‹ La médecine et l'art en Normandie (volume 2)Chapitre 7 sur 45 · Y. Krafft-Ebing : Loc. cit., obs. HO, p · texte numérisé non relu

Y. Krafft-Ebing : Loc. cit., obs. HO, p

pouvait me battre, piquer, gronder, caresser, tout faire selon son

bon plaisir Quand c’était possible, je préférais avoir le torse nu

pour mieux sentir les coups île cravache. Ma « souveraine » était obligée d’être décente. Je la préférais avec de belles bottines, de beaux bas, des pantalons courts et serrant aux genoux, le torse complètement habillé, la tête coiffée d’un chapeau et les mains gantées. » Tous ces traits se retrouvent dans nos bas-reliefs ; bien plus, les sculpteurs paraissent avoir parfois corrigé dans le sens de l’exactitude les vers du poète, car la jeune femme est non point en « pure sa chemise » , mais très souvent habillée , richement même, comme dans la sculpture sur bois de Rouen, où elle est décolletée et coiffée du hennin. Dans celle de Saint-Valery-en-Caux, elle est plus superbement vêtue encore. Dans le médaillon du pilastre de Gaillon, la robe semble bordée de fourrures, — le fétiche de Sacher-Masoch h Enfin, pour compléter la vérité du rendu, presque toujours l’héroïne est armée du fouet : dans l’ivôire du cabinet des médailles, la sculpture de Caen, le bas-relief de Rouen, la console de Lyon, le bois de Saint-’Valery. En effet, le sadisme féminin est le complément du masochisme, et pour Sacher-Masoch « le fouet devient un bibelot qui trouve sa place avec les autres, sur la tablette de la cheminée. » On se rappellera aussi, à ce propos, que la flagellation est chez nombre d’anormaux un moyen aphrodisiaque ^ C’est la sculpture de Saint-Valéry qui nous parait réaliser le plus parfaitement la scène masochiste : l’homme a un air à la fois douloureux et lubrique, et la femme est d'un triomphant sadisme.

Cet exposé justifie-t-il le rapprochement que nous nous sommes risqué à faire et qui est, nous en avons conscience, un véritable sacrilège à l’égard du poète exquis ?

Les bons imagiers n’avaient probablement point pareille idée et

1. <t La fourrure, je l’aimais pour elle seule; elle m’électrisait et me troublait profondément » Sacher-Masoch : Choses vécues {Revue politique et littéraire, 1888,

p. 502), et La Vénus aux fourrures.

2. Les scènes de flagellants au moyen-àge ne paraissent avoir été parfois que la manifestation de cette tare se.xuelle. — Krafft-Ebing insiste longuement sur ce fait (voir en particulier p. 192) qu’il faut distinguer la flagellation comme procédé physique destiné à provoquer l’érection, de la flagellation masochiste qui n’est que « le

moyen le plus efficace d’exprimer l’état de soumission un moyen pour obtenir

une satisfaction de l’âme dans le sens des désirs masochistes ». Est-cc le seul hasard qui, dans la sculpture de la Calende, a fait dessiner un geste si typique?

pensaient peut-être ne montrer que la raison vaincue par la folie, — et c’est là une explication classique. D’ailleurs, la réplique de cette scène se retrouve à Rouen même, sous une autre forme, dans deux sculptures des stalles de la Cathédrale et du portail des Libraires oü l’on voit les mêmes femmes assises sur des lions, allégorie bien claire.

Cependant, de tels faits pouvaient être connus au moyen-âge; Krafft-Ebing cite comme « portant une empreinte bien visible du caractère masochiste les menées de la confrérie des Galois dans le Poitou au xiv“ siècle, qui cherchaient le martyre par amour et se soumettaient à toutes sortes de tortures », souvent plus ridicules qu’héroïques. Il fait encore allusion au minnesinger du xiii® siècle, Ulric de Lichtenstein, et au troubadour Pierre Vidal, cet amoureux extravagant qui mourut dans la folie vers 1200. Il rapporte ailleurs*, entre autres, un cas de masochisme avec flagellation raconté par Pic de la Mirandole (xv® siècle).

On peut enfin se demander à quelle époque (époque bien lointaine peut-être) remonte ce singulier jeu (|ui consisterait à prendre sur son dos une dame et à lui faire faire le tour du cercle des joueurs, jeu qui s’appellerait faire le cheval d' Aristote'^ . L’auteur de l’encyclopédie Larousse'*, comme aussi M. A. Gasté, en attribue l’origine au lai d’Aristote et à l’histoire du vizir. La dénomination employée le donne à croire; mais la chose elle-même ne serait-elle pas plus simplement une invention de quelque masochiste des temps passés? Ce qui, par analogie, le donne plus encore à penser, c’est que le curieux petit recueil qui nous fait connaître « ce jeu innocent » en décrit un autre de nature évidemment fétichiste et qui ne peut guère avoir été imaginé que par quelqu’un de ces anormaux sexuels auxquels nous faisons allusion.

Définissons, avec Krafft-Ebing, le fétichisme érotique, cet état mental spécial dans lequel l’attouchement ou l’image de certaines

1. Adeline : Sculptures grotesques et symboliques (pl. xliii et p. 214).

2. Krafft-Ebing : Loc. cit., p. 41, d’après le Flagellum salutis de Paulin! (1698, réimprimé à Stuttgard en 1847).

3. Le petit savant de société, par M. de Belair (sans date). — Le cheval d’Aristote fait partie des pénitences désagréables. Nous en trouvons un peu plus loin une autre du même genre , intitulée le Pont d’amour : « Un cavalier qui est à quatre pattes au milieu-du cercle reçoit sur son dos un cavalier et une dame qui s’y reposent et s’y embrassent. » (.M. Gasté reproduit l’illustration représentant cette scène.)

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