LE LAVEMENT DANS LA CÉRAMIQUE ROUENNAISE
E lavement, qui a su inspirer à Molière quelques-uns de ses jeux de scène les plus burlesques, a plus^; d’une fois tenté le pinceau et le burin des artistes.
A côté des ravissantes eaux-fortes de Lavreince et des autres graveurs du xviii'’ siècle, que tous les amateurs connaissent, il est bonde signaler les compositions beaucoup moins souvent rencontrées qui existent soit dans les collections particulières, soit dans les musées de province. C’est à ce titre que nous donnons la reproduction d’une pièce magnifique que M. Le Breton, le distingué Membre de l’Institut, Conservateur du Musée de Rouen, a bien voulu nous autoriser à photographier.
C’est un plat à barbe qui paraît dater du commencement de la deuxième moitié du xvin® siècle. Ses dimensions sont d’environ 22 X 30 cent. La bordure qui occupe tout le bord renversé du plat présente un décor régulier à quatre couleurs (vert, bleu, jaune, rouge) avec alternance de motifs quadrillés et de bouquets polychromes. Le fond est occupé par un petit tableau dont la composition ne dénote pas un goût exquis de la part de son auteur, mais dont la scène principale revèle chez lui une connaissance parfaite de l’opération indiscrète et si peu goûtée de M. de Pourceaugnac, telle qu’on la devait pratiquer à cette époque.
« Au moment de l’opération, disait Dardanus, le malade doit quitter » tout voile importun; il s’inclinera sur le côté droit, fléchira la
» jambe en avant, et présentera tout ce qu’on lui demandera, sans » honte ni fausse pudeur. De son côté l’opérateur, habile tacticien,
» n’attaquera pas la place comme s’il voulait la prendre d’assaut, » mais comme un tirailleur adroit qui s’avance sans bruit, écarte » ou abaisse des broussailles ou des herbes importunes, s’arrête, » cherche des yeux, et lorsqu’il a aperçu l’ennemi, ajuste et tire ; » ainsi l’opérateur usera d’adresse, de circonspection, et n’exécutera » aucun mouvement avant d’avoir trouvé le point de mire. C’est JO alors que, posant révérencieusement un genou en terre, il amènera » l’instrument de la main gauche, sans précipitation ni brusquerie, » et que, de la main droite, il abaissera amoroso la pompe foulante, » et poussera avec discrétion et sans saccades, pianissimo. »
Les principaux personnages de notre plat à barbe sont dans une pièce carrelée ou une cour avec un jardin dans le fond.
Une grosse commère, en jupe bleue et corsage et bas jaunes, repose sur un tas de bottes de paille, la tête appuyée sur l’avantbras ; l’enlre-bàillement des jupes laisse apercevoir un visage auquel étaient accoutumés de parler les collègues de M. Fleurant.
Derrière elle, maître Clystorel, en veste violette, le chapeau sur la tète, ayant mis ses lunettes pour mieux pointer, exécute l’ultime et suprême manœuvre.
Effet du clystère ou d’un copieux dîner, l’estomac de la dame s’allège de son contenu qui coule à longs Ilots sur son lit de fortune.
Au premier plan, un tabouret percé nous fait espérer une prompte et complète restitution du liquide bienfaisant.
Lisette éclaire cetle scène, cependant que le trop entreprenant époux de l’opérée trousse les cottes de sa servante ; près de lè, une table supporte les reliefs du repas (assiettes, verres, broc et deux pipes).
Dans le fond, à droite, un buisson vert ; à gauche, un départ d’escalier. A l’arrière-plan, de grands arbres estompés (qui paraissent peu sur notre gravure).
Cette scène, assez leste, est traitée d’une façon très heureuse ; mais le peintre qui l’a exécutée ne paraît pas avoir possédé la sûreté de pinceau et la netteté d’exécution qui caractérisent un artiste exercé ayant l’habitude de manier l’émail.
Comme l’a fait remarquer Pottier, à propos de plusieurs pièces qu’il a été à même d’examiner, la fabrique de Rouen n’a jamais entretenu de peintres ou de dessinateurs proprement dits parmi ses artistes habituels, qui étaient de purs ornemanistes; que, lorsque l’occasion se présentait d’exécuter un sujet à figures, c’était un peintre ou un dessinateur que l’on en chargeait; mais celui-ci, étranger à la manutention de l’émail, rendu timide et maladroit
par l’obligation d’exécuter prestement sans avoir la ressource des reprises et des retouches, gene par la forme de l’objet à décorer, perdait toute sa liberté d’exé cution et n’obtenait pour résultat qu’un dessin gauche et une exécution sèche embarrassée et étriquée, et enfin une coloration détestable et sans effet.
Caricatures parisiennes
Paris, chez Martinet, libraire, rue du Coq, n" 15.
j)uo de Seringues à bâton mécanique entre deux époux du jŸÎarais.
' ! bien, qu’en dites-vous? Sans la moindre colique, î)e cette invention que vous vantez ma mour out cède au doux effet de cette mécanique. Je vais apprécier te mérite à mon tour
Quant à la bordure, tant par la netteté du trait que par la douceur du coloris, elle montre la sûreté de main d’un artiste exercé dans ce genre, d’un ornemaniste de profession. Aussi est-ce avec juste raison que ce plat figure parmi les plus belles pièces du Musée céramique de Rouen.
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A titre de comparaison, nous reproduisons une autre scène analogue traitée dans un tout autre style. C’est une estampe en couleurs qui remonte au début du siècle dernier, et qu’on a pu voir pendant quelque temps chez un brocanteur du clos Saint-Marc. C’est là, du reste, le seul point par lequel celte gravure touche- à la Normandie.
A cinquante ans de distance, quelle différence dans la façon de plaisanter! Ici point de jeunesse, rien n’incite à la grivoiserie. Deux bons bourgeois du Marais, gens d’âge respectable, si l’on en juge d’après leur mobilier démodé, leur lit orné de colombes qui, seules maintenant, doivent roucouler sous leur toit.
Ces bourgeois cossus, flanqués de serviteurs dévoués, demandent au « remède » auquel Ninon de Lenclos devait la conservation de ses charmes, de secouer la paresse d’entrailles fatiguées.
Entre deux visites. Madame a vu, chez un potier d’étain, un instrument qu’elle ne connaissait pas encore; on lui en a fait entrevoir tous les avantages, et, toute joyeuse de sa nouvelle acquisition, épouse toujours prévenante qui ne saurait prendre un plaisir sans le faire partager à son mari, elle a rapporté deux de ces nouvelles machines qui leur permettront de se passer des offices de leurs serviteurs, et dont ils apprécient toute la saveur.
Heureux temps où nos aïeux trouvaient matière à plaisanterie dans des procédés thérapeutiques qui autorisaient les apothicaires à entrer dans de nobles compagnies, mais par la porte de derrière.
11 est peu probable que nos artistes contemporains s’inspirent de l’arsenal très simplifié dont nous nous servons aujourd’hui pour irriguer l’intestin, et qui rappelle de très loin les seringues à bâton mécanique des époux du Marais ou la seringue en écaille qui ornait la toilette de M™® de Pompadour.
P. DEROCQUE.
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1. Moulage du cachet de Saint-Aubln-sur-Galllon. (Musée d’Antiquités de Rouen.)