VIII. — Fièvre jaune
La Havane était le pays où l’on mourait le plus de la fièvre jaune; c’est, actuellement, de toutes les régions visitées par le fléau amaril, le pays où l’on meurt le moins de son fait, dit le Dr Navarre, dont nous allons surtout nous inspirer.
Rappelons d’abord les principaux symptômes de la fièvre jaune appelée aussi vomito negro. Après deux ou trois jours d’incubation, elle débute brusquement par de la céphalalgie, des frissons, de la prostration, une fièvre ardente, des douleurs à l’épigastre bientôt suivies de vomissements, de plus en plus fréquents, bilieux d’abord, puis bruns, puis noirs ( vomito negro). Les selles deviennent bilieuses puis noires, marc de café, comme les vomissements. Le malade est dans l’anxiété, le délire ou le coma. L’ictère apparaît le troisième jour, puis viennent les pétéchies : et, à la dernière période, des flots de liquide noir, c’est-à-dire, de sang décomposé, infect, s’écoulent par la bouche et par les narines. On- trouve, à l’autopsie, des lésions de l’estomac et du foie. La maladie dure de quatre à huit jours, et tue 76 pour 100 des malades. Le traitement consiste en quinine,
1 Consulter Marchaux : la Fièvre jaune , Traité d' Hygiène de Chantemesse et Mosny ; Ed. Sergent. Observations sur les Anophèles de la banlieue de Paris (Annales de V Institut Pasteur). — Guiart, Parasitologie, 1910. — Méoll, The natural history of aquatic insecls , London, 1906 — Galli-Valerio et Jeanne Rochaz de Jongh, Manuel pour la lutte contre les moustiques , 1900.
calomel, alcool, acétate d’ammoniaque, champagne, boissons glacées, chlorure de calcium, à l’intérieur; la médication externe se compose de glace sur la tête, de bains froids, de ventouses scarifiées à la région lombaire, lorsque l’urination est en déficit, de fomentations chaudes et d’emplâtres de moutarde.
Prophylaxie. — Elle n'est pas la même que jadis. Malgré des recherches nombreuses, nous ne connaissons pas encore le microbe de la fièvre jaune, qui est extrêmement virulent. Elle est endémique dans les Antilles, aux deux rives de l’Atlantique intertropical. Jusqu’à ces derniers temps, la seule prophylaxie efficace du vomilo negro était la fuite vers les hauteurs, en vertu d’un vieil adage : « la fièvre jaune ne monte pas ». Depuis 1900, la question a fait un pas de géant. Les Américains Reed, Caroll, Agramonte et Luezar ont démontré, à Cuba, le rôle pathogène du stegomyia fasciata (capotas de Blanchard). Il est bien acquis actuellement que la fièvre jaune se transmet d’homme à homme, par l'intermédiaire du moustique stegomyia ; il est également établi que le sérum du sang d’un malade, atteint de fièvre jaune, est surtout virulent dans les trois premiers jours de la maladie, et qu’une période de douze jours est nécessaire pour que le moustique puisse transmettre le virus amaril. La race nègre jouit d'une immunité presque absolue, tandis que la race blanche et la race rouge américaine ont une réceptivité considérable pour la fièvre jaune. La fièvre jaune ne paraît pas pouvoir se transmettre dans les pays où n’existe pas le stegomyia fasciata, — - et le contact avec un malade atteint de vomito negro , avec sa literie, ses effets usagés, ses déjections, paraît incapable de donner cette maladie.
La prophylaxie consiste donc essentiellement, comme pour la malaria, dans l’isolement des malades pour que les moustiques ne puisent pas dans leur sang le principe de la fièvre jaune et dans la destruction des moustiques stegoniyia et de leurs larves.
Le stegomyia présente son maximum de vitalité à la température de 28 degrés ; une température sèche de 39 degrés le tue ; il meurt aussi à la température de 12 degrés. Aux environs de 2 5 degrés, surtout si la chaleur est humide, il faut quinze à dix-huit jours pour mener l’insecte à l’état parfait; dix seulement, si la température dépasse 20 degrés. Ce sont les températures habituelles de la mauvaise saison dans les pays intertropicaux. Les Américains en ont délivré la Havane et Rio-de-Janeiro, en imposant la déclaration obligatoire de toute maison infectée, la désinfection d’office de cette maison, dont les ouvertures doivent être, au préalable, fermées par des grillages, afin que les moustiques du dedans puissent être détruits, et que ceux du dehors ne puissent venir s’infecter sur le malade. La destruction des moustiques s’obtient à l'aide de la fumée de pyrèthre qui les étourdit et permet de les ramasser pour les brûler. La fumée de tabac et l’acide sulfureux les tuent Le mieux est de tuer les larves en faisant disparaître les mares et flaques d’eau, et de pétroler toutes les eaux stagnantes, à raison de i5 centimètres cubes par mètre carré. Galli- Valerio a inventé un appareil pour le pétrolage des flaques d’eau à moustiques. Il emploie un mélange de pétrole et d'huile de goudron à parties égales : 10 centimètres cubes suffisent par mètre carré d’eau (Laveran). On peut verser le pétrole avec un arrosoir à pomme ; il est mieux de l’étaler à l'aide d’un chiffon, imbibé de pétrole, qu’on promène sur l’eau. Quand il s agit de grandes surfaces, il est préférable d’employer un appareil comme celui de Galli- Yalerio, dit Lagasse1. Le Dr Legendre2 a proposé l’emploi d’un grand filet à papillons en toile à moustiquaire pour détruire les moustiques dans les pays où sévit la fièvre
1 Lagasse, Presse Médicale , 7 août 1912.
2 Legendre, Bulletin de la Société médico-chirurgicale de l' Indo- Chiné, 1910, et Presse Médicale , 14 août 1912.
jaune. Avec cet engin, des fîlateurs ont capturé jusqu’à 5o et 80.000 moustiques en un jour.