PRINCIPES DE LA SCHEHITAH
connue sous le nom de drassah , du verbe daras , presser, fouler avec les pieds.
3. — Il n’y a pas encore longtemps depuis que les chirurgiens modernes ont imaginé, pour certains cas déterminés, de faire une opération par la méthode sous-cutanée, c’est-à-dire de couper l’organe en laissant la peau intacte. Jusqu’alors on faisait toutes les opérations en coupant d’abord la peau ; l’opération est ainsi plus sure. Les thalmudistes ont donc également prescrit de couper la peau avant de couper les organes. Ce précepte a aussi l’heureuse conséquence que les vaisseaux sanguins sont coupés en même temps. La défense de ce précepte est connue sous le nom de chladah.
4. —- Il est plus facile de couper les parties molles que les cartilages et les os. Or, les thalmudistes voulaient qu’on coupât l’œsophage et la trachée. Le premier n’a que des parties molles. La trachée, que l’instrument rencontre d’abord, est composée de petits anneaux cartilagineux et des membranes qui remplissent les espaces intermédiaires. L’instrument peut facilement glisser dans ces espaces, et les anneaux ayant peu de largeur, l’opération se fait facilement et par conséquent rapidement. Mais si on remontait trop haut, à la place de la trachée, l’instrument rencontrerait le larynx, composé de cartilages très-larges et parfois ossifiés ; plus haut encore, il rencontrerait des os. Les membres de la grande Société protectrice des fils de Jacob ont donc prescrit de couper dans la trachée et de ne pas monter jusqu’au larynx, ni plus haut. La défense de ce
INTRODUCTION
précepte est connue sous le nom de hagramoh , de gerem , os (1).
5. — On comprend que si, au lieu de couper un organe quelconque, on'voulait l’arracher, on rendrait l’opération extrêmement douloureuse. Les thalmudistes ont donc prescrit de couper les organes en question, et ils ont défendu de les arracher. Cette défense s’appelle yhour, arrachement.
6. — Enfin tout le monde connaît les soins minutieux que les chirurgiens prennent pour que leurs instruments présentent un tranchant irréprochable, pour qu’ils coupent aussi bien que possible, rapidement et sûrement. Cependant aucun chirurgien ne prend autant de soins pour son instrument que les thalmudistes prennent pour les leurs. Chez les Juifs, celui qui se destine au métier de tuer les animaux est obligé de faire un long apprentissage pour s’habituer à reconnaître et à sentir avec F ongle le moindre défaut de l’instrument. Cela s’appelle peghimah , entaille.
Ce n’est pas tout encore. Tout le monde ne peut pas être chirurgien, ni opérateur ; il y a des personnes qui n’ont jamais tué une mouche, et que la vue du sang effraie. Si un tei homme se mettait à faire une opération quelconque ou à tuer, un animal, il ne ferait que causer de grandes souffrances à sa victime. Les membres de la grande Société protect rice des fils de Jacob y ont pensé, et 1 homme qui se destine au métier de tuer les animaux ne reçoit l’autorisation de remplir ces fonctions qu’après avoir
(1) Celle étymologie n?e semble meilleure que celle du Raschbam (traité Baba baihca, fol. 88, verso, article Hajah schoLel).
COMPARAISON AVEC LA MÉTHODE MODERNE
prouvé, par trois opérations successives, qu’il est capable de le faire sans hésitation. Il faut cependant ajouter que c’est là une innovation plus moderne. A l’époque thalmudique, tous les Juifs pouvaient tuer les animaux pour les besoins de la cuisine.
D’après ce que je viens de dire, on voit que les sociétés protectrices des animaux de nos jours, qui donnent des décorations à tous ceux qui font quelque chose pour les animaux, devraient, au lieu d’adresser des récriminations à nos ancêtres, leur ériger des statues.
J’ai parcouru tous les rites juifs qui concernent l’acte de tuer les animaux pour les besoins de la cuisine. Il nty en a pas dautre.
COMPARAISON AVEC LA METHODE MODERNE
J’arrive maintenant à la comparaison des rites juifs avec la méthode préconisée par les Sociétés protectrices des animaux pour diminuer leurs souffrances. D’abord y a-t-il des signes certains pour reconnaître si un être vivant souffre ou s’il ne souffre pas. On en admet deux pour les animauxet trois pour les hommes. Les premiers, quand ils souffrent, crient et s’agitent. Ces deux signes, le cri et les mouvements, s’observent aussi chez l’homme. Mais dans l’immense majorité des cas l’homme ne crie ni ne s’agite, tout en souffrant beaucoup. Gomment sait-on alors qu’il souffre ? Il le dit. Ce sont ses paroles qui nous servent de troisième signe, quand les deux autres manquent. On voit déjà, que
INTRODUTION
la nécessité de ce troisième signe prouve le peu de valeur des deux premiers. En effet, s’il est possible qu’un homme souffre sans crier et sans s’agiter, pourquoi ne serait-ce pas possible chez les animaux? Quand on voit des animaux malades refusant le manger, ayant l’air triste, et présentant les symptômes de la fièvre, dira-t-on qu’ils ne souffrent pas, parce qu’ils ne crient pas, ni ne s’agitent? Dans presque toutes les maladies du cerveau il arrive trèssouvent qu’il y a paralysie du mouvement avec conservation de la sensibilité. Dans ce cas, si on pique la partie paralysée, le malade souffre et ne peut pas remuer la partie piquée-. Dans d’autres cas il y a ce qu’on appelle anesthésie douloureuse , c’està-dire que la partie est paralysée même delà sensibilité, elle ne sent pas le contact, ni la piqûre, par conséquent elle ne s’agite pas quand on la pique ; cependant le malade dit qu’il sent des douleurs dans cette partie. Gomment sait-on qu’il ressent des douleurs? Il le dit lui-même. Ce n’est pas chez un animal qu’on pourra constater l’existence de cette anesthésie douloureuse, parce que l’animal ne parle pas, et on dira qu’il ne souffre pas dans cette partie, puisqu’il ne l’agite pas même quand on la pique, et on se trompera très-souvent.
Quand on pique un homme bien portant dans une partie quelconque, il retire instantanément cette partie par suite de la douleur qu’il ressent. Cependant pour arriver de l’impression de la piqûre jusqu’au mouvement du retrait de la partie atteinte, il faut une longue série d’opérations successives que voici :
COMPARAISON AVEC LA MÉTHODE MODERNE
1) Impression produite par l’instrument piquant sur le nerf périphérique.
2) Transmission de cette impression aux centres nerveux.
3) Réception ou formation de l’impression centrale.
4) Appréciation et discernement qui constitue la perception ou conscience.
5) Impulsion ou élaboration volontaire ou volonté.
6) Transmission de la volonté à l’appareil moteur.
7) Enfin le mouvement.
Dans l’absence de conscience la volonté est remplacée par l’impulsion automatique.
Or, ces diverses opérations se font par des cellules ou des fibres nerveuses d’ordres différents. On comprend donc que, dans une maladie des nerfs ou du système nerveux central, les fibres nerveuses de divers ordres n’étant pas également atteintes, les unes fonctionnent et les autres ne fonctionnent plus ; il peut donc arriver que la série d’opérations dont je viens de parler ne s’accomplisse pas entièrement, qu’elle s’arrête àla conscience de la douleur, et qu’elle n’arrive pas jusqu’à la production des mouvements. Dans ce cas on peut piquer l’homme ou l’animal et pauser des douleurs, sans que ces douleurs se manifestent par un mouvement quelconque. Par la même raison l’animal peut souffrir sans crier, car Je cri ne peut se produire que par les mouvements 'des muscles de la voix.
Du reste, la question desavoir dans un cas donné s’il y a souffrance ou non, est une des plus difficiles. Je me souviens que, pendant que je remplissais mes
XXII INTRODUCTION
fonctions médicales à l’hôpital Sainte-Eugénie, c’est un hôpital des enfants — un de mes collègues, un homme de près de 30 ans, avait attrapé le croup, dont il est mort après quelques jours de maladie. Il nous disait souvent avant sa mort, qu’aucun auteur n’a bien décrit le croup, aucun écrivain ne se doutait des souffrances de cette maladie, qu’il connaissait, hélas, alors mieux que ses maîtres.
La nature l’a ainsi voulu, qu’on naisse en pleurant — les poètes au moins disent que le cri de l’enfant est un cri de douleur — et qu’on meure en pleurant et en souffrant. Les médecins qui s’occupent depuis des milliers d’années à soulager les souffrances n’ont pas pu modifier beaucoup cette loi inflexible de la nature. Mais voilà des philanthropes modernes qui se disent : nous ne pouvons rien faire pour les honnêtes gens, qui sont tous condamnés à souffrir en mourant, sauvons au moins les assassins ; ceux-là mourront sans souffrances, et on a inventé la guillotine. Â-t-on obtenu quelque chose? C’était longt emps très-douteux, jusqu’au moment ou le douté est devenu encore plus fort, depuis qu’un médecin a constaté, dit-on, que la tête coupée conserve encore la conscience, par conséquent la douleur atroce, la honte, le désespoir et la colère et le sem timent de l’impuissance. On peut supposer qu’un autre genre de mort qui n’est’pas aussi rapide que celle déterminée par la guillotine, et où l’encéphale subit davantage l’action des instruments destructeurs, puisse faire perdre plus vite la conscience, et par conséquent diminuer la durée de la douleur.
Du reste, dans ce domaine, on ne peut faire que
COMPARAISON AVEC LA MÉTHODE MODERNE. XXIII
des hypothèses, il n 5 y a pas de certitude quand il s’agit des nerfs ou de l’encéphale.
Arrivons maintenant à la méthode proposée par les Sociétés protectrices des animaux, qui consiste à assommer l’animal et à le tuer par la commotion cérébrale.
Or, il faut prendre en considération ce qui suit :
11 y a dans l’encéphale trois parties distinctes, dont l’une est spécialement affectée au sentiment, l’autre est spéciale aux mouvements, et la troisième enfin préside à l’intelligence sans participer aux fonctions de la sensibilité ni à celles de la motilité. Ces parties qui président à l’intelligence s’appellent régions tolérantes , parce qu’elles supportent la pression et l’irritation de toutes les tumeurs qui peuvent se trouver dans le cerveau, sans causer la moindre souffrance.
Si les parties nerveuses sont frappées par un instrument destructeur avec la force la plus grande possible, ces parties sont détruites et leurs fonctions sont complètement abolies; si c’est un nerf de sentiment, le sentiment est aboli et il n’y a pas de souffrances;, si c’est une .partie qui préside à l’intelligence, il,y a perte de connaissance complète, etc. Si la force de l’instrument destructeur n’est pas assez forte pour amener une destruction Complète au premier choc, les parties sont irritées et produisent d’abord des symptômes d’excitation, comme le délire, les convulsions, les douleurs atroces, selon la nature de la partie atteinte.
Dans la commotion très-souvent . on ne trouve aucune altération dans l’encéphale, quand on en
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fait l’examen après la mort; on ne peut donc pas savoir quelle est la partie qui était le plus fortement atteinte par la commotion pendant la vie.
Or, il est certain que dans la commotion toutes les trois parties ne sont pas atteintes d’une façon égale, puisqu’on voit, avec une perte complète de l’intelligence,, le malade exécuter encore les mouvements de la respiration ; ce qui prouve que la partie qui préside à l’intelligence peut être atteinte au plus haut degré, tandis que le même choc a moins gravement atteint la partie qui préside aux mouvements. Gomment se porte alors la partie qui préside au sentiment? Est-elle aussi gravement atteinte que celle de l’intelligence; par conséquent abolie, ou l’est-elle seulement comme celle des mouvements, par conséquent non abolie, mais, au contraire, irritée et causant des souffrances ? puisque toutes les fois que la force destructive d’une partie nerveuse ne la détruit pas complètement, elle en détermine l’excitation. Si l’on pouvait, en médecine, accorder quelque valeur au raisonnement qui n’est pas appuyé sur des preuves certaines de l’expérience, on pourrait dire ceci : Dans toutes ou presque toutes les maladies de l’encéphale où il y a paralysie des mouvements, la sensibilité est très-souvent intacte ; donc la partie qui préside à la sensibilité est moins susceptible de s’altérer par une cause destructive que celle qui préside au mouvement. Il en résulte que si dans la commotion le mouvement n’ést pas aboli, la sensibilité ne doit pas l’être davantage ; donc le malade souffre.
Qu’on ne dise pas qu’il n’y a pas de sensibilité, par
COMPARAISON AVEC LA MÉTHODE MODERNE
conséquent pas de souffrances, où il y a perte de connaissance complète. Quand nous disons que nous avons constaté chez un malade une perte de connaissance complète, cela veut dire que nous n’avons vu aucune manifestation de l’intelligence ; le malade ne fait pas de mouvement, on n’entend pas le moindre murmure, on le dirait mort, s’il n’y avait pas les mouvements de respiration, du pouls et du cœur. Mais dans la série d’opérations sus-mentionnées, qui se font successivement quand on pique le malade pour voir s’il manifestera la sensibilité en criant ou en s’agitant, on a vu que la perception qui cause la douleur est la quatrième opération de la série, et que le mouvement qui est la manifestation de la connaissance de la douleur est la septième opération de la même série ; par conséquent la douleur se produit avant la manifestation de la connaissance, et elle peut exister seule quand la dernière n’existe plus ; d’autant plus que la douleur se produit dans la partie de l’encéphale qui préside au sentiment, tandis que la manifestation se produit par une autre partie qui peut être plus altérée que la première.
Il en résulte que dans la méthode des Sociétés protectrices des animaux, qui est celle de la commotion cérébrale, il n’y a aucune certitude que l’animal ne souffre pas, qu’il est même très-probable qu’il souffre beaucoup.
Voyons maintenant la mthode juive, où l’animal meurt par hémorrhagie. Là il n’y a aucune hésitation, aucune incertitude. On sait de la façon la plus positive que la sensibilité, par conséquent aussi la souffrance, ne se rencontre que dans les nerfs (sen-
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sitifs ou mixtes) et dans le système nerveux central (encéphale et moelle épinière). Or, les Juifs ne touchent aucune de ces parties. Il est vrai qu’ils coupent la peau qui renferme beaucoup de filets nerveux. Mais c’est le moment de l’incision de la peau qui est le seul moment douloureux, moment qui ne dure pas plus longtemps que celui du choc de la méthode des Sociétés protectrices des animaux qui est évidemment douloureux. Aussitôt la peau coupée, il n’y a plus de douleur, car on ne coupe plus que la- trachée, l’œsophage et les vaisseaux sanguins, mais on ne blesse plus aucun nerf; par conséquent pas de souffrances.
Examinons enfin les cas où les deux méthodes s’exécutent par des mains peu exercées, ou les cas où par une cause quelconque l’animal est abandonné pour quelque temps sans que l’opération ait été achevée. Dans la méthode des Sociétés protec» trices des animaux, si l’animal n’est pas assommé avec une énergie suffisante, ses souffrances sont atroces, et il y a des agitations, des convulsions et des douleurs. Dans la méthode Juive, aussitôt les vaisseaux sanguins coupés même insuffisamment, l’hémorrhagie sera moins abondante, l’agonie plus longue, mais la mort est sûre et sans grandes souffrances, car ni les nerfs, ni l’encéphale ne sont atteints.
Dans la méthode des Sociétés protectrices, si la commotion n’est pas assez forte, l’animal peut dans quelque temps revenir à lui-même et être vivant quand on commence à le découper. Quelles terribles souffrances alors ! Dans la méthode juive l’hé-