‹ La médecine en Chine au XXe siècleChapitre 10 sur 39 · AUX NOUVEAU-NÉS · texte numérisé non relu

AUX NOUVEAU-NÉS

Les Chinois ne comprennent pas qu’un homme puisse être appelé pour une maladie de l’appareil génital de la femme. La gynécologie et l’obstétrique ont donc toujours été abandonnées aux matrones, aux sages-femmes.

A. — Gynécologie.

Nous n’entreprendrons pas de résumer le formulaire annamite des dix mille maladies des femmes ni les volumineux ouvrages chinois sur la matière : quelques indications suffiront pour donner une idée de leur conduite dans cette catégorie de faits.

La menstruation s’établit chez les jaunes, comme chez les blanches, vers l age de treize ans et se prolonge jusqu’à quarante ans, en général, avec beaucoup de régularité et peu d’abondance. Aussi le moindre trouble de la menstruation est-il un gros sujet de préoccupations et fait-il recourir à quantité de drogues qui varient, suivant qu'il y a retard ou avance, suivant que la couleur ou l’abondance présentent une modification.

Lorsque les règles sont un peu moins abondantes que

normalement, noires et variables, les femmes prennent de la carthame et, plus habituellement, des fleurs d’hibiscus rosa sinensis. On prétend qu’il suflit d’écraser dans les doigts et de faire macérer pendant dix minutes neuf de ces fleurs dans une demi-verrée d’eau, qu’on boit, pour rendre les règles rouges et abondantes. En cas d’insuccès, on prend une tisane contenant :

Extrait hydro-alcoolique de rehmania. . . 20 grammes

Racine d’ache . 12 —

Pachyma cocos . 8 —

Amandes de jujubes . 8

Racine de pivoine blanche . 8 —

Réglisse torréfiée . 4 —

Feuilles de polygala tenuifolia (préparée). . 2 —

Ecorce de mandarine (préparée) .... 2 —

Lorsqu’il y a dysménorrhée douloureuse, on ajoute de la racine de souchet, ou l’on donne la décoction de :

Extrait hydro-alcoolique de rehmania. . . 20 grammes

Racine d’ache . 20 —

Graines d’achyranthe du Japon . 8 —

Pulpe de tamisier . 8 —

Racine de plantain d’eau . 6 —

Si le principe passif est affaibli, on ajoute 2 grammes d'aconit préparé; on ajoute du gingembre, en cas de faiblesse; du souchet, si la douleur prédomine. Le remède héroïque de la dysménorrhée serait l’écaille de tortue brûlée, pulvérisée et absorbée avec de l'eau chaude.

La pharmacopée de l'Extrême-Orient est fort riche en emménagogues. Citons :

L’asaret de Virginie;

La chamœdrée ;

La menthe pouliot;

Les racines de morée;

Le houttuyina cordata;

Les armoises;

Les amandes et les fleurs de pêcher (quand il y a des troubles mentaux).

On emploie malheureusement ces emménagogues comme abortifs avec addition d'ergot de riz, de maïs et de cantharides. Les prostituées emploient comme moyen anticonceptionnel des préparations à base de mercure. La loi interdit bien les avortements et les infanticides, mais elle est lettre morte en pratique et les affiches s'étalent impunément avec leurs annonces de médicaments « pour faire couler le fruit », « pour réduire le fœtus en sang », « pour rester vierge ». Les Annamites se servent de la quinine à haute dose comme abortif.

La chirurgie utérine et la chirurgie abdominale sont des champs absolument ignorés là-bas; heureux Célestes!

B. — Grossesse et accouchement (obstétrique).

On a remarqué que les fausses couches sont fréquentes au début du mariage et qu’ensuite les grossesses à terme se succèdent jusqu’à la fin de la période génitale. Les Chinois ont des enfants tant que leur femme (ou leurs femmes) peut en mettre au monde. La stérilité étant, à leurs yeux, le plus grand des malheurs, ils n'ont pas l'idée antisociale de limiter le nombre de leurs enfants, suivant les ressources du ménage. Là- bas, la grève des berceaux est peutêtre la seule inconnue; on procrée, sans souci, pour remplir le devoir de la nature et de la religion des ancêtres. Donner à ceux-ci une lignée indéfinie de garçons est la grande préoccupation, la grande dévotion des Chinois, pourrait-on dire. Dans ce but, la femme doit manger de l’iris fœtidissima.

De quel sexe sera l'enfant attendu? C’est une question

que l’on se pose en Chine, comme ailleurs. La sage-femme chinoise prétend deviner le sexe du fœtus en examinant les lignes de la main, la couleur et le volume du ventre. Les mouvements du fœtus perçus par la mère ont une importante signification; les filles bougent plus, étant plus irascibles. Dans le cas où leurs évolutions sont trop exagérées, on fait prendre à la mère de la gélatine de peau d'âne.

Il est impossible de parler d'accouchement, chez les Chinois, sans entrer immédiatement dans le domaine de la sorcellerie. La superstition n’enlace pas seulement le Chinois païen du berceau à la tombe, mais elle le saisit même avant sa naissance. Que de divinités n’invoque-t-on pas pour avoir des enfants î On prie la fameuse déesse Koan-yngpou-sali de donner de la progéniture; on met un soulier au pied de son image qui est dans toutes les pagodes ; et, si elle exauce la prière, on lui apporte en ex-voto une paire de souliers neufs.

On invoque aussi Tie n-sie n-song-tsé , divinité taoïste, et une foule d'autres divinité subalternes, et même le dieu Tchang-kouo-lao qui, monté sur un âne, porte des enfants mâles aux jeunes ménages.

Il y a une foule d’images porte-bonheur pour le même but; la licorne portant un enfant, le sphinx chargé d’un garçon, les cent garçons qui se distribuent tous les honneurs et toutes les dignités de ce monde.

Le Père Doré1 indique une foule d’autres chinoiseries dans son magnifique ouvrage iconographique. Choisissonsen quelques-unes :

Beaucoup de femmes enceintes portent sur elles un petit miroir en cuivre, à titre de talisman contre les influences néfastes qui pourraient nuire à l’enfant quelles portent

1 Henri Doré, de la Société de Jésus, Recherches sur les superslilions en Chine. Variétés sinoloc/iques, Tou-sé-wé, Shanghaï, 1912, Guilmoto, libraire, 6, rue de Mézières, Paris.

dans leur sein. Quand elles sont munies de ce miroir, elles croient pouvoir entrer dans une maison, où l'on porte le deuil d'un défunt, sans crainte de faire mourir leur enfant.

Denvs 1 parle de figurines au cou desquelles vont passer un collier de sapèques, dans les pagodes, celles qui veulent obtenir des enfants. D'après le choix fait, le bonze donne un nom à l’enfant promis ou espéré. Le recueil du folklore chinois dépasse l'imagination.

Le Père van Belle -, missionnaire du Sin-tcheng (Kan-sou) en a recueilli quelques spécimens; par exemple, la prédiction du sexe de l'enfant à naître, en calculant sur l’abaque. L’abaque se compose de 4q boules. On demande à la femme quel jour du mois elle a conçu ; à ce chiffre on ajoute 19; si le total est un nombre pair, l’enfant sera une fille ; s’il est impair, ce sera un garçon. Si le nouveau-né s’avise d’être d'un autre sexe que celui prédit, il y a erreur et le fourvoyé mourra jeune.

Voici un autre procédé ; il est basé sur l’examen du pouls. Si le pouls est égal sur les deux bras, il y aura deux enfants. Si le pouls du côté gauche est plus fort, on aura un garçon; s’il est plus fort à droite, ce sera une fille. C’est en vertu de la même idée qu’on tàte le pouls aux hommes sur le bras gauche et sur le bras droit aux femmes. Les Chinoises sont quelquefois suspectées d’infidélité par leurs époux. Ceux-ci s’imaginent qu'ils peuvent déceler leurs fautes au moyen de l’artifice puéril que voici. Ils font sur la peau de leur femme une marque avec de l’encre composée de cinabre, de litharge, de noix de galle macérée dans du sang de chauvesouris. Si la femme vient à commettre une infidélité, la marque s’efface... Alors le mari outragé se venge parfois plus cruellement que le tigre, qui n’ose attaquer une femme enceinte, parce que, dit-on, Bouddha le ferait mourir, Pour

1 Denys, The Folk lore of China.

2 La Médecine et les superstitions chez les Chinois, par Lafitte,

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— gi —

reconnaître si un fils est légitime ou adultérin, le Chinois se base encore sur une sorte d’axiome de physiologie. D’après cet axiome, le père et le fds ont même substance, même chair, même sang. On reconnaîtra donc la légitimité à l’aide du procédé suivant : piquer au doigt le fils et le père et laisser tomber une goutte de leur sang dans une tasse pleine d’eau : si les deux gouttes se rapprochent et se mêlent, l’enfant est légitime; sinon, il est adultérin.

Witkowski, dans son Histoire des Accouchements^ , parle de la déesse Tsé-souen-niang -niang, à laquelle on offre des poupées du sexe que l’on désire. La femme enceinte n’est jamais tranquille, pas même pour la nourriture. Si elle mange des tourterelles ou des canards, son enfant sera muet; si elle mange du lapin, l’enfant risque de venir au monde avec un bec-de-lièvre; si elle mange trop de mouton, son enfant deviendra épileptique, etc. Ne rions pas trop. Est-ce qu'en Europe nous ne rattachons pas les noevi ou taches vineuses des nouveau-nés aux envies qu’ont eues les mères durant la grossesse ?

Voici une autre prohibition. La femme chinoise enceinte ne doit pas entrer dans un local où l’on élève des vers à soie : i° parce que la femme étant du principe femelle Yin nuirait aux vers à soie; parce que, les vers à soie étant étouffés dans leur cocon, il est à craindre que l’enfant à venir ne subisse le même sort dans le sein de sa mère. La pauvre femme doit se préoccuper encore de ne pas mettre son enfant au monde dans la première moitié du mois, si elle ne veut pas le voir mourir jeune; et cela, parce que les premiers jours du mois sont consacrés au culte des dieux.

Arrivons au terme de la grossesse ; le moment approche; vite, voilons les yeux du Tsao-kian, dieu du foyer; il ne doit rien voir. Que le dieu tutélaire ne se plaigne pas; car

1 Witkowski, Histoire des accouchements , mœurs et coutumes , Steinlieil, éditeur, Paris.

aucun homme, pas même le mari, ne doit être dans la chambre et nul regard masculin, qu’il soit d’un dieu ou d’un homme, ne doit percevoir le mystère. On fait dégager de grandes quantités de vapeurs d’eau, dans la chambre, pour que la femme soit bien cuite et ne prenne ni fièvre ni péritonite. Pour ne pas souiller l'habitation de famille, l'accouchement doit avoir lieu dans un coin retiré de la maison ou dans une case voisine, sur une claie élevée de 3o centimètres au-dessus du sol. On active les douleurs en faisant boire une décoction de cheveux d'homme torréfiés et pulvérisés. Dans le but de faciliter le travail, la femme a dû prendre plusieurs jours avant, dans de l’eau chaude, une poudre dite le taching , contenant :

Racine de livèche du Tay-chouyen. . . 4 grammes

— de pivoine blanche . 4 —

— d’atractylis . 4 —

Ecorce de noix d’arec . 4 —

Ecorce de mandarine préparée .... 3

Sommités lleuries de basilic crépu . . . 3

Ginseng . .3 —

Réglisse . i gr. 20.

S’il y a de l’anorexie, on ajoute des graines d’amome ; on ajoute des racines d’ophiopogon spicatus, en cas de toux; de l’aristoloche, en cas de coliques; de la racine de toque visqueuse, si la femme a chaud; de la racine de buplèvre, si elle a le caractère irascible : de Tache, si elle est anémiée.

Au Tonkin, on fait usage de la queue d'hippocampe pour activer l'accouchement.

Si l’accouchement est pénible, on donne une préparation contenant des excréments de chauves-souris ou une tisane faite avec :

Racine d’ache . 20 grammes

Graines d’achyranthe. ... 8 —

Cannelle .

Racine de livèche.

Fleurs de carthame .

Graines de plantain .

8 grammes

On ajoute i± grammes de carbonate de soude (fa-si-dà), lorsque Tentant est mort dans la matrice et un peu de ginseng, si les vapeurs sont faibles.

Lorsque la dystocie est tenace, on emploie les graines d’euryale ferox, les racines de daphné myrrha et d’aristoloche, l’ergot de riz et de maïs : on prend ces remèdes dans de l’eau-de-vie de riz ou dans une demi-tasse d’urine de jeune garçon de trois ou quatre ans. On fait uriner dans trois verres et c’est seulement l’urine du second vase qui est bue. Jadis, en Europe, on se servait, en thérapeutique, de l’urine d'animaux et encore, aujourd’hui, ne prend-on pas, en certains pays de France, de l’urine de femme ayant ses règles, comme vermifuge ? On ne sait à quelle idée obéissent les matrones, lorsqu’elles font l’acupuncture aux jambes et aux mains des femmes qui ne peuvent expulser leur enfant mort dans la matrice. Dans certains cas, on hypnotise la femme pour l’empêcher de souffrir. L’accouchement a lieu sur un baquet renversé, où la femme se met sur le ventre, au dernier moment. Les traités de médecine chinois distinguent les présentations de la tête, du siège et de l’épaule. Ils recommandent le toucher vaginal pendant le travail.

L’accoucheuse doit savoir remonter le cordon procident, remonter un bras procident et faire la version céphalique ou la version podalique sur les deux pieds. En cas de présentation de l’épaule, si l’on reconnaît, en examinant le pouls de la mère et du bras procident de l’enfant, que celui-ci est mort pendant le travail, on l'extrait au moyen d’un crochet en fer et au besoin on le coupe en morceaux avec un couteau (embryotomie).

Au Japon, on fait porter une ceinture de grossesse et, à

Fig. io. — i, longue tige de baleine mince; 2, lame de baleine plate percée de deux trous à 2 centimètres de l’extrémité supérieure; 3, poignée en bois percée de trous; 4, deux petites tiges de baleine autour desquelles on enroule une serviette de soie qui est portée au-dessus de la tête et dont les chefs sont ensuite passés dans le trou quadrangulaire de la spatule en fer (8); 5, tiges de bobine avec leur long filet de soie, et 6, petite tige en fer, et 7, lame de baleine plate pour la version dans les positions transversales.

Ces instruments japonais ressemblent à ceux dont se servent les Chinois. (Histoire des accouchements, par Witkowski, Steinheil, éditeur).

partir du sixième mois, le médecin ou la sage-femme fait le massage du ventre soixante fois, c’est-à-dire pendant soixante jours, une fois chaque matin; puis l’accouchement est abandonné à la nature. L’arsenal des accoucheurs et des sages-femmes japonais se compose d’un crochet aigu et d’un crochet mousse, tous les deux fort dangereux à manier. Kangowa, accoucheur de la cour, inventa, en 1812, pour

l'extraction des enfants (fig. 10) :

i° Une longue anse de baleine;

20 Une lame de baleine plate;

3° Une poignée en bois ;

4° Deux petites tiges de baleine;

5° Une line serviette de soie;

6° Une stapule de fer.

Ils ont aussi un forceps qu’on adapte à un treuil de traction.

Kangowa condamnait l’expression utérine et prétendait que les pressions lombaires suffisaient. On extrait le placenta en attachant un poids au cordon. Ce cordon précieux qui a été sectionné 1 après avoir été lié au moyen d’un gros fil de coton, est bien desséché et conservé, afin que le nouvel être le conserve toute sa vie et l’emporte dans son cercueil. En Chine, lorsque la délivrance est adhérente, la sage-femme en fait l’extraction au moyen d’un crochet en fer à deux branches (dangereux), ou bien en attachant par une ficelle un poids au cordon, jusqu’à l’issue du placenta, au bout de trois à cinq jours.

Les deux grands Empires de l'Extrême-Orient ont à peu près les mêmes procédés obstétricaux et le même arsenal. En Annam, les sages-femmes activent la sortie du placenta

1 Pour couper le cordon, les Japonais se servent de couteaux en os; les Annamites enveloppent le moignon du cordon dans du papier chinois verni ou ciré et le fixent par une bande passée autour des reins. Japonais, Chinois et Annamites ont les mêmes usages.

avec les pieds en montant sur le ventre de la femme, tel un vendangeur foulant le raisin avec les pieds. Notre expression utérine, nos frictions, nos compressions abdominales sont remplacées par cette gymnastique foulante. Lorsqu’on se trouve en présence d'un cas de dystocie placentaire par

Fig. ii. — Dames japonaises ( Missions Catholiques).

insertion vicieuse, il est recommandé de tenter le décollement du placenta, et ensuite l'accoucheuse chinoise fait ce qu elle peut1.

1 Le Père Doré publie des fac-similé d’amulettes en papier pour hâter la délivrance; on brûle les feuilles et on fait boire les cendres dans du vin. Lorsque 1 accouchement est trop laborieux, on va brûler de 1 encens dans la pagode de Tsé-souen-niang-niang,

Quelle que soit l'intervention, la patiente boit tout le temps de l’arack (eau-de-vie de riz). Immédiatement après la naissance de l'enfant, on donne à la mère une tasse d'urine de jeune garçon; et, pour hâter la sortie du placenta, une tisane préparée avec 20 grammes de racines d’ache; s’il se produit une hémorragie de la délivrance, on administre le médicament hiou-koei (voir affections du système nerveux, p. 57); si la femme tombe en syncope, on donne de l’aconit et de l’atractylis qui régularisent les battements du cœur.

Lorsque la délivrance est complète, l'accoucheuse frictionne le ventre, nettoie la femme avec du linge sec. Elle lui recommande de ne pas se laver pendant douze jours et, si elle présente de la pâleur chlorotique, elle lui fait absorber une préparation de placenta desséché. Peut-être les Chinois ont-ils aussi remarqué que le placenta ingéré favorise la montée du lait et sa sécrétion (??).

Pendant l'accouchement et dans les jours qui suivent, la femme doit avoir du feu sous son lit de camp ; ce feu est du charbon allumé dans une marmite. On ne peut rêver de coutume plus antihygiénique, c’est plus que l’équivalent delà chaufferette de nos mères. L’intoxication oxycarbonée est amoindrie par la ventilation qui existe dans le local ouvert à tous les vents, et, d'autre part, ce brasero placé sous la région génitale doit avoir une certaine valeur antiseptique.

La femme reste au lit trois jours et elle ne prend que du millet et de l’eau de riz; elle se lève le quatrième jour. E11

matrone de la délivrance, ou bien l’on va chercher sa tablette en grande pompe et on l’expose dans la maison de la femme en travail. Il y a aussi la tablette et la pagode de l'ex-sage-femmc de llouotchéou. Enfin, dans les cas très difficiles, on a recours aux prêtres taoïstes ou aux bonzes, qui dessinent des talismans et des amulettes. Il suffit de les coller sur le corps de la femme pour obtenir sa délivrance. Les prêtres taoïstes font aussi promener sur le ventre de la femme le mannequin de la déesse de la maternité et étendre un filet devant la porte de la maison pour arrêter les mauvais esprits.

certains endroits, on donne du bouillon de poulet (gallus lanatus) et force eau-de-vie de sorgho. L’allaitement commence le troisième ou le quatrième jour pour être prolongé longtemps. L'accouchée ne fait sa première sortie qu’au bout de deux mois. Elle va faire d’abord ses relevailles à la pagode des ancêtres pour les remercier.

On favorise la sécrétion du lait en mangeant des papayes, des pieds et des cuisses de porc, en buvant de la tisane de clématite et d’aralia. On arrête la sécrétion lactée chez les femmes dont les enfants sont morts, en leur faisant prendre de l’orge germée. On favorise les lochies et le retour des règles au moyen de tisanes de haricots noirs et de fleurs de carthame.

Etant donné le peu de souci qu’on a de la propreté, il n’est pas étonnant que les abcès du sein soient fréquents, chez les accouchées, malgré les pommades et tisanes variées qu'on met en usage.

Terminons cet aperçu obstétrical en rappelant les deux légendes du taoïsme et du sintoïsme. On place la naissance du fondateur du taoïsme, Lao-tsé, vers 600 ans avant notre ère. Ecoutons la poétique manière dont il fît son apparition dans ce monde. Une jeune et belle vierge ayant avalé une bulle composée de l'essence du soleil conçut et resta enceinte pendant quatre-vingt et un ans, — une grossesse un peu longue... en vérité... Au bout de ce temps, la vierge mit au monde, par le côté gauche, un enfant qui avait les cheveux blancs. Elle était alors sous un arbre appelé li. Le vieux nouveau-né s’écria aussitôt, en montrant l’arbre de la main : « Voilà mon nom de famille ». Cette naissance de Lao-tsé est un exemple de grossesse extra-utérine, dit-on, et en même temps de précocité d’enfant, puisque Lao-tsé parla en naissant.

La légende du sintoïsme, au Japon, raconte que Bunsio pondit cinq cents œufs et qu’elle les jeta dans le fleuve Ouo-sa-pia. Ces œufs renfermés dans un coffret furent

recueillis par un pêcheur, qui les lit éclore au four. De chaque œuf sortit un enfant. La mère de Soto-ktais fut prévenue par une voix divine qu'elle était encore enceinte. Au bout de huit mois, elle entendit l’enfant parler dans son sein (il était encore plus précoce que Lao-tsé) et quatre mois après elle le mit au jour. Le sintoïsme se confond avec le bouddhisme.

E. — Soins aux nouveau-nés. — Allaitement.

Quelques maladies de la première enfance.

Dès que l’enfant est venu au monde, on lui met le doigt dans la bouche pour se rendre compte de sa vigueur vitale. S’il aspire bien le doigt, c’est un excellent signe, sinon, on lui donne vite un peu de tisane des six médicaments (louvi) et on le frictionne avec du safran. Les premiers jours on ne donne pas notre sirop de chicorée composé, mais quelque chose d’analogue qui est un suço/i trempé dans une décoction de toque, de rhubarbe et de ptérocarpe; puis on lui donne encore une préparation de muscade, qui doit l’exciter à téter. Quand on a lié et sectionné le cordon à 7 centimètres de l'ombilic, on l’enveloppe de papier. Pour ce détail, comme pour tout, l’éducation obstétricale des Chinois est à faire. Nous savons que leur propreté est plus que rudimentaire. La prolification est tellement opulente en ce pays que l'on ne s'émeut pas de la mortalité des mères et des enfants.

F. — Maladies du premier âge.

Si le nouveau-né prend de la fièvre, s’il se met à tousser, vite on lui administre de la décoction de gingembre ou de menthe, à laquelle on ajoute une ou deux pilules de pao -

IOO

long 1 ou de kin-ting 2, qu on pulvérise. Si l'estomac ne supporte ni le pao-long ni le kin-ting, ni le louvi, on donne une préparation appelée sen-koen 3.

La diarrhée infantile est combattue par des infusions d'écorce de noix d’arec; les indigestions des enfants par l’infusion d’orge, par le gingembre, la cannelle, la gentiane et l’écorce de mandarine préparée.

Lorsqu’un petit enfant est très souffrant de la gorge et qu’il

1 Pao-long, contenant :

Ambre jaune .

Ginseng .

Tabaschir (concrétions siliceuses) ....

Bois de santal .

Pachyma cocos .

Réglisse rôtie .

Bulbes d'arum pentapliyllum bouillis avec du

fiel de bœuf . ââ

Ecorce d’orange noirâtre (citrus fusca) desséchée après maturation .

Ecorce d’orange noirâtre cueillie et desséchée

avant maturation .

Cinabre (ten-cha) .

Racine de dioscorée .

On ajoute aussi quelques feuilles d’or.

2 Kint ing, contenant :

Ginseng dépouillé de la partie superficielle

de l’écorce .

Racine d’atractylis dépouillée de la partie

supérieure de l'écorce .

Pachyma cocos blanc .

Pachyma (fou-tsen) .

Racine de dioscorée grillée .

Oliban et cinabre .

Ocre brune, qu’on lave après macération dans de l'eau chaude et que l'on dessèche ensuite

sept fois .

Musc de Chine .

On ajoute de la farine pour piluler et l’on enrobe

3 Seu-koen , contenant :

Racine de gentiane .

— d’atractylis .

Pachyma cocos, réglisse torréfiée . . . ââ

3 grammes

io

3 grammes

de feuilles d’or.

12 grammes

a le ventre enflé, on lui donne un remède préparé avec de la bave de crapaud. Cette bave est un suc visqueux, qu'on recueille sur un bourrelet glandulaire existant près des yeux, chez certains crapauds, et qu’on fait dessécher.

Contre les ophtalmies des nouveau-nés et des enfants, on emploie des préparations contenant des dépouilles de cigales, des lucioles ou de la cadmie retirée des fourneaux à or et à argent.

Un mélange de poudre de minium est employé dans Y impétigo.

Contre les accidents de la dentition on fait des frictions sur les gencives avec une poudre composée de :

Sel gemme . 10 grammes.

Sulfate de fer . io —

Cachou . 8

Racine d’asaret de Virginie ... 4 —

Réglisse . 4

Les convulsions sont traitées par des préparations de dragon fossile.

Nous avons déjà parlé des vers intestinaux et des vermifuges (voir helminthiase, p. 52).

La posologie des enfants est ainsi calculée, par rapport à la dose d’un adulte : 3 fois moins, de zéro à 7 ans (i/3); 2 fois moins, de 7 à i3 ans (1/2); 1 foi s moins, de i3 à 18 ans (2/3); la dose entière à 18 ans. Exemple : si la dose pour adulte est de o gr. 20, la dose sera de :

o gr. 07, de la naissance à 7 ans; o gr. io5, 8e 7 à i3 ans ; o gr. 14, de i3 à 18 ans.

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