‹ La médecine en Chine au XXe siècleChapitre 24 sur 39 · II. — Le Choléra · texte numérisé non relu

II. — Le Choléra

La Chine n’a pas seulement des épidémies de peste, mais encore des épidémies de choléra. Ce dernier fléau ne sévit cependant pas avec autant de rigueur que le ferait supposer la malpropreté de ce pays.

Si nous ne remontons pas au-delà de ce siècle, nous ne trouvons à mentionner que l’épidémie cholérique de la Chine septentrionale relatée par Tsuzuki2, qui en a découvert le bacille dans l eau du Peiho, près de Pékin. Le même médecin a constaté le rôle des mouches, en tant que vectrices du bacille. Il a fait, suivant le procédé de Hafïkine, modifié par Knoll, des vaccinations sur 1.200 Japonais et 23o Chinois. La vaccination s’est montrée d’une innocuité complète et son influence a été heureuse. Chantemesse et Borel

1 DrJust Navarre, les Insectes inoculateurs de maladies infectieuses , discours de réception à l’Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Lyon, 1904. Du même auteur : la Géographie médicale ( Annales de Géographie, 1904).

On consultera avec plaisir et profit l’excellente thèse du D1' Henri Bon, Essai historique sur les épidémies en Bourgogne , depuis l'établissement des Burgondes en Gaule jusqu’à la Bévolution (thèse de Lyon, 1912,). Il démontre par de nombreux documents inédits que la peste, la lèpre et la variole ont décimé la Bourgogne, dès le vie siècle; lèpre et peste ont régné à l’état endémique pendant de nombreuses années, au xvi” siècle, puis elles ont disparu, grâce aux sévères mesures d’isolement et de désinfection prises. Quant à la variole, elle a surtout fait des ravages au xvme siècle.

2 Tsuzuki, Archiv fur Schiff- and Troppen-hygien, 1904.

avaient, à la même époque, fait une étude d'ensemble inspirée par la formidable hécatombe d’un million et demi de victimes tombant sons les coups du fléau aux Indes, en Mandchourie, au Japon, en Perse, depuis moins de quatre ans. Le choléra avait fait, en i8g5, 5o.ooo victimes à Pékin, où, pour conjurer le fléau, on s’était contenté de processionner avec accompagnement de pétards et de fusées. En cette même année i8q5, le choléra sévissait en Egypte, où il avait été importé par des pèlerins de la Mecque, dont les bagages avaient été insuffisamment désinfectés. Proust rappelle, clans son Rapport sur le choléra d’Egypte de 1902, qu’en 1 865 l'épidémie provint aussi de la Mecque, où elle avait été importée par un navire des Indes chargé de pèlerins. De la Mecque, le fléau gagna Alexandrie, Beyrouth, Constantinople, Odessa... D’Alexandrie il gagna Marseille; et de Marseille il gagna Paris. Le fléau ne s’éteignit qu’en 1874. Si les Anglais voulaient sacrifier un peu de leur intérêt particulier à l'intérêt général, l’Egypte, qu’ils occupent, cesserait d’être ravagée par le choléra. 1823, i83o, 1847, 1 8 6 5 , 1 883 , 1895, 1902 sont des années de deuil pour cette contrée. Ce sont aussi des années de menace d’invasion par le fléau dans tout le bassin de la Méditerranée et, par suite, dans toute l’Europe. L’Europe est donc fortement intéressée à prendre des mesures défensives, spécialement dans la Mer Rouge, où l'appui de l’Angleterre est souvent plus que négatif. L’entente des divers Etats menacés pouvait seule vaincre l’indifférence des uns et l’opposition intéressée des autres ; pour l’obtenir, il fallait se réunir et discuter.

Tel fut le but de la Conférence sanitaire internationale de Paris, qui siégea du mois d’octobre au mois de décembre 1908. La plupart des idées émises par les professeurs Bondet, Lortet et Teissier de Lyon furent adoptées par la conférence, que Proust avait préparée. Les 24 Etats convoqués ne signèrent pas tous le rapport rédigé par Brouardel ; quatre

refusèrent, parmi lesquels la Turquie. 1 83 articles constituèrent la Convention de Paris. Voici les plus caractéristiques :

a) Notification doit être faite des cas de peste, et de choléra. — Quand plusieurs cas se seront produits dans une circonscription, celle-ci sera déclarée contaminée. Si I on signale la mort d'un grand nombre de rats, on devra les rechercher pour les examiner. Une circonscription cessera d’être dite contaminée, quand il n’y aura ni décès, ni nouveau cas de peste, depuis cinq jours.

b) Mesures auxquelles sont soumis les voyageurs. — Est considéré comme infecté le navire qui a la peste ou le choléra à bord ; comme suspect, le navire où il y a eu des cas de peste ou de choléra au moment du départ, mais aucun cas nouveau depuis sept jours ; comme indemne venant d’un port contaminé, le navire qui n’a eu ni décès, ni cas de peste ou de choléra à bord, soit avant le départ, soit pendant la traversée, soit au moment de l’arrivée. Les navires infectés sont soumis au régime suivant : débarquement et isolement des malades ; les bien portants seront soumis à une observation de cinq jours ; désinfection du linge, effets, objets de l’équipage et des passagers. Les parties du navire habitées par des pesteux devront être aussi désinfectées; la destruction des rats sera faite avant et après le déchargement de la cargaison, en l’espace de quarante-huit heures, au plus. Les passagers libérés le cinquième jour seront soumis, pendant dix jours, à la visite médicale, dans les localités où ils se rendront. En Orient, le temps d’observation devra se passer dans un établissement sanitaire. En France, on substituera le plus possible la surveillance à l'internement dans un Lazaret, mais la surveillance sera obligatoire, sous peine d’amende.

c) Mesures à prendre pour V importation et le transit des marchandises. — Linges de corps, hardes et vêtements portés, literies ayant servi seront désinfectés; les objets

emballés de telle sorte qu’ils ne puissent être manipulés en route échappent à la désinfection. On réduira au minimum les mesures nécessaires pour que leur exécution soit possible.

d) Mesures à prendre pour détruire les rats. — Les délégués techniques ont déclaré que, pour eux, la propagation de la peste par les rongeurs n’avait pas l’évidence scientifique ; les Anglais surtout ont repoussé cette étiologie. Les mesures indiquées pour la destruction des rats dans un navire ne leur ont pas paru en proportion avec le danger possible. La Conférence a décidé que, si le navire a des rats pesteux, on fera la visite médicale du navire. On détruira les rats avant et après le déchargement de la cargaison, en quarante-huit heures, et l’on procédera à la désinfection des parties contaminées du navire. En outre, passagers et équipage seront soumis à une surveillance de cinq jours. L’obligation de détruire les rats est admise par tous les délégués. Il est facultatif d’employer tel ou tel procédé. On propose de détruire par le feu : les hardes, chiffons, papiers..., de faire passer les effets et literies... à l’étuve à vapeur fluente à ioo degrés, ou de les exposer aux vapeurs de formol, ou de les tremper dans une solution antiseptique, comme par exemple, de sublimé à i pour i .000, d’acide phénique à 3 pour 100, de lysol ou de crésyl à 3 pour 100, de formol à 1 pour 100.

On propose trois procédés pour la destruction des rats :

i° L'acide sulfureux mélangé avec une petite quantité d’anhydride sulfurique, qu’on projette sous pression dans les cales en brassant l’air. On détruit ainsi rats, insectes et bacilles pesteux ;

20 Un mélange non combustible de protoxyde et de dioxyde de carbone;

3° L’acide carbonique versé jusqu’à 3o pour 100 de l’air du navire.

La Conférence a formulé le vçeu de la nomination de

médecins commissionnés par leur pays pour le service sanitaire et la création d’un Office international de Santé établi d’après les principes qui ont présidé à la formation et au fonctionnement du Bureau international des Poids et Mesures. L'Office de Santé aura son siège à Paris; il recueillera les renseignements sur la marche des maladies infectieuses, exposera périodiquement ses travaux dans des rapports officiels, qui devront être communiqués aux Gouvernements contractants. Lorsque le système de surveillançe aura pu être établi, lorsque le contrôle des déclarations faites parles passagers, au moment du débarquement, aura été organisé, on ne retiendra plus dans les établissements sanitaires, appelés autrefois Lazarets, que les malades atteints, les uns d’affections exotiques, les autres d’affections non exotiques. Les deux groupes de personnes devront être retenus dans des hôpitaux spéciaux, absolument séparés et bien outillés. La durée du séjour sera, pour la peste et le choléra, réduite à cinq jours, dans les cas où les passagers ne pourraient être mis en liberté immédiate, sans danger pour la santé publique.

Tel est l’esprit général de la Conférence de Paris : faire le nécessaire et supprimer tout ce qui peut avoir un caractère vexatoire dans les mesures de défense contre le choléra et la peste, en donnant plus d’importance à la prophylaxie individuelle qu'aux sévérités des quarantaines. Il fallait et il faut se défendre; car le choléra a franchi bien des fois nos frontières, et la peste elle-même a essayé de reprendre le chemin de l’Europe. Le Dr Grimaldi a publié, en 1903, une note sur l’épidémie qui avait récemment éclaté à Saint- Barnabé, près de Marseille.

Mais en voilà assez sur les maladies infectieuses exotiques. Passons aux maladies non exotiques. Gomme pour la peste et le choléra, nous limiterons notre revue au temps présent; nous aurions des volumes à écrire, si nous nous plongions dans le passé nébuleux de la pathologie orientale,

Page 1