FAITS ET SUPERSTITIONS MUTILATIONS ETHNIQUES (PETITS PIEDS
Le Dr Morache dit qu’à la naissance l’enfant trouve, avec l’affection très vive de ses parents, leur ignorance et les épidémies, deux choses également meurtrières. L'alimentation lactée par les soins de la mère ou, à son défaut, par une nourrice est une règle absolue en Chine. L’allaitement artificiel y est totalement inconnu. Pas de biberon, pas de lait d’animal ; le Chinois n’entend pas se créer une parenté avec une vache ou avec une chèvre. L’allaitement naturel dure trois et quatre ans ; on ne sèvre l’enfant que lorsqu’il mange de tout. Les pauvres femmes sont épuisées par les allaitements et les grossesses ininterrompus.
On emmaillotte les enfants dans des couvertures ouatées en hiver ; ils sont presque nus en été ; et c’est en cet état de nudité que les mères les portent sur le dos (fig. 12). On ne lave pas les nourrissons, on les laisse croupir dans la saleté. Il n’est pas surprenant qu’ils aient des troubles digestifs. Pour calmer les coliques, on place sur le ventre une ceinture faite de corde rouge et se bouclant à l'aide de deux vieilles sapèques de la dynastie des Han, ou bien une ceinture en étoffe rouge plaquée de morceaux de soie noire représentant un tigre, un lézard, un serpent.
La superstition embrasse l’enfant naissant et ne le quitte
plus, avons-nous dit. La première sollicitude dont il est l objet, c’est de lui tirer son horoscope, d’après le jour et l’heure de la naissance. On trouve des images qui simpliiient le calcul. Sur chacun des membres de la ligure représentée on écrit une des douze heures chinoises : une sur la
Fig. 12. — Comment les Chinoises portent leurs nourrissons
(Wittkowski, Steinhel).
tête, une sur chaque bras, une sur le ventre... Dès que l’enfant est né, on s’empresse de regarder sur quelle partie du corps se trouve la lettre correspondant à l’heure de la naissance et avec cela on Lire l’horoscope. On demande aussi à un diseur de bonne aventure de venir tirer l’horoscope, après le bain qu'on donne, le troisième jour, au nouveau-né. Si l’horoscope est mauvais, on allume la lampe des sept étoiles, durant sept jours et sept nuits, près de l’enfant. On fait aussi lancer par un archer des flèches
en bois de pêcher, ou bien on suspend des flèches au berceau. Chacun sait que le bois de pêcher est le meilleur démonifuge pour mettre en fuite le chien céleste. La divinité voleuse des enfants prend aussi la forme d'un chat pour s'emparer des enfants destinés à consolider les fondations d'une maison ou les piliers d’un pont. Il faut les écarter avec des amulettes en bois de pêcher.
Fig. i3. — Enfants chinois ( Missions Catholiques).
On ne doit pas sortir le nouveau-né sans le munir de l’amulette Keou-mao-fou en poil de chien. Si la mère et l'enfant franchissaient le seuil delà porte, avant un mois et sans l’amulette en poil de chien, ils attireraient des malheurs sur leurs voisins. Il faut encore immoler un coq ou offrir un morceau de viande aux ancêtres de la famille, le troisième jour. Plus tard, on mettra à l’enfant un collier de sapèques ; on lui donnera un nom d’animal ou de fille pour tromper le démon qui nuit aux garçons ; on lui mettra des sonnettes aux jambes pour effrayer les mauvais esprits ; on lui plaquera le bout du nez, les joues avec du
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vermillon, le rouge étant la couleur de la joie et portant bonheur ; on lui mettra encore au cou un cadenas qui rattache à la vie, un collier de chien pour qu’il soit aussi facile à élever et à nourrir que les petits chiens, des pendants d’oreilles jusqu'à vingt ans alin que les diables le prennent pour une fille et ne l'attaquent pas, les huit trigrammes Tai-pa-koa avec les Ghel-eul-choei ou les douze animaux des années du cycle de soixante ans, gage de prospérité. On lui laisse une couronne de cheveux jusqu'à seize ans ; on lui fait porter des habits de bonze ou l’habit d'arlequin dont les morceaux ont été donnés par un grand nombre de personnes (fig. i3).
Les âmes des filles mortes avant leur mariage cherchent à voler des âmes de garçons ; on préserve ces derniers de leurs griffes en chassant ces voleuses par l’odeur fétide de vieux souliers qu'on brûle ; on les épouvante aussi par un filet entourant le berceau. Les mailles de ce filet sont prises par ces filles méchantes pour des yeux braqués sur elles, et le sang de porc, dont le filet est barbouillé, les effraie*
Innombrables sont les amulettes destinées à le préserver de maladies. Jusqu’à seize ans, le pauvre enfant aura à traverser trente douanes périlleuses, Kouo-Koan. La première est celle des quatre saisons où habite le mauvais diable ; la seizième est celle du tigre blanc et la trentième est celle de l'eau et du feu. Le Père Doré les énonce toutes.
Quand l’enfant a eu la variole, on attache un morceau d'étoffe rouge à ses cheveux pour que le diable n’essaie pas de lui redonner cette maladie. Il y a encore les cadenas de noyaux de pêche qu’on attache aux pieds de l’enfant, parce que le pêcher confère l’immortalité ; le porte-bonheur : Puissiez-vous avoir cinq qarçons vigoureux , riches et montant de dignité en dignité ; le porte-bonheur des cent enfants de W en-Wan : Ayez cent enfants et que Vun d'eux soit reçu premier académicien .
Même dans la confection du berceau on obéit à un sentiment de sollicitude empreinte de superstition religieuse.
Le berceau doit être construit avec trois bois symboliques ; avec du bois de pêcher, qui assure la longévité ; du bois de jujubier, qui signifie la dignité, et du bois de sapin, qui, demeurant toujours vert, est un gage de longue vie. On va même, quand un sort fâcheux semble peser sur la famille, jusqu’à l’adoption sèche, qui consiste à faire adopter l’enfant par une autre famille, jusqu’au terme des douanes périlleuses (seize ans).
Tant d’amulettes et de précautions superstitieuses ne préservent pas les enfants des maladies relevant de la malpropreté et du manque d’hygiène. Ils ont des maladies de peau de tout genre, maladies dans lesquelles la syphilis s'épanouit superbe. La diphtérie tue beaucoup d’enfants. Quelle serait la mortalité infantile, si, comme en Europe, les Chinois usaient du biberon et de l’allaitement mercenaire à la campagne? Nourri par sa mère, le petit Chinois passe, dès qu’il peut marcher, toute sa journée au grand air, vagabondant dans les ruelles et les ruisseaux. Plus âgé, il se livre aux exercices du disque, de l’arc, de la course, de la gymnastique. Il est maigre et musclé ; ses muscles secs acquièrent la dureté du marbre. Les enfants ne sont jamais employés à des travaux manuels ; ils n'entrent en apprentissage qu’à l’âge de quinze ans; ils se développent donc bien librement. A Pékin, on les entasse, pendant l’hiver, dans des locaux surchauffés et dans un air vicié, mais en été ils sont réunis dans des cours abritées du soleil par un rideau mobile en nattes. Dans ces écoles, ils lisent tous à haute voix, ensemble, en se balançant de droite à gauche ; la cacophonie de cette lecture n’est point agréable à nos oreilles d’Européens.
Le garçon demeure longtemps enfant dans la société chinoise, c’est-à-dire que la puberté est retardée chez lui, qu’il n’atteint sa taille définitive que vers l’âge de vingt-cinq
ans. C'est à cet âge seulement qu’apparaît un premier duvet de barbe qui restera toujours grêle. Au dire des observateurs, l’évolution morale du jeune Chinois semble être aussi lente, malgré les obscénités des pancartes étalées dans les rues, malgré les obscénités des albums qrùon met dans les mains des enfants. Le jeune Chinois, — plus dépravé par l’esprit et par les yeux que le jeune Européen des grandes villes — l'est matériellement beaucoup moins. Marié à une fille qu’il n’a jamais vue, si elle ne lui donne pas d’enfants, il la prend en grippe, la remplace par des concubines ou la répudie. La stérilité est un grand malheur pour la femme et la femme doit être préparée au mariage dès sa plus tendre enfance par la mutilation de ses pieds (lig. i/\).
Les petits pieds, les lis d or.
Dès après le sevrage, on comprime les pieds des petites filles avec des bandelettes huilées pour les réduire à l'état de moignons. C’est plus par mode que pour empêcher les femmes de courir. Ces petits pieds sont un mystérieux poème. Le mari ne doit même pas regarder les pieds déchaussés de sa femme, la pudeur le défend. Le Dr Morache bravant toutes les pudeurs est parvenu à voir, à Pékin, des pieds de femme, de jeune fille et d’enfant et à se rendre compte de la mutilation et des procédés au moyen desquels on l’obtient. Ces petits pieds, ces lis d’or, ornement de l’appartement intérieur, ne se voient pas partout en Chine. Si la mutilation podalique est une coutume générale dans les provinces du Midi, elle est une rareté relative à Pékin et dans le Nord, où la misère est bien répandue et où les Tartares ne sont pas autorisés à déformer de la sorte les pieds de leurs femmes. C’est surtout dans le Kouang-si et le Kouang-tong que l'on trouve les plus beaux spécimens de pieds mutilés. Avoir des petits pieds est une
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preuve que I on n'est pas de condition servile. C’est un luxe que s’accordent les riches et... ceux qui veulent le
Fig. 14. — Fiancés chinois (Missions Catholiques).
paraître, tendance innée chez le Chinois soucieux de « la face ».
Il y a deux degrés dans la mutilation. Le premier consiste
en une flexion permanente des quatre derniers orteils sous la plante du pied ; c’est ce que l’on voit généralement dans le Nord. Le deuxième degré, qui est le maximum de la déformation, a pour caractères : i° la flexion et l’enroulement des quatre derniers orteils sous la plante du pied, le pouce demeurant libre comme dans le premier degré ; et 2° la flexion extrême de la face plantaire, qui devient fortement concave, angulaire, le calcanéum n’étant plus horizontal, mais vertical. Au fond de la rainure plantaire, il existe souvent des ulcérations douloureuses.
C’est au moyen d'un bandage serré qu’on raccourcit le pied, en tassant les os du tarse, en exagérant la voûte plantaire, sans briser le calcanéum. Les Chinoises avant les extrémités fines, l’opération est aisée. Dans le Nord, on se contente du premier degré, d’une demi-déformation qui permet à la femme de répondre aux exigences forcées du travail et de la locomotion et à celles de la coquetterie obligatoire (fig. io).
Le Dr Morache a remarqué que les parties molles du dos du pied sont atrophiées et que celles de la plante paraissent hypertrophiées, parce qu elles sont ramassées, comprimées et souvent le siège de congestions intenses et d’ulcérations. La façon de marcher est modifiée, on le comprend; les mouvements ne se passent pas du tout, ou à un très faible degré, dans l’articulation tibio-tarsienne, parce que les muscles fléchisseurs et extenseurs de la jambe se sont atrophiés, ni dans le genou, qui est à peine actionné par les muscles également atrophiés de la cuisse (fig. 16). Les membres inférieurs rigides de la femme chinoise sont donc grêles, elle ne marche pour ainsi dire que par le jeu des hanches, comme un amputé des deux cuisses, comme si les jambes étaient des pilons. Il n’est pas étonnant qu’elle tombe souvent. On observe souvent des ostéites scrofuleuses des os du tarse ; elles débutent par le scaphoïde pressé entre l’astragale et les cunéiformes ; du scaphoïde l’inflammation
Fig. i5. — Dame chinoise. (Dessin à la plume de MUe A...) D'après une figure de ; En Chine (Tchéli Sud-Est), du P. Leroy. A comparer avec la figure n. (Dames japonaises.)
passe aux autres éléments du tarse, puis du métatarse ; et les ostéites et les nécroses se succèdent indéfiniment, faute de soins appropriés.
La pathologie des petits pieds ne se borne pas à cela ; il faut ajouter aux ostéites les entorses et les fractures de jambe... qui se produisent facilement dans les chutes sur
Fig. .6. — Le lis d'or, Chinoise se bandant le pied (Matignon).
ce squelette plus ou moins atrophié. La femme chinoise, même d'une condition aisée, est généralement anémique, lymphatique, scrofuleuse, parce que les petits pieds l’empêchent de marcher, de faire de l’exercice. Et cependant, elle n’aura pas de plus constant souci, toute sa vie durant, que de continuer la compression pour que ses pieds demeurent des lis d’or toujours irréprochables (flg. 16). Si elle négligeait de les serrer, ils reviendraient peu à peu à l’état normal.
Le Dr Morache en a fait l'expérience à l’établissement des Sœurs de Saint-Vincent-de-Paul, à Pékin. L’expérience ne laisse pas que d’avoir un gros inconvénient, celui de condamner, à peu près sûrement, les enfants à un célibat perpétuel.
Les vierges chrétiennes, que nos religieuses emploient au service des pauvres, ne veulent pas renoncer à leurs petits pieds, non par coquetterie, mais par attachement instinctif à une ancienne coutume.
Manuel opératoire. — Voici comment on procède. Les manœuvres sont commencées, avons-nous dit, après le sevrage, c’est-à-dire vers quatre ans, au plus tard vers sept ans. La mère s’acquitte de ce soin ou elle confie la charge à une espèce de sage-femme.
Premiei * degré. — On masse le pied, on fléchit plus ou moins les derniers orteils et l’on applique un 8 de chiffre avec une bande de coton ou de soie de 5 à 6 centimètres de large et de i m. 5o de long ; on arrête la bande par quelques points de suture. Dans ces manœuvres on produit la flexion des quatre derniers orteils et la torsion sous la plante du pied des métatarsiens correspondants. On obtient en second lieu le tassement antéro-postérieur du pied en prenant point d’appui sur le calcanéum et en exagérant la concavité de la voûte plantaire. A chaque application on serre de plus en plus le bandage. Le massage est toujours accompagné d’une friction à l’alcool de sorgho ; sans quoi des ulcérations surviendraient. La chaussure est une bottine sans semelle dont la pointe s'amincit à mesure que la déformation s'accentue (fïg. 17). Le pied qu'on a obtenu ainsi est le premier degré ; c’est le pied vulgaire, le pied des pauvres (fig. 12).
Deuxième degré. — Pour obtenir le pied élégant, chic, il faut placer sous la face plantaire un morceau de métal semi-cylindrique et, par-dessus, appliquer le bandage en
8 de chiffre, qu’on a soin de serrer fortement. C’est par ce moyen que l’on amène le calcanéum en position verticale. On a eu soin, avant de mettre la bande, de masser vigoureusement le pied sur le cylindre de métal posé sur le genou. On déploie toute sa force dans cette manœuvre, jusqu’à fracturer ou luxer les os du tarse, et, pour atteindre ce but, on ne craint pas, au besoin, de frapper avec un caillou. Dans certaines provinces, on accélère le traitement en extirpant
Fig. 17. — Soulier de femme chinoise. A, soulier de femme chinoise; B, aspect de la chaussure revêtue d’une sorte de guêtre (Matignon).
le scaphoïde. Pour ce deuxième degré, on abandonne la chaussure plate et on la remplace par une bottine à semelle concave (fig. i5, 17).
Le Dr Matignon donne le dessin des chaussures de femmes chinoises A et de femmes tartares B (fig. 17, 18, 19).
On voit que les dames tartares mettent sous leurs souliers une sorte de pilon qui rend leur marche un peu semblable à celle des Chinoises. Celles-ci n’ayant d’appui que sur l’extrémité du calcanéum basculé sont forcées de marcher en écartant les bras, qui font office de balancier, et en s’aidant d’un bâton. C'est pour obtenir cette infirmité qu’elles ont tant souffert. Chaque pied bandé coûte une barrique de larmes, dit un proverbe chinois, et la coutume causerait 10 pour 100 de morts par consomption, chez les
petites filles. Nous avons énuméré plus haut les autres inconvénients pathologiques. Pourquoi cette coutume ? Depuis quand existe-t-elle ? On ne le sait pas au juste. La coutume remonte dans la nuit des temps, On raconte qu'une impératrice Taki, i.ioo ans avant Jésus-Christ, avait un
Fig. 19. — Dame mandchoue (Matignon).
pied bot de naissance et qu elle fit ordonner qu’on comprimâtlespieds de toutes les petites filles, afin de les rendre semblables à leur souveraine, type de beauté et d’élégance. On raconte aussi que la coutume aurait pour auteur l’empereur Gangti, 600 ans après Jésus-Christ. Il aurait forcé l’une de ses concubines de se comprimer les pieds et il aurait fait imprimer sous la semelle de sa chaussure une fleur de lotus qui, à chaque pas de la favorite, laissait une
empreinte sur le sol, d’où le nom de lis d’or encore employé pour désigner le pied d’une Chinoise. On a dit aussi que les Chinois déforment les pieds des femmes pour les retenir à la maison et les rendre moins volages. Il est vrai que le Chinois est fort jaloux, mais il ne condamne pas sa femme à vivre recluse et voilée comme les disciples de Mahomet. Du reste, les petits pieds ne l’empêchent ni de marcher, ni de courir, ni de danser, ni même de faire des acrobaties à pied et à cheval ou sur la corde. Elle n’est arrêtée que par les excoriations qui surviennent, lorsque les soins sont défectueux. La petitesse du pied est le critérium de la valeur commerciale de la femme. Le mariage ne se fait, et par les parents seuls, que si le soulier de la jeune fille prouve qu’elle a un petit pied (voir fîg. i5). La beauté chinoise réside donc dans le pied, « Un pied non déformé est un déshonneur », dit un poète. Seul le mari peut voir le pied de sa femme dans l’intimité. Une Chinoise ne montre pas plus facilement son pied à un homme qu'une femme d’Europe n’exhibe ses seins. Il paraît que les Chinois attachent une idée sensuelle aux petits pieds. Le Dr Morache suppose qu elle est liée à cette observation que l’atrophie des membres inférieurs détermine une hypertrophie du mont de Vénus. Les femmes tartares qui ont le pied normal ne présentent pas cette conformation. Les chrétiennes ont, en général, les pieds normaux ; mais, dans certaines provinces du Sud, les religieuses des orphelinats sont forcées de déformer les pieds des petites filles, sinon celles-ci ne trouveraient pas à se marier, nous l’avons déjà dit. Plusieurs empereurs de la dynastie tartare, et jusqu’à la vieille Tseuhi, ont lancé des décrets défendant aux Chinois de mutiler leurs femmes; ces décrets sont restés lettre morte. Quant aux femmes tartares (fig. 19), qui ont les pieds remarquablement fins, il leur est interdit, sous peine de mort, d’adopter la mode chinoise. En outre, il est interdit de recevoir à la Cour d’autres femmes que celles qui ont de grands pieds, depuis l’impé-
ratrice jusqu’à la dernière des suivantes; de plus, il est défendu aux fonctionnaires d’épouser d’autres femmes que des Tartares ou des Chinoises non mutilées. Les évêques ont
Fig. 20. — Moules de pied de Chinoise (Matignon, Superstition ).
flétri et proscrit cet usage. Le succès a été médiocre jusqu'à présent et il en sera ainsi tant que la doctrine évangélique n'aura pas pénétré dans l ame du Chinois suffisamment à fond pour qu’il comprenne que la femme est son égale et qu’elle n’est pas seulement un instrument de plaisir.
On trouve dans le livre Superstition, Crime et Misère en Chine , de Matignon, la photographie du moule de deux petits pieds d’une Chinoise que les Sœurs de Saint-Vincentde-Paul lui ont permis de prendre sur le cadavre d une fille
Fig. 21. — I, radiographie d’un pied mutilé de Chinoise; II, radiographie d’un pied normal de femme annamite de même taille.
A, petite apophyse du calcanéum ; B, cuboïde; C, insertion du tendon d’Achille; D, tête de l’astragale; xy, xy, ligne tracée suivant les trouées osseuses délimitant l’angle d'ouverture de la voûte; a [5, ligne horizontale tangente à la tête des premiers métatarsiens et du calcanéum: y S, ligne perpendiculaire à a (3 passant par le centre de gravité du corps (Dr Mouzels, Preste Médicale, n° 6r, Masson, éditeur, 27 juillet 1912).
de vingt ans morte phtisique à l’hôpital de Nan-tang (fig. 20). Plus récemment, le D1’ Mouzels, médecin des troupes coloniales françaises, a publié dans le Bulletin de la Société Médico- Chirurgicale de l lndo-Chine (n° 2, février 1912, p. i36), la radiographie d’un pied mutilé de Chinoise et d'un pied normal de femme annamite de même âge (fig. 21). Le schéma dessiné sur la radiographie fait
saisir au premier coup d’œil les modifications de l'architecture du pied mutilé et les conséquences qui en découlent pour le mécanisme de la marche. On voit bien le calcanéum rendu vertical et enroulé autour de son grand axe, sa face inférieure rendue antérieure; on voit bien aussi la presque verticalité de la direction générale du tarse antérieur, l’atrophie, etc... La Chinoise, cela se comprend, est forcée de marcher sur le pilier calcanéen comme sur un pilon et sa démarche est nécessairement saltitante et instable. Cette démarche est encore exagérée, dit le Dr Mouzels, par la crainte d’un appui un peu vif sur l’avant, appui qui, écartant brusquement l'encoche charnue qui correspond au milieu de la plante, détermine de vives douleurs, au niveau des ulcérations, lesquelles, au dire des rares personnes qui ont vu ces pieds lis d’or, siègent constamment en cet endroit.