VI. — Le Béribéri ou Kakké
Le D1' Clémow décrit trois centres principaux d’endémie béribérique : le Japon, les Indes néerlandaises, la presqu île de Malacca, le Brésil autour de Rio et des centres secondaires en Indo-Chine, au Bengale, dans l’état du Congo. « Le béribéri, dont l’étiologie a passionné et passionne encore quelques chercheurs, paraît bien être une intoxication analogue à la pellagre, à l'ergotisme, produite par l’ingestion de riz avarié ou parasité. La plupart des médecins de la marine et des colonies conviennent de ce point, dit le D1' Navarre. Son origine est sans doute infectieuse, son germe inconnu distille une toxine qui produit une périnévrite périphérique. Il faut examiner le sang et le liquide céphalo-rachidien; c’est là que l’on trouvera peut-être la clé de l’énigme. On propose de traiter le béribéri par la keptine à base de quinine, qui est salutaire dans la plupart des maladies infectieuses et particulièrement dans le paludisme. Notion capitale : le Dr Takaki a démontré que le béribéri tenait à l’insuffisance de l'alimentation azotée. Le Gouvernement japonais a de suite amélioré la nourriture dans l’armée et dans la flotte et le béribéri a presque complètement disparu. »
Nous avons eu à Casablanca une épidémie de béribéri
qui a fourni à MM. Saltet et Legrand les éléments d’un intéressant travail. La maladie, écrivent-ils, débute par le gonflement des pieds, par de l’essoufflement, par l'accélération du pouls : 100 pulsations, bruit de galop, souffle systolique au cœur, congestion des poumons et du foie, vomissements. Au résumé: i° syndrome cardiaque, d’où possibilité de décès par syncope ; 20 œdèmes viscéraux, dans le péricarde et le canal rachidien ; 3° apyrexie et absence d’albumine. Sa gravité est variable et sa forme est triple : humide, hydropique, — ou sèche et paralytique, — oumixte. Les auteurs se demandent quelle en est la nature. Est-ce une anémie pernicieuse, un myxœdème, une malaria? L’examen du sang a montré une mononucléose excessive, 4o à 55 pour 100. On rattache l’étiologie à une origine alimentaire et à un germe tellurique. Quoi qu’il en soit, le syndrome cardiaque tient le premier rang. Le traitement doit recourir, dans les cas graves, à la ponction lombaire ou à la paracentèse du péricarde. L’amélioration du régime alimentaire aidera à guérir et surtout elle préviendra cette étrange maladie, dont on a beaucoup parlé, à l’époque de la guerre Russo- Japonaise. Nous conclurons avec le Dr Navarre que le béribéri est destiné à disparaître par l’amélioration des procédés de manipulation et de conservation du riz, « comme aussi par l'addition d'azotés et de corps gras à la ration alimentaire trop exclusive des travailleurs indigènes ».