‹ La médecine et l'art en NormandieChapitre 65 sur 98 · Reynier, p · texte numérisé non relu

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2. A propos de la vie médicale de Pierre Corneille, on peut rappeler ce que disait un grand médecin du .wni' siècle. Van Swieten, de la santé des gens de lettres : « Les gens de lettres, qui mènent une vie sédentaire, et qui pâlissent sur leurs livres, sont souvent exposés à une apoplexie qui dépend de cette cause et qui ne vient qu’à pas ents et comme par degrés. D’abord ils deviennent languissants, ils aiment le

Relations médicales des Corneille.

Par leurs femmes, Pierre et Thomas Corneille appartiennent au monde médical du xvii® siècle. On raconte, sur le mariage de l’aîné des deux frères, l’anecdote suivante, qui a été mise en doute principalement par Bouquet, le savant biographe de Corneille. Un matin, Pierre Cornedle se présente, plus triste et rêveur que de coutume, chez le cardinal de Richelieu, qui, au dire de Fontenelle, auteur de cette anecdote, était son protecteur comme ministre, mais son ennemi comme poète. Celui-ci lui demanda la cause de sa préoccupation. Corneille lui répondit qu’il était amoureux de la fille du Lieutenant particulier du bailli de Gisors au siège d'Andely, nommé de Lampérière, et que le père ne voulait pas donner son consentement à ce mariage. Richelieu fit venir Lampérière à Paris. Il y arriva tout tremblant de cet ordre et fut heureux, dit-on, d’en être quitte en donnant sa fille Marie à celui que Guy Patin appelait « nn illustre faiseur de comédies ». C’est peut-être en faisant allusion à cet évènement que Corneille a écrit plus tard :

Qu'on parle mal ou bien du fameux Cardinal,

Ma prose ni mes vers n'en diront jamais rien :

11 m’a fait trop de bien pour en dire du mal,

11 m’a fait trop de mal pour en dire du bien

Son mariage eut lieu en 1640. Mathieu de Lampérière ne dut pas se repentir d’avoir cédé au désir du Cardinal, puisqu’il donna en mariage, dix ans plus tard, sa fille Marguerite au frère de son gendre, à Thomas Corneille.

Mathieu de Lampérière, le beau-père des Corneille qui, à l’époque du mariage de ses filles, avait un office de juridiction aux Andelys, avait exercé la profession de médecin. Il avait soutenu sa thèse à Paris, et avait été médecin du prince de Conti. Il avait lui-même

repos et l’indolence ; leui‘ esprit s’émousse; leur mémoire s’adaiblit et chancelé; ils deviennent ensuite pesants, assoupis, stupides, et souvent ils restent longtemps dans cet état avant que de mourir, .l’ai vu, avec une extrême pitié, des savants du premier ordre, et qui avaient rendu de grands services à la littérature, se survivre à euxmêmes plus d’une année, oublier tout, et mourir enfin d’apoplexie. » Cité dans : De la santé des gens de lettres, pai' M. Tissot, 1772, page 4S.

pour frère Jean de Lampérière, conseiller médecin ordinaire du roi ; il exerçait à Rouen, et devint, par le mariage de ses nièces, oncle des Corneille. C’est lui qui, dans l’affaire de la possession des religieuses de Louviers, affirma que les religieuses étaient possédées et qui reconnut la marque des sorciers chez Thomas Roullé, vicaire au Mesnil-Jourdain, accusé d’avoir perverti les mœurs des religieuses et d’être la cause de leur possession. Ce nom de Jean de Lampérière est encore tristement célèbre par ses querelles avec un de ses collègues de Rouen, David Jouyse, à l’occasion de la peste de 1622, auquel il reprochait de lui charlataner ses malades. On peut dire que le nom de Lampérière est plus connu pour l'affaire de Louviers et pour ses querelles médicales que pour ses ouvrages médicaux qui ne sont pas pourtant sans intérêt^.

Les Corneille étaient également alliés à un médecin de Nemours, nommé Dubé ; Pierre fit chez lui un séjour en août 1649®.

Les deux Corneille eurent encore des rapports avec un chirurgien de Rouen, Dominique Sonnes. A la fin de l’année 1683, Pierre vendit à ce dernier, par l’intermédiaire de Fontenelle, sa maison de la rue de la Pie, qui était louée à un médecin nommé Jean Costil, depuis le 31 août 1683. Trois ans après, Thomas vendait au même chirurgien, et par le même intermédiaire, sa maison de la rue de la Pie, voisine de celle de son frère \

Sonnes et Costil, ces deux noms ne nous ont été conservés que par association à celui deCorneilleL

1. Trai té de la peste, de ses causes et de sa cure. Acec les moyens de s’en préseicer et les controverses à ce sujet; llouen, David du Petit Val, 1020; et L’ombre de N écrophore vivant chartier de l’Hôtel-Dieu au sieur Jouyse, médecin-déserteur de la peste, sur la sagesse de sa cabale et autres grippes de sonexament; Rouen David Ferrand, -1622

2. Notice biographique sur Pierre Corneille. Œuvres de Corneille. Edition de Marty-Laveaux, t. I, p. xxxvi.

3. Ballin : Maison et généalogie de Corneille. (Revue de Rouen, 1833.)

4. Jean Costil, médecin, est cité dans un acte de tabellionage de Rouen du 20 octobre 1674; dans un autre acte du 13 décembre 1682, on voit qu’il avait son domicile rue aux üues. Dominique Sonnes, chirurgien, était originaire du Midi ; il fut garde de la Communauté des chirurgiens avec Jacques Lambert : il devient chirurgien attitré des Jacobins, ses voisins, et fit une fondation de messe à l’église de leur monastère en 1699; il mourut, place du Vieux-Marché, le 19 décembre 1703. M. de Beaurepaire, qui nous a communiqué ces notes, ne pense pas que Sonnes ait liabilé la maison de Corneille.

L3- médecino dans les tragédies des Corneille.

Les empoisonnements: l’épistaxis d’Attila.

Les tragédies du xvii® siècle présentent très peu d’intérêt au point de vue médical. Les dramaturges de cette époque et, avec eux, les Corneille, s abstiennent de mettre des malades sur la scène. Pierre Corneille avait dit dans son Second discours de la tragédie : « Il est bon de cacher la mort à la vue et de la faire savoir par un récit qui frappe moins le spectateur. » Les deux Corneille ont suivi exactement ce précepte dans leurs œuvres; ils ont même été plus loin; connaissant le raffinement extrême du public de l’époque, ils ont évité de présenter leurs héros ou un de leurs personnages affligés d une maladie, dans la crainte de déplaire à ceux auxquels ils atlressaient leurs œuvres.

En parcourant les tragédies de tout ce siècle, on n’en trouve que deux ayant quelques rapports avec la médecine, tt encore il y est question plutôt d’un acte physiologique que d’une maladie; ce sont: la tragédie de CLotüde, de Jean Prévost (1614), et celle de Cyrus triomphant ou la fureur d'Astiage, due à Pierre Mainfray (1618), dans lesquelles on parle de grossesse et d’accouchement

Les Corneille font de leurs personnages des héros et peignent « les hommes comme ils devraient être », non seulement moralement, mais aussi physiquement : leurs héros sont d’une nature supérieure, et si chez beaucoup les basses passions n’ont pas prise, chez tous la maladie ne joue aucun rôle, ils ne sentent même pas la latigue physique ; à ce point de vue encore les œuvres des Corneille manquent de réalité. Le théâtre du xvii® siècle contraste ainsi avec le théâtre moderne dans lequel on sent l’action modificatrice de la maladie sur le caractère, influence du physique sur le moral qui a été parfois exagérée.

Si l’on recherche dans les œuvres des Corneille ce qui touche à la médecine, l’intérêt est surtout dans la mort des personnages. Plusieurs meurent empoisonnés, manifestant des symptômes quelconques, et non ceux provoqués par le poison.

Dans Rodogune, par exemple, Cléopâtre, reine de Syrie, s’empoisonne, et Rodogune fait remarquer à Antiochus les changements qui se produisent dans l’état de sa mère :

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