Lettre de Voltaire à Diderot, 20 août
Après Suréna, qui fut joué en 1675, Corneille renonça tout à fait au théâtre, pour ne plus penser, écrit l’abbé d’Ülivet, qu’à mourir chrétiennement C C’est à cette époque que le grand poète disait à Chevreau : « J’ai pris congé du théâtre et ma poésie s’en est allée avec mes dents.® »
En 1676, Corneille disait à Louis XIV :
Pour bien écrire encore j’ai trop longtemps écrit,
Et les rides du front passent jusqu’à l’esprit;
puis, plus tard, à l’occasion du mariage du Dauphin :
Quel supplice pour moi, que l’âge a tout usé,
De n’avoir à t’offrir qu’un esprit épuisé.
Dès l’année 1681, quatre ans avant sa mort. Corneille commença à perdre ses forces de jour en jour. Le 5 octobre, La Monnoye écrivait à l’abbé Nicaise : « Corneille se meurt ». Cependant son état n’était pas encore assez grave pour l’empêcher de sortir, et parfois, il se rendait à l’Académie®.
ïrublet, dans ses Mémoires sur M. de Fontenelle, raconte l’anecdote suivante, qui se rattache aux dernières années de la vie du grand homme : « M. de Fontenelle, dit-il, m’a conté que, parlant un jour à M"'® de Marsilly, fille de Thomas Corneille, de l’affaiblissement de leur oncle commun, et s’étant servi du mot radoter, elle avait trouvé fort mauvais un pareil terme à l’égard d'un pareil oncle et s’en était fâchée sérieusement. M. de Fontenelle trouva plaisante la colère de sa cousine, et il lui en sut pourtant gréL « Fontenelle, dit ailleurs, plus respectueusement, dans la Vie de Corneille : « La dernière année de sa vie, l’esprit du grand Corneille se ressentit beaucoup d’avoir tant produit et si longtemps » Et l’abbé d’Olivet confirme cette opinion, en disant que, la dernière année de sa vie. Corneille ne fut pas en état de penser à la mort®. Corneille mourut le 1" octobre 1684 à l’àge de soixante-dix-huit ans. Ses contemporains se sont abstenus de donner des détails sur sa dernière maladie.
1. Vie de M. Corneille, dans VHistoire de l’Académie française, par l’abbé d’OuvET, t. II, p. 196
2. CiiEVREANA : Tableau historique de l’esprit et du caractère des littérateurs français, t. Il, p. 62.