‹ La médecine en Chine au XXe siècleChapitre 5 sur 39 · V. Accumulateur de fluide \ • négatif · texte numérisé non relu

V. Accumulateur de fluide \ • négatif

Fig. 3. — Schéma de la constitution et de la physiologie de l’homme (Dr Régnault, /oc. cil.). — Sin Mè, réservoir du principe passif (accumulateur de fluide négatif); To Mè, réservoir du principe actif (accumulateur de fluide positil); i g, intestin grêle; v b, vésicule biliaire; est , estomac; v et. u , vessie et uretères; g i, gros intestin; cœ, cœur; foie, rate , reins, poum, poumons.

Les cinq organes principaux, cœur, rate, poumons, reins, foie (éléments négatifs) constituent avec le réservoir sin mè la source et le domaine du principe passif yn (fluide négatif) ; chacun d’eux fonctionne avec l’organe adjoint (élément positif) qui lui fait vis-à-vis dans le schéma. Les organes adjoints constituent la source du principe actif yàng (fluide positif), dont le réservoir ou accumulateur est to mè.

De chacun de ces organes part un king (canal de communication ou conducteur) ; la vessie ou les uretères en ont deux, les reins ont aussi chacun le leur. Six de ces conducteurs transportent le principe passif (fluide négatif); six 'transportent le principe actif (fluide positif). La réunion harmonieuse des deux principes ou des deux fluides dans la circulation produit la vie.

iatro-chimistes, élèves de Van Helmont, ou même les humoristes de l'école de Sylvius de Boô.

Le yang et le yn. — Selon les Chinois, deux grandes forces existent à l’état latent dans l’organisme humain et leur concours entretient la vie. L’un est le yang, principe chaud et sec, l’autre est le yn, principe humide et froid. Le yang siège dans l’estomac et les intestins, le yn réside dans la tête et la colonne vertébrale. L'état normal, la santé parfaite ne peut exister en dehors de l’équilibre de ces deux principes. Le yang est la chaleur, l’irritabilité ; le yn est l’action modératrice du système nervéux. Chaleur et modération sont transportées dans l’économie par le concours des esprits vitaux et du sang. Ils attribuent au sang une course très lente toute chinoise. Ils ne lui font faire que cinquante fois, en vingt-quatre heures, le tour de l’économie. Ils sont loin de compte, puisque I on sait expérimentalement, en physiologie, que le globule sanguin opère le tour complet de l’appareil circulatoire en vingt-cinq secondes environ, cinq secondes pour la petite circulation pulmonaire et vingt secondes pour la grande circulation. Dans les idées des Chinois, les organes de la digestion (estomac, rate, intestin grêle) préparent le sang qui est reçu et amélioré par le cœur et mis en marche par le poumon. Le sang dépend du yn, principe passif; les vapeurs ou esprits vitaux dépendent du yang, principe actif. Ce sont les vapeurs qui poussent le sang comme le vent agit sur la mer. L’action du sang et des esprits vitaux soulève les parois des vaisseaux et détermine ainsi le phénomène du pouls, qui varie selon les organes. Nous reviendrons sur le pouls, en quoi se résume presque toute la profession médicale. Le pouls, pensent-ils, rend compte, en chaque région, de l’état exact d’harmonie ou de la désharmonie des principes yang et yn, c’est-à-dire de la santé ou de la maladie del’organe.

Les douze organes essentiels a la vie, les douze canaux. — Il y a douze organes essentiels à la vie : les deux intestins, l’estomac, la vésicule du fiel, la vessie et le rein droit, porte de vie, qui sont du domaine du vang ; les six autres : cœur, foie, poumons, rate, cerveau et rein gauche sont le domaine du yn. Ces douze organes sont reliés entre eux par douze canaux principaux, nommés king. Le trouble de l’un de ces organes essentiels retentit sur les canaux afférents, d’où la possibilité, pour la médecin sagace, de se rendre compte par le pouls de l’état des divers organes. Quelques-uns de ces canaux aboutissent aux mains, aux pieds, etc. Ce sont ces canaux qu’on dégage par l'acupuncture. La veine salvatelle du petit doigt sert à établir le diagnostic et le pronostic, dans la plupart des maladies infantiles.

La physiologie pathologique n’a pas seulement pour base le fluide actif et le fluide passif ; elle repose également sur l’influence des éléments extérieurs : l'eau, les bois, le feu, la terre, les métaux, dont le rôle est manifeste dans la production des maladies, mais est interprété de façon bien bizarre par les Chinois. Ils considèrent le cœur comme étant de la nature du feu, le foie de la nature du bois, le poumon de la nature des métaux, les reins de la nature de l’eau, l’estomac de la nature de la terre. Ils en infèrent qu’en été, avec la chaleur de feu de cette saison, le cœur est forcément malade ; qu’au printemps, la végétation des bois doit déterminer les maladies hépatiques; qu'en automne, les métaux se formant au centre de la terre par l'union de la chaleur et du bois, les poumons seront menacés de diverses manières: qu’en hiver, l’eau prédominant, les reins seront facilement atteints. En tout temps, l'influence de la terre se fera sentir sur l’estomac par les produits alimentaires et le climat. Dans chaque saison, il existe des jours critiques : ce sont les dix-huit derniers jours. Telle est leur originale étiologie

des maladies saisonnières. Les Chinois, on le voit, accordent de l'importance aux influences saisonnières, météorologiques et climatériques.

D. — Généralités de séméiologie et de diagnostic.

Le pouls. — Ils accordent une importance capitale aux caractères du pouls. On le recherche sur onze points différents, sur la radiale, la cubitale, la temporale, l’auriculaire postérieure, la pédieuse, la tibiale postérieure, la plantaire externe ; sur la région précordiale ; sur trois parties de l'aorte abdominale, en déprimant les parois du ventre. Habituellement, on prend le pouls sur les deux radiales, la main droite du médecin sur le pouls du bras gauche du malade et la main gauche sur le pouls du bras droit. L’observateur doit appliquer à la fois sur le vaisseau la pulpe de ses trois doigts, annulaire, médius et index, le pouce embrassant la face postérieure de l'avant-bras. Chaque doigt recueillera des indications particulières. L’annulaire gauche du médecin appuyé sur la radiale droite du malade percevra par le pouls l’état du poumon, l’état du milieu de la poitrine et du gros intestin. Le pouls du médius sur la radiale droite du malade correspond à l’état de l'estomac et de la rate ; celui de la radiale gauche correspond à l’état du foie et de la vésicule biliaire. Le pouls de l'index correspond, du côté droit, à l'état du testicule, de la vessie et de la partie inférieure du corps, et, du côté gauche, à l'état des reins et des uretères.

Voilà déjà un exercice de mémoire assez fatigant. Ce n’est pas tout. Il faut encore que pour chacune de ces six variétés de pouls, le médecin recherche si le pouls est superficiel, moyen ou profond, en appuyant plus ou moins. Chacune de ces observations successives doit se faire pendant la durée de deux inspirations complètes. Normalement, on ne

doit pas compter plus de 5 battements pour i inspiration. Avec une moyenne de i4 à i5 inspirations par minute, cela fait 70 à 75 pulsations par minute. Si le pouls est plus rapide, le principe actif prédomine ; s’il est plus lent, le principe passif a une activité exagérée. Il faut distinguer 24 types principaux de pouls externes : 7 correspondant au principe actif; 8 au principe passif; 9 au mélange des deux principes dans les grandes voies de communication. Il faut les connaître et savoir encore saisir 27 pouls caractéristiques d’un pronostic mortel.

Chaque organe a un pouls qui lui est propre. Toutes ces variétés de pouls se modifient avec le sexe, l’âge, les émotions, la grossesse, la saison, l’heure, l’influence astrale... Le médecin chinois doit, par le seul examen du pouls, diagnostiquer la grossesse et son âge, l’état passionnel d'un malade. Il ne met pas moins de dix minutes à prendre le pouls. Aussi le Céleste estime peu les médecins européens qui tâtent le pouls trop vite et sans conviction.

Examen de la langue, du faciès et des diverses parties du corps. — Outre le pouls, les médecins chinois examinent les oreilles, la bouche, la langue et les narines, qui sont autant de fenêtres, par lesquelles apparaît la chaleur innée. Ils doivent aussi examiner les urines et les matières fécales pour se rendre compte de l’état du principe opposé au fluide actif. Les narines font connaître l’assiette du poumon, car les sécrétions nasales viennent de cet organe. Les yeux décèlent l’état du foie, les larmes étant l’humeur de la glande hépatique. La bouche trahit la situation de l’estomac ; la langue révèle celle du cœur.

L examen de la langue joue un grand rôle chez les Chinois. On décrit 36 syndromes de la langue, suivant que la langue est blanche, jaune, bleue, rouge, noire... Plus ou moins rouge, elle indique la fièvre ; sèche, elle indique que la chaleur augmente; pustuleuse, elle indique une maladie

des poumons avec douleur de côté... ; agitée, elle annonce la mort; pendante et déviée, elle indique la paralysie. Abel Rémusat a fait, en i()i3, une dissertation latine sur la symptomatologie de la langue et il a démontré que la médecine chinoise se rapproche singulièrement des doctrines hippocratiques.

Le faciès des gens trahit les maladies dont ils sont atteints. Ainsi, l’aspect général de la figure et du nez renseigne sur l’état des poumons; l’examen des orbites, des yeux et des sourcils édifie sur l’état du foie ; les pommettes et la langue proclament les souffrances du cœur ; le bout du nez dit l’état de l’estomac et le lobule de l’oreille celui des reins. La couleur de la figure change suivant l’organe : le rouge correspond au cœur, le blanc aux poumons, le noir au rein et à la vessie, le jaune à l’estomac et à la rate, le bleu au foie et à la vésicule biliaire. A chaque organe principal correspondent également une saveur, une odeur et un cri particuliers. Le professionnel asiatique interroge minutieusement le malade sur ses sensations et il examine avec soin l’aspect et la chaleur des téguments.

De tout cet ensemble d’observations il extrait un diagnostic, qui, malgré sa perspicacité, est souvent obscur ou erroné, par suite de l’absence de notions précises d’anatomie.

La description minutieuse des maladies rappelle la manière des anciens ; comme eux, ils ont une pratique qui vaut mieux que leurs théories. Il serait, en effet, facile de prouver qu’au milieu du cortège bizarre des symptômes et des théories aventurées, il y a une observation juste et précise des faits extérieurs. La classe des fièvres éruptives, et, parmi elles, la variole surtout, est étudiée avec une consciencieuse exactitude; de même, le groupe des affections syphilitiques ; de même, la malaria et le rhumatisme. Ils accusent moins de précision pour les maladies du cœur

li. V.

et du système nerveux, par suite du manque d'anatomie. Si la pathologie médicale des Chinois excite souvent un légitime étonnement, il en est bien plus encore ainsi, lorsqu'on aborde la chirurgie. Ils connaissent les plaies simples, les fractures, certaines luxations d’un diagnostic facile; mais ils commettent des erreurs et professent des théories invraisemblables au sujet des tumeurs, au sujet de l’ophtalmologie et de l’otologie, dit le Dl Morache.

E — Notions complémentaires sur les théories pathogénétiques et séméiologiques de la médecine chinoise. — Le yang et le yn de la cosmogonie; les Pakoua.

Pour comprendre plus aisément les théories chinoises sur les correspondances du pouls et des organes, il est bon de les rapprocher des théories des occultistes et des magnétiseurs européens. Les principes vitaux, actif et passif, sont les deux grandes forces de la nature reconnues par les anciens Orientaux et parles Grecs. C’est le un et le deux ; c’est Osiris et Isis. L harmonie du yn et du yang est symbolisée par un oiseau aux ailes largement déployées, par deux dragons qui se menacent de chaque côté d'un cercle, ainsi qu'on le voit au-dessus de certaines divinités égyptiennes. Un cercle et des ailes déployées symbolisent l’harmonie de l’univers. Le Dr Régnault compare le yang et le yn aux pôles positif et négatif d'une pile. Le réservoir du fluide positif aboutirait à la lèvre supérieure, celui du fluide négatif se terminerait près des yeux. Les divers éléments qui interviennent pour créer ou compliquer une maladie sont au nombre de huit et opposés deux à deux. Voici ces éléments : le principe vital actif et le principe vital passif, l’eau et le feu, la force et la faiblesse, le froid et le chaud.

Les mauvais vents, les mauvais esprits ou revenants sont comme les coques ancestrales des occultistes euro-

péens. Ceux-ci reconnaîtront dans le pentagramme chinois un symbolisme analogue à celui du triangle blanc et du triangle noir. Dans les figures en virgule du Pakoua , deux

Fig. 4. — Le Yn-yang et les Pâ-kouà de Fou-hi (pentagramme chinois). — Le trigramme supérieur, trois traits entiers : ynng (mâle). Le trigramme inférieur, trois traits doubles : yn (principe femelle). Le feu est représenté à gauche par un double trait (yn) entre deux traits entiers (ynng). A droite, l'eau, par un trait entier entre deux traits doubles. Eau et feu sont opposés et se font équilibre; mis en présence ils se détruisent en ramenant le ynng et le yn à l’état d'équilibre ou état neutre (Dr Régnault).

formes larvaires représentent les grands principes de la nature : le principe mâle ou actif, le vang, émané du grand absolu, et le principe femelle ou passif, le yn, émané du van en repos. Ces principes sont symbolisés par un cercle divisé en deux parties symétriquement opposées formant deux espèces de virgules enlacées, l’une blanche, l’autre

noire. Le cercle représente le grand absolu Tai-ki; les deux virgules, les principes yn et yang. On représente aussi le principe mâle par des traits entiers, le principe femelle par des traits interrompus. C'est sous ces formes que ces principes sont symbolisés dans le Pakoua de Foulii , huit signes inventés par cet empereur, deux mille ans avant notre ère. C’est avec ces signes combinés de 64 manières différentes que Fouhi écrivit le plus ancien livre connu, le Y-kin ou Livre des Changements.

Les Pakoua sont très respectés du Chinois. On les porte brodés sur des bannières, on les arbore sur les maisons pour en chasser les mauvais esprits, on en fait des amulettes et les sorciers se servent du Pakoua dans leurs pratiques de magie.

La Théorie du Yn- Yang peut être rapprochée d’un grand nombre de théories scientifiques, philosophiques et religieuses. En science, le yang et le yn seraient le fluide positif et négatif, le blanc et le noir, la lumière et l’obscurité, l'acide et la base, la chaleur et l’humidité, le père et la mère. Dans le domaine religieux, ils seraient comme le ciel et la terre, comme le Linga et le Yoni des Indous, Ormund et Ahriman de Zarathusta , Osiris et Isis des Egyptiens, Saturne et Rhea des Latins. Sur le terrain philosophique, le yn et le yang sont comparables au un et deux de Pythagore, au plein et au vide de Leucippe, à Poroch et Prakrati de Kapila, à la natura naturans et à la natura naturata de Spinosa, au conscient et à l’inconscient de Hartmann, au moi et au non-moi de Fichte, à la force et à la matière de Büchner.

Voilà assez de cosmogonie pour comprendre que la médecine chinoise n’est qu’une simple partie du domaine des deux principes qui se retrouvent partout dans la nature.

Descendons de ces hauteurs métaphysiques et voyons la scène pratique d’une consultation médicale.

F. — La visite du médecin chinois.

Généralités thérapeutiques.

En arrivant chez son client, le praticien 1 procède à un interrogatoire sur les principaux symptômes* il examine comment le malade respire et regarde attentivement son faciès. Ensuite, il tâte le pouls longuement et très soigneusement; il demeure silencieux et recueilli, comme un homme plongé dans les mystères du yn-yang. Durant ses réflexions, il doit pouvoir sentir sa propre respiration et avoir la conscience de la liberté de son cerveau. C’est pourquoi, il visite ses malades de préférence le matin et à jeun. L’examen des crachats et du dépôt des urines n’est pas oublié; il questionne aussi sur l’appétit, la constipation, la diarrhée... et, s’il s’agit d’une femme, il s'inquiète de savoir si elle est enceinte pour éviter de lui administrer des médicaments contre-indiqués. Il examine attentivement les fenêtres des organes ouvertes à l’extérieur, c’est-à-dire la langue, la bouche, les yeux, les narines, les oreilles..., interroge sur les sensations éprouvées, odeurs, saveurs, sur la nature des rêves. Il se rend compte, par la palpation, de la chaleur ou du froid de la peau, de son état de sécheresse ou de moiteur. Nos moyens d’investigation lui sont inconnus; l'auscultation, la percussion et autres modes d'exploration lui sont absolument étrangers. Le médecin chinois porte son diagnostic presque exclusivement d'après le pouls et le faciès. Nos anciens médecins agissaient comme eux. En évoquant le geste du praticien chinois auprès du malade, nous avons évoqué certainement dans l’esprit de plus d’un lecteur d’un certain âge la figure solennelle du médecin d’autrefois.

Son diagnostic établi, le médecin chinois écrit son ordon-

1 Voir la gravure en frontispice.

nance. Autant et plus que nos modernes confrères qui chinoisent sans le savoir, il insiste sur le régime alimentaire. La dimension et la couleur du papier d’ordonnance ne sont pas choses indifférentes, suivant le client; tantôt il se sert de papier simple, tantôt de papier rouge, le même qu’emploient les mandarins pour leurs invitations. Sous ce rapport aussi, on trouve, en Europe, des docteurs qui font des ordonnances de mandarin. Nous verrons plus loin les prescriptions les plus ordinaires; notons seulement, parmi les généralités thérapeutiques, que les Chinois admettent la théorie dite de la signature des plantes. C’est ainsi que certaines maladies des reins sont traitées par des haricots, parce que le haricot a la forme d'un rein et les maladies des yeux par des collyres à la luciole, parce que cet insecte est lumineux. Ils ont, sous forme de sels, quelques médicaments d'origine végétale ; ils emploient surtout des médicaments végétaux, sous forme de racines, de tiges, feuilles, fleurs, fruits desséchés, etc. Leurs remèdes d’origine animale sont préparés par dessiccation : cigales vidées, crapauds écorchés. Ils ont aussi des vins médicamentaux préparés avec de l’eau-de-vie de riz. Les tisanes, les infusions, les décoctions sont surtout employées et en abondance. Bon nombre de médicaments se prennent aussi en pilules, en bols, en poudre. La réglisse est le véhicule de bien des drogues. Suivant le dicton chinois, la réglisse montre le chemin aux autres médicaments ; de même l’écorce de magnolia et l’extrait alcoolique de rehmania.

L’opotiiérapie est pratiquée en Chine et en Indo-Chine d’une façon courante, On donne contre l’impuissance des préparations de testicules et de substance nerveuse; contre les affections du foie et des yeux, du foie de porc et de bouc, de la bile de bœuf et d’ours ; contre les maladies de l’estomac, des gésiers de poule ; contre les maladies du rein, on donne des rognons ; contre celles du poumon, on

donne du tissu pulmonaire; contre les maladies nerveuses, de la substance nerveuse d’animaux. Dans la province du Kouangtong, on recueille du sang des suppliciés ; on le fait cuire et on le mange comme fortifiant. Ils ont aussi quelques vagues idées de l’antisepsie, puisqu'ils font des pulvérisations pour chasser le diable, lisons pour désin-

4 pouces

de ctfMMttreete.

Fig. 5. — Marteaux à massage (Dr Matignon)

fecter la peau, le lit, les vêtements des personnes atteintes de fièvres éruptives.

Les médications externes sont employées sous forme de lotions, de collyres, de poudres, d’emplâtres, de pommades et d’onguents, en frictions ou onctions. Les ventouses leur sont connues : ils en appliquent au milieu du front dans les fièvres accompagnées de céphalalgie. Ils usent aussi de petits emplâtres semblables à nos mouches de Milan sur les tempes. Ils exercent la révulsion , soit en administrant des claques, soit en appliquant des moxas ou des cautères sur l’épigastre, en forme de croix. Ils font du massage par friction plus ou moins forte, ou en martelant les chairs au moyen de petites massues de bois (fig. 5).

Fig. 6. — Tableau d’anatomie chinois montrant, entre autres détails, le trajet des canaux de communication et l’emplacement des points d’acupuncture. Homme vu de face (Matignon).

Fig. 7 . — Même sujet que dans la figure précédente. Homme vu de dos (Matignon).

acupuncture est un procédé thérapeutique tout à fait spécial à la Chine ; il consiste à enfoncer, en des points déterminés, des aiguilles de longueur variable, dans le but d’atteindre les king ou canaux de communication des organes et de combattre ainsi l’engorgement des vaisseaux. Ce sont comme nos ponctions et nos mouchetures. Les points d’acupuncture sont au nombre de 3o8. Aux examens de médecine, il faut que, sans hésiter, les candidats enfoncent les aiguilles au point voulu, pour chaque maladie, sur des mannequins dont les trous sont voilés. Les aiguilles en or, en argent ou en acier, varient de i centimètre et demi à 28 centimètres de longueur. On fait tousser le malade, pendant que l’on enfonce l’aiguille dans la peau plissée et tendue comme nous le faisons en enfonçant nos aiguilles de Pravaz. Lorsqu ils ont retiré l'aiguille, ils mettent sur la piqûre de la cendre d'armoise (fîg. 6 et 7).

Les signes diagnostiques de l’affection une fois établis, on passe au traitement, toujours le même dit le P. Leroy (En Chine , p. 372). Le médecin enfonce l’aiguille matelassière dans la chair de son client... N’est pas acupuncteur qui veut... Si l’opération ne réussit pas, le malade ou sa parenté a recours au tribunal. La discussion n’est pas longue. Deux questions sont posées : Quelle était la maladie? Comment avez-vous pratiqué l’acupuncture? Frappez le mannequin où vous avez piqué le malade. L’opération finie on soulève les voiles (papier). Si la piqûre répond à la maladie... c'est bien ; le mort lui-même aurait tort de se plaindre, sinon... le médecin paie son ignorance ou sa maladresse sur sa bourse ou même sur sa peau ; car on lui applique, séance tenante, quelques centaines de coups de bâton. « La plupart joignent à l’acupuncture une thérapeutique souvent bien comprise. »

Il ne faut pas, d'après cet aperçu, s’imaginer qu'en Chine tout est mal et ridicule et que l'ignorance est absolue. Ils ont des notions de tout par expérience et par intuition. Ils

n'ignorent même pas Y anesthésie générale ; le procédé seul diffère. Ils l’obtiennent dans une certaine mesure à l'aide de narcotiques à base d’aconit, de champignons et d’aristoloche. Pour réveiller le patient, ils lui font boire de l’eau salée.

Un livre chinois, le Poun-tsou , contient le catalogue des maladies du corps humain et des remèdes aptes à les guérir : l’art vétérinaire est pourvu d’un même guide.

La médecine chinoise distingue les maladies du froid, les maladies des femmes, les maladies de la peau, les maladies qui réclament l’acupuncture, les maladies des yeux, des os et de la bouche. Elle les divise encore en maladies internes causées par le vent, les miasmes, les inflammations, etc., les affections externes comprenant les fièvres éruptives. Le Dr Régnault n’a pas adopté ces divisions dans sa monographie, Morache non plus.

Ce n’est pas chose facile que de faire la nosologie de ce vaste Empire, composé de provinces disparates sous le rapport du climat et des conditions de la vie. Les maladies de la zone septentrionale ne sont pas celles de la zone méridionale et la zone du grand fleuve Yang-tsé-kiang a aussi sa physionomie morbide propre. Au nord, avec son climat extrême, les maladies ont un caractère saisonnier. En hiver, régnent les affections aiguës des poumons et les protéiformes manifestations du rhumatisme, la fièvre typhoïde endémique, le classique typhus pétéchial, la diphtérie qui se développe à l’aise dans les habitations qu’on surchauffe pour se garantir des rigueurs du froid. En été, changement à vue, les habitants sortent de leur réclusion et vivent dehors ; le typhus disparaît et la plupart des autres maladies s’atténuent ou guérissent. Mais les chaleurs du mois de juillet et d’août font émerger du sol souillé des villes les effluves fébrigènes qui engendrent les fièvres d'accès parfois pernicieux et provoquent les troubles intestinaux de la diarrhée et de la dysenterie. Dans la zone du

sud, la constitution climatérique est, par la continuité de la température élevée, malheureusement trop favorable aux fièvres paludéennes, à la dysenterie, aux congestions et inflammations du foie, à toutes les maladies tropicales qui sévissent pendant toute l’année, avec une recrudescence pendant la mousson du sud-ouest. Lorsque survient la mousson du nord, les accidents morbides sont moins graves et la réaction de l'organisme est plus énergique. Il est de notion certaine que les Européens sont plus éprouvés que les indigènes à Shanghaï, à Ning-po, Amoy, Foutchéou, Hong-kong, Macao et Canton, qui sont médicalement des stations tropicales. Bâties dans des régions marécageuses, ces villes ne sont pas seulement agitées par la fièvre des affaires, mais en proie aussi à la fièvre des marais. Les entreprises d’assainissement exécutées par les Européens, les plantations d’arbres, la création d’égouts, de routes macadamisées et autres travaux d’hygiène ont atténué l’insalubrité de ces vastes comptoirs. Les accès pernicieux et mortels ne se voient plus généralement que chez les alcooliques^ qui sont nombreux, dit-on, parmi les Anglo-saxons.

Nous parlerons plus loin des affections épidémiques: variole, choléra, typhus, etc.

Avec les Drs Régnault et Matignon, nous allons passer en revue les maladies les plus ordinaires et les moyens thérapeutiques employés par les Chinois.

Pour rendre cette étude moins lourde, nous la diviserons en plusieurs parties :

Pathologie et thérapeutique internes (médecine);

Maladies vénériennes et affections des organes génito-urinaires ;

Pathologie et thérapeutique externes (chirurgie);

Maladies des femmes , gynécologie et obstétrique, soins qu'on donne aux nouveau-nés ;

Hygiène de V enfance et de V adolescence : faits et superstitions ;

Mutilations ethniques { petits pieds);

Médecine légale , le siyuen, crimes , suicides , infanticides , avortements , prostitution , /o//e, alcoolisme et opium ; Exercice de la médecine et de la pharmacie en Chine; Superstitions médicales , comparaison avec celles d'Europe .

Page 1