IX. — Convention sanitaire internationale de
Exemple d' application modèle des préceptes de V hygiène , à El-Tor , dans la mer Rouge .
En terminant cette trop longue revue des plus récents travaux sur les maladies exotiques ou non exotiques, dont l’hygiène coloniale et internationale doit se préoccuper, nous devons dire que la Convention de iqo3 a été maintenue dans ses parties essentielles par la nouvelle Convention sanitaire internationale signée, à Paris, le 17 janvier 1912, portant règlement pour prévenir l’invasion et la progagation de la peste et du choléra. La nouvelle Convention comprend aussi la fièvre jaune, dont la Convention de 1 go3 ne s’occupait pas ; en outre, elle formule des mesures très sévères, spéciales aux pèlerinages musulmans à la Mecque. Cette Convention remplacera, pour les rapports respectifs des puissances qui l’auront ratifiée ou y auront accédé, les Conventions sanitaires internationales signées les 3o janvier 1892, i5 août 1893, 3 avril 189.4, 19 mars 1897 et 3 décembre 1903.
El-Tor est la barrière sanitaire au retour de la Mecque. Le Dr Barthas a décrit, dans le numéro du 4 septembre 1912 de la Presse Médicale , ce lazaret qui réalise les vœux de la Convention de 1912 et tous les progrès de l’hygiène moderne. El-Tor est sur les rives de la mer Rouge, dans le désert qui s’étend entre l’Egypte et la Palestine, El-Tor est la station sanitaire la plus vaste du monde ; elle est composée d’un hôpital et d’un lazaret, où trente mille pèlerins revenant de la Mecque sont retenus, surveillés, désinfectés et soignés, en l’espace de trois mois. Suez et Port-
Saïd, aux portes du Canal, font la surveillance des bateaux venant de l'Extrême-Orient. El-Tor est uniquement destiné au retour du pèlerinage de la Mecque ; il arrête la flotte musulmane, garde les bateaux onze jours et, durant ce temps, chaque pèlerin subit toutes les désinfections, avec une rigueur rendue nécessaire par la misère physiologique de ces hordes d’éreintés, dit le Dr Barthas. Choléra venu du Gange avec les Indiens, peste répandue par des légions de rats, variole, dysenterie, etc., sont soignés dans cette grande ville médicale, que M. Ruffer a fait surgir des sables du Sinaï.
Dans l’immense bâtiment de la désinfection, les pèlerins s’avancent vingt par vingt. Au premier bureau, ils remettent vieux sabres, pistolets, fusils ; au deuxième bureau, toutes les provisions de bouche sont remises et, si elles sont suspectes, on les brûle; au troisième bureau, le pèlerin remet vêtements, linge, paquetage pour être portés à l’étuve ; les bottes et objets de cuir sont désinfectés au formol.
Cela fait, on revêt le pèlerin d’une longue chemise, et on le conduit au bain, où il est frotté, gratté, savonné. A la sortie du bain, il retrouve son paquetage et ses vêtements étuvés ; et, ainsi désinfecté, il se rend dans la section où il passera onze jours en observation, dans un enclos entouré de grillages.
La difficulté est d’extraire, dit M. Barthas, de ce peuple enfermé les malades dont on ne sait pas la langue et qui redoutent d’aller à l'hôpital. Il faut établir son diagnostic d’après le faciès, d’après l'allure générale des individus. La ressource de l’examen des selles est des plus utiles. Chaque pèlerin reçoit un vase avec couvercle, sur lequel on a écrit son nom et son numéro. Les vases s’alignent dans un hangar réservé, un bactériologiste fait des prélèvements de leur contenu, qu’il examine. Les suspects, les porteurs de vibrions, les dysentériques sont dirigés sur l’hôpital.
Allons à V hôpital i L’hôpital comprend le pavillon des
médecins, le pavillon des nurses et celui de la pharmacie, au centre; puis, semés à même le sable, une multitude de pavillons spéciaux : Médecine générale, un pour les hommes, un pour les femmes (celles-ci sont soignées par des doctoresses et des infirmières) ; pavillon de la dysenterie (amibienne, bacillaire, associée) ; pavillon de chirurgie pour les complications de la dysenterie, pour les abcès multiples, panaris, parolidites, hémorragies, avortements, blessures, fractures, plaies, ulcères d'Yemen. La salle d’opération a des vitrines d'instruments, des boites à pansement, de l'eau stérilisée, des lampes et réflecteurs électriques. Plus loin est le pavillon d' isolement des contagieux : pestiférés, cholériques, varioleux. Chaque malade a une cabane en bois. Après la salle de chirurgie , le laboratoire au désert est un nouveau sujet d’étonnement, avec son outillage parfait, avec ses microscopes, ses étuves et la ménagerie adjacente des cobayes, des lapins et avec un bœuf et quatre chevaux pour les sérums.
On soigne ces malheureux pèlerins pour toutes leurs maladies.
El-Tor est donc un hôpital, mais c’est avant tout un centre de pathologie exotique, d’où l'on pourra tirer des études sérieuses sur la valeur du sérum antidysentérique, du sérum anticholérique et du sérum antipesteux.
De cette école obligatoire de propreté et d’hygiène pourra sortir un éveil de ce sentiment de répugnance pour la saleté qui est si étranger jusqu'ici aux peuples d’Orient. Ceci dit, je mets, en point final, un gros point d'interrogation?