La France médicale, n" 5. page 91, 10 mars
Il est toujours intéressant pour les chercheurs de connaître la provenance des documents : celui-ci fait partie d’une liasse de parchemins concernant Fagon, médecin de Louis XIV, dont quelques-uns viennent d’être publiés par M. Frère V Ce dossier comprend la nomination de Fagon à la surintendance générale des eaux minérales en 1709; à celte pièce se trouvent annexées une copie manuscrite de l’édit de Henri IV de 1605 ^ et une épreuve imprimée de l’arrêt du Conseil d’Elat du 9 juin 1670. Ce dernier arrêt n’a pas été, croyons-nous, publié dans quelque recueil spécial ou dans un ouvrage médical. Le savant bibliothécaire de l'Académie de Médecine, M. Dureau, a bien voulu, avec son amabilité habituelle, nous donner les renseignements que nous lui demandions au sujet de la publication de cet arrêt ; il ne l’a pas retrouvé dans les archives des anciennes Commissions royales des eaux minérales qui sont conservées à l’Académie de .Médecine. M. Franklin, à la plume duquel nous devons une série de volumes si captivants sur La vie privée d'autrefois, dont plusieurs sont consacrés à la médecine, ne cite pas cet arrêt à propos des eaux minérales^ : il nous a répondu, sur notre demande, qu’il ne l’avait pas retrouvé'*.
Il ne faut pas s’étonner que Louis XIV, en 1670, ait été obligé de s’occuper du transport des eaux minérales : la consommation de ces eaux à domicile avait considérablement augmenté depuis quelques années. A la fin du xvii® siècle, les eaux minérales étaient à la mode ; on ne se contentait plus de boire les eaux sur le bord de la fontaine, comme le voulait Du VaP, on faisait venir les eaux chez soi. Il suffit de lire les mémoires et lettres de cette époque pour le constater. Henri IV, Louis XIII, Louis XIV, s’étaient fait apporter les eaux en leurs palais ; les seigneurs suivirent leur exemple, ils se firent « voiturer les eaux ». M"® de Montpensier écrit dans ses mémoires qu'en 1649, sur les conseils de Guénant et de Brayer, elle fit venir à Saint-Fargeau les eaux de Forges ; elle
\. N otea sur Fagon, premier médecin de Louis XIV, gàr Henri Frère; Rouen, 1893.
2. Depuis que nous avons publié cet édit de 1605, dans La Reoue médicale de Normandie, nous avons appris que l’original avait été retrouvé aux Archives nationales.
3. La vie privée d'autrefois. Les médicaments; Paris, 1891, page 187.
4. Nous adressons tous nos remerciements à MM. Dureau et Franklin pour l’eml)ressenient qu’ils ont mis à nous répondre.
5. U hydrothérapeutique des fontaines médicinales nouvellement découvertes aux environs de Rouen. ..., page 358.
s’en trouve bien, et les années suivantes, quand elle ne peut se rendre en Normandie, elle fait apporter les eaux chez elle. M"*® de La Fayette prend les eaux de Forges à Saint-Maur L M""® de Sévigné écrit à sa fille ; « Je serais bien surprise si les eaux de Vichy faisaient du bien à cent lieues de la grille ; mais, malgré son scepticisme, elle prend à Bourbonne les eaux de Vichy, qu’elle y faisait venir, suivant en cela l’exemple de Fagon qui les faisait apporter à sa fémme ^ : « On fait réchauffer les eaux de Vichy dans le puits le plus bouillant de ceux qui sont ici, écrit M™® de Sévigné; on les fait boire comme les autres; celles-ci reçoivent celles-là dans leur sein ; c’est cela qui s’appelle précisément le même degré de chaleur, car les bouteilles y sont comme dans leur propre maison. J’étais dégoûtée du réchauffement de Paris avec de méchants fagots froids » \
Il était difficile de se procurer certaines eaux minérales à Paris, à cause de la distance et de la difficulté du transport. M. Franklin rappelle que La Bruyère parle d’un certain Barbereau qui, dit- il, « s’était enrichi à vendre en bouteille l’eau de la rivière » C’est ce Barbereau qui paraît avoir eu le premier l’idée d’imiter les eaux minérales naturelles, exemple qui fut souvent suivi depuis! Nous apprenons dans ce même ouvrage que Barbereau avait des imitateurs ®. Il y avait en 1657, aux Petils-Augustins, un Père du nom de Valérien, « qui donnait de l'eau de fontaine dans laquelle il versait un peu d’esprit d’une certaine composition qui la rendait comme minérale ».
L’usage de ces eaux minérales contrefaites, et peut-être même l’abus de véritables eaux minérales, dut provoquer des accidents, car certains « particuliers malades » éprouvèrent une « incommodité » et d’autres sujets de Sa Majesté eurent des « accidents d’une suite périlleuse ». Louis XIV n’aurait peut-être pas été amené à signer un arrêt relatif aux eaux minérales, si lui-même à cette époque en avait retiré tous les effets attendus. On peut lire, dans le Journal de la sanlé du Roi Louis XIV, les remarques pour l’année 1665 prises par Vallot. Sa Majesté, écrit son premier médecin,
1. M”' de Sévigné : Les grands écricains de France, tome III, page 229.