rachitisme, une maladie particulière. Cette manière d'individualiser le mal est si peu exacte et satisfait si peu l'esprit, que tous les degrés possibles d'incurvation du rachis se font observer, sans transition aucune, depuis la plus légère courbure compatible avec une taille encore bien prise jusqu'à une déformation portée à l'extrême. Très-peu de personnes, en effet, ont un rachis à peu près droit, et sur vingt individus il y en a quinze ou dix-huit de plus ou moins déviés.

On peut jeter un coup d'œil sur l'ensemble des squelettes de la Faculté pour s'assurer de ce fait ; rtlaiè

on le constate également pendant la vie. Sans doute il arrive, à cause du mouvement de torsion des vertèbres, que M. Guérin et moi avons observé si fréquemment, à l'hospice des vieilles femmes, que les épines rachidiennes sont ordinairement situées sur la ligne médiane, de sorte que Ton croirait tout d'abord que le rachis est rectiligne ; mais si l'on vient à percuter et à dessiner la colonne vertébrale, on trouve très-ordinairement que la rangée dorsale des vertèbres est située à droite de la ligne moyenne du corps. \

296. Pour éviter de commettre de graves erreurs sur le diagnostic des tubercules ou de !a pneumonite, il est utile de percuter la colonne vertébrale.

11 faut bien connaître le fait dont il s'agit alors que Ton veut explorer la poitrine par la percussion, car, sur les points où correspond la colonne vertébrale un peu déviée, se rencontre, par le plessimétrisme, une résistance et une obscurité de son que les gens peu expérimentés prennent trop souvent pour une altération de son et d'impressions tactiles dues à des tubercules (1). De là de graves erreurs possibles en diagnostic et en thérapeutique. Que de fois n'ai-je pas été consulté par des personnes considérées et traitées comme phthisiques, et qui n'avaient autre chose

(1) Je suis même récemment parvenu, en percutant très-profondément la poitrine en avant, à dessiner, au moyen du plessimétrisme, et par un certain degré de matité éloigoée3 la dévia-* Uon de là colonne vertébrale* ,

DES PETITS MOYENS

qu'une déviation du corps des vertèbres, avec bronchites successives et coïncidentes !

Le moyen d'éviter une aussi grave erreur est de percuter et de dessiner avec soin la colonne vertébrale ; il suffira d'être prévenu de la possibilité d'une aussi grossière méprise pour ne jamais la commettre.

297. Moyens d'éviter la déviation des vertèbres ( dysorthorachisic ).

Les moyens d'éviter que la colonne vertébrale se dévie consistent, d'une part, dans la médication propre à combattre le ramollissement des os telle qu'elle va bientôt être exposée, et, de l'autre, dans les mouvements habituels et volontaires propres à redresser le rachis. Ces mouvements consistent à courber l'ensemble des vertèbres en sens inverse de ce qui a lieu chez le rachitique. On fait imiter à celui-ci la position d'un homme qui serait bossu du côté opposé à celui ou la colonne vertébrale s'infléchit. Dans cet exercice gymnastique, on fait exécuter au corps des vertèbres une torsion dans une direction contraire à celle qui avait lieu, et l'on ramène la masse vertébrale nonseulement à la ligne médiane derrière les apophyses épineuses, mais, si le cas n'est pas très-grave, on parvient même à la porter vers le côté du thorax opposé à la déviation- Des exercices gyranastiques spéciaux. des appareils bien faits, peuvent aussi contribuer à ce résultat, mais infiniment moins que ne le font les contractions volontaires des muscles, soit de la gouttière

vertébrale, soit de la poitrine et même du tronc. C'est une chose curieuse que de voir combien, sous l'influence de Faction énergique de ces muscles, se redressent immédiatement des tailles déformées. En même temps que la colonne rachidienne vient se placer derrière les épines vertébrales, la hauteur du corps du rachitique s'élève de trois, quatre et même six centimètres, comme il est facile de s'en convainc?^ en faisant tenir le dos appuyé sur un mur, et en mesurant l'élévation de la tête avant et après l'exécution du mouvement dont il s'agit . Reste à l'habitude, soutenue par une volonté ferme, à continuer cette manœuvre. Sous rinfluence de ces moyens, après un certain temps et après des efforts persévérants, des tailles, même très-dé formé es, reprennent au moins en grande partie leur direction naturelle. Je pourrais citer plusieurs faits de ce genre,'; mais je pense qu'il suffit d'affirmer ce que je viens de dire.

298. Les vêtements et les corsets déforment souvent la taille de ceux qui les portent.

Les vêtements mal disposés contribuent infiniment à déformer le corps, et cela est vrai pour les corsets de la femme et pour les habillements des hommes.

Les corsets semblent faits tout exprès pour mettre obstacle à l'action régulière des organes de la poitrine et du ventre. Ils empêchent les côtes de s'écarter de l'axe du thorax; ils font que le diaphragme s'abaisse

DES PETITS MOYENS

difficilement et que la paroi abdominale, retenue, comprimée par un lien circulaire, ne peut se dilater; de là une gêne habituelle à respirer, un refoulement des viscères par en haut, et de V utérus par en bas; ces circonstances exposent aux affections du cœur et des poumons, et sont pour beaucoup dans la production des abaissements de V utérus.

Malgré tous les essais qui ont été faits pour rendre les corsets moins dangereux, il y a encore bien des perfectionnements à y apporter.

Page 1