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LES CORNEILLE ET LA MÉDECINE

Les notices sur Pierre et Thomas Corneille et les dissertations relatives à leurs œuvres publiées depuis le xvii® siècle sont si nombreuses que, si on veut écrire quelque chose sur ces deux grands poètes tragiques, il est difficile de ne pas tomber dans des redites. La seule prétention de ce travail, c’est de réunir en quelques pages ce qui ne paraît pas avoir été fait jusqu’à ce jour, les notes éparses dans les diverses biographies des Corneille touchant leur santé et leurs relations médicales, et de signaler dans leurs œuvres les principaux passages concernant la médecine et les médecins. Cette étude donnera un aperçu de la médecine au siècle de Louis XIV et conduira à la recherche des principaux inspirateurs des deux frères quand ils se sont occupés de médecine.

La vie des Corneille au point de vue médical.

On possède relativement peu de renseignements très précis sur la vie de Pierre et de Thomas Corneille, pour deux raisons principales. D’abord parce qu’on ne connaît de l’un et de l’autre qu’une très petite partie de leur correspondance. Leurs lettres auraient permis de faire une biographie exacte de ces personnages. Ne sont-elles pas souvent une véritable autobiographie ? Le second motif auquel la vie intime des deux Corneille doit d’être restée ignorée en grande partie, c’est que leur neveu Fontenelle, qui aurait pu fournir des détails nombreux et pleins d’intérêt sur leur vie, a pensé que c’était inutile. Il écrit, en effet, en tête de la vie de son oncle Pierre : « La vie de M. Corneille, comme- particulier, n’a rien d’assez important pour mériter être écrite et à le regarder comme un auteur illustre;

sa vie est proprement l’iiistoire de ses ouvrages ^ » Par un contraste bizarre, Lecat, qui fut chargé comme secrétaire de l’Académie de Rouen de faire l’éloge de Fontenelle, ne partageait pas les idées de ce dernier sur l’inutilité de rapporter l’histoire de la vie d’un grand homme, car il écrit le 14 février 1757 une lettre à M. Le Bouyer de Saint-Gervais, à Mortagne, parent de Fontenelle et possesseur des titres de famille, pour lui demander de lui apprendre des anecdotes sur la famille de ce littérateur et sur sa personne même ^

La plus grande partie des détails publiés sur Corneille sont dus à des mémoires du xvii® siècle ou à des découvertes successives dans les anciennes archives; beaucoup de points de leur existence sont encore obscurs ; il ne faut donc pas s’étonner du petit nombre de documents connus relatifs à leur santé. On peut espérer qu'un jour ou l'aulre un bibliophile heureux viendra compléter leur biographie sur un ou plusieurs points ignorés.

On ne sait rien de la santé de Pierre Corneille pendant son enfance et son adolescence. Quelques auteurs prétendent que Corneille père acheta la propriété de Petit-Couronne en 1608 pour éloigner sa famille de Rouen où régnait une épidémie de rougeole, et qu’il y envoya sa femme et ses enfants les années suivantes pendant plusieurs mois pour les préserver de la peste ^ Bouquet a prouvé par ses savantes recherches que le père de Corneille ne prit cette propriété que pour régler des affaires de famille ; ce qui n’empêche pas de croire qu’il y ait envoyé ses enfants dans un but de préservation. La première maladie de Corneille, signalée par ses biographes, fut des plus sérieuses ; elle se déclara la nuit même qui suivit son mariage en 1640. Il fut si malade que le bruit de sa mort se répandit à Paris, et que Ménage écrivit une poésie latine sur sa mort intitulée : Epicidium Pétri Cornelii, poetæ tragieP.

Il aurait été difficile de faire le diagnostic rétrospectif d’une affection dont on n’a rapporté aucun symptôme ; une maladie si brusque aurait pu faire penser à une intoxication alimentaire; le festin de la veille avait dù être magnifique, et le jeune marié fit sans doute honneur à la cuisine compliquée et malsaine habituelle à cette époque. Mais Ménage nous a renseigné sur la maladie de

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