Théorie des névropallies
Le névropallisme étant supposé être l'action vitale elle-même (1), le biosisme, les névropallies sont, dans mon opinion, des modifications pathologiques survenues dans les vibrations nerveuses, vibrations qui, comme il a été dit, se propagent : dans les nerfs du
(1) Le tintouin que l'oreille fait entendre , l'arc bleuâtre et oscillant que l'on voit dans la migraine ophthalmique (page 72), la crampe survenant dans les muscles, la sensation de frémisse* ment qui résulte de la compression du nerf cubital au coude, l'engourdissement qui survient aux membres placés dans une position incommode, les sensations d'oscillation que détermine uncourant électrique par induction, etc., donnent une idée juste de l'action vibratoire à laquelle j'ai donné le nom de névropallisme pour désigner l'état normal, et de névropallie pour exprimer l'état pathologique.
sentiment, de la périphérie vers le névraxe ; dans les nerfs du mouvement, du centre vers la périphérie, et qui parcourent, dans des directions vaiiées, les nerfs, les plexus et les ganglions nerveux nutritifs. Ces oscillations, dans une foule de cas, passent des filets du grand sympathique dans des rameaux sensitifs et moteurs; ailleurs leur direction est parfois opposée.
332. Les névroses sont des névropallies extensives ou prosasiques qui souvent s'étendent à quelque portion de l'axe nerveux, et deviennent alors des névraxopallics.
Les névroses, ou du moins la plupart d'entre elles, consistent, d'après ce qui vient d'être exposé, dans des névropallies extensives {prosasiques) qui peuvent avoir pour point initial :
1° Les extrémités périphériques des nerfs encéphaliques, myéliques ou ganglionnaires; et c'est de cette façon que s'expliquent les auras , c'est-à-dire ces sensations, ces mouvements, ces troubles fonctionnels qui précèdent de quelques secondes, de quelques minutes, de quelques heures l'épilepsie, l'hystérie, etc., et que l'on se rend compte de la progression du mal qui, dans le tétanos et la rage, a lieu depuis la blessure du pied ou la morsure faite par un chien enragé, jusqu'au névraxe lui-même;
2° Les centres névriques, comme cela arrive : soit pour les attaques d'épilepsie sans aura et qui semblent provenir des tubercules quadrijumeaux ou des nerfs optiques ; soit pour les mouvements convulsifs et
DES PETITS MOYENS
involontaires qui, consécutivement à l'affection encéphalique ou myélique, se déclarent dans les muscles ;
3° La continuité d'un nerf, ce qui est beaucoup plus rare.
Si la névropallie persiste dans le cerveau, elle y cause le délire, la folie, etc., et si elle est portée dans l'encéphale, la moelle ou les nerfs, à ce point qu'elle diminue ou suspende le névropallisme (vibration nerveuse physiologique), il en résultera des paralysies, qui cesseront lorsque la névropallie s'arrêtera ou se sera transportée ailleurs.
Telle est la théorie très-simple et tout à fait rationnelle des névropallies et des névroses, et voici quelques-unes des applications thérapeutiques très-utiles auxquelles elle conduit.
353. Moyens simples et hygiéniques applicables à la curation des névroses.
Toutes les fois qu'il est possible de reconnaître le point initial d'une névropallie extensive ou prosasique : soit qu'il s'agisse de l'épilepsie, qui commence dans diverses régions du corps et qui, prenant alors le nom à'aura, s'étend ensuite à la membrane nerveuse de l'œil ou nerf optique et auxtubercules quadrijumeaux, ou de l'hystérie, qui a pour point de départ l'appareil ovarique (angiove), y compris la portion du névro-système qui y est affecté; soit encore du tétanos ou de la rage, dans lesquels des blessures ou des nerfs empoisonnés par le virus rabique (sialocyniose) sont
les points de départ de l'oscillation morbide se propageant par divers filets névriques à la moelle rachidienne ou vers la tête et le pharynx; toujours estil que les moyens les plus propres à prévenir les accès, et par conséquent à guérir le mal, doivent principalement agir sur les parties où commence la névropallie.
354. Moyens d'arrêter les névropailies, les auras, à leur point initial.
Il est certains cas où il est possible d'agir avec un avantage réel sur le point initial de ces névropallies : 4° en les modifiant,, en les calmant, en évitant les causes hygiéniques qui peuvent agir sur lui (et dans l'hystérie ce sont là les principaux moyens curatifs); 2° en le modifiant, en le narcotisant par divers agents thérapeutiques (et Ton parvient quelquefois, en agissant de cette façon, à être utile dans l'épilepsie); 3° en le détruisant par l'instrument tranchant, par les caustiques ou le fer rouge, et c'est là le principal moyen curatif qu'il conviendrait d'employer contre la rage, moyen que l'on pourrait peut-être heureusement appliquer contre le tétanos. Je n'ai à parler ici que de quelques médications hygiéniques dont j'ai tiré parti.
355. Cas remarquables d'épilepsie et d'hystérie dans lesquels la guérison a pu être obtenue (p. 77).
J'ai été, dans deux cas, assez heureux pour prévenir des accès ultérieurs d'épilepsie, en faisant porter, des malades chez lesquels la névropallie partait de
l'œil, des lunettes appropriées à Fétat maladif de celui-ci. Ailleurs, j'ai réussi à éloigner des attaques analogues, en remédiant à Fétat de la rate augmentée de volume, et qui paraissait être le point de départ d'accès analogues. Dans un cas de tétanos succédant à une fièvre tierce présentant des redoublements chaque matin, la lésion splénique était évidente (3 centimètres de dimension verticale) ; j'ai administré la quinine à haute dose, et le tétanos cessa complètement (1). Il m'est arrivé de remédier à des attaques d'hystérie soit en faisant enlever un pessaire, soit en calmant avec des bains, des cataplasmes, des injections, diverses souffrances de l'utérus et des ovaires, etc., etc. Dans le tétanos traumatique, il serait tout à fait raisonnable de modifier la blessure qui a été le point de départ des accidents ; et l'expérience comme la théorie démontrent qu'il faut, pour prévenir ces accidents, détruire la partie où existe la plaie empoisonnée par le sialocyniose ou virus rabique (2), etc., etc.
Je ne puis qu'énoncer ici ces propositions, qui sont largement développées dans le huitième volume de mon Traité de médecine pratique, 12,126 et suivants.
(1) Traité de médecine pratique, n° 8,862.
(2) Discours sur la rage, prononcé à l'Académie par M. Piorry, en 1863. Mémoire sur les névroses, dans la Clinique médicale de la Pitié, page 32, etc., etc.
356. Moyens d'arrêter les névropallies, les auras, dans le trajet qu'ils font de leur point initial jusque vers le névraxe.
Quand une névropallie, quelle qu'elle soit, s'étend de son point initial vers la portion du centre nerveux auquel elle aboutit, il est possible, comme cela m'est quelquefois arrivé, de l'arrêter dans sa marche ascendante, en comprimant fortement ou en refroidissant, par une application de glace, le nerf par lequel passe l'oscillation nerveuse. Des narcotiques très-actifs, le chloroforme, le chlorhydrate de morphine, un courant électrique, appliqués ou dirigés sur la peau, le sulfate d'atropine injecté au-dessous du tégument qui recouvre ce même nerf, pourraient aussi avoir de l'utilité ; mais ce n'est pas ici qu'il convient de parler de ces médications parfois si dangereuses.