Acte III, scène xii
à cause que ces deux familles en donnent aux pauvi'es et ont fait d adniivables cuves. Quello fortiiiiG pour une femme (Je posséder un mai i si savant en médecine, avec lerjuel on pouvait se soigner sans la Faculté! Cest pour arriver à ce but que Jean Margastaud, sieur de la Lauze, opévatew' litotomiste, lievniaive et oculiste, mit dans le commerce à Rouen, au xviF siècle, un petit livre de 36 pages qui aurait certainement intéressé Don Bertrand; il avait un titre alléchant : Bouquet de santé contenant les remèdes les plus expérimentez pour les maladies internes et externes les plus dangereuses et les plus familières, au moyen desquels l'on peut être son médecin, et meme épargner la dépence des livres suivant l'usage diceux, à la fin desquels il y a un conseil pour entretenir la santé.
Le Don Bertrand, de Corneille, est honnête, il croit à l’efficacité de ses recettes ; mais, à côté de lui, nous trouvons, dans les œuvres des Corneille, beaucoup de personnes faisant croire qu’elles possèdent un secret, dans le but de tromper le public au profit de leur bourse : ce sont les charlatans, et ils sont nombreux au xvii° siècle. Pierre Corneille montre, dans Vlllusion, un fils de famille qui, ayant quitté ses parents sans argent, vit en vendant des onguents, et :
. . . pour gagner Paris, il vendit par la plaine
Des brevets à chasser la fièvre et la migraine b
Mais c’est surtout dans la Devineresse que Thomas Corneille met en scène un personnage qui intéresse la médecine : Madame Jobin s’occupe de magie et de médecine; elle a une clientèle aussi nombreuse que choisie. Comment ne pas croire au pouvoir d’une femme qui guérit une hydropique : « Il y a trois ans, lui dit cette malade, que le mal me tient, et je serais heureuse si vous m’en pouviez guérir en trois mois, les médecins et les empiriques y ont employé tous leurs remèdes » ; elle a, dit-elle, consulté « presque tous les médecins et même ceux de la Faculté de Montpellier, ils ne connaissent rien à son mal ». La devineresse fait passer son enflure dans le corps d’un paysan, en prononçant quelques paroles barbares. Le nouvel hydropique s’écrie : « J’enfle! holà ! holà ! ah ! J’enfle, j’enfle : ah ! ah ! c’est assez ! Que l’enflure s’arrête ! En voilà la moitié davantage que Madame en avait! On m’a trompé et je suis
t . Acte I, scène iii.
plus gros qu'un tonneau*. » Celte scène, une des plus amusantes de la comédie, fut reproduite dans un des sept médaillons représentant les principales scènes de l’ouvrage qui fut publié comme almanach pour 1680. Par un hasard extraordinaire, V Almanach de la Devineresse nous a été conservé : un exemplaire, découpé en plusieurs morceaux, est intercalé dans un volume factice de la Bibliothèque de l’Arsenal qui contient l’édition originale de la Devineresse et dont les figures ont été reproduites dans l’édition du Théâtre de Thomas Corneille, de Thierry ^ Il est inutile de dire que la femme hydropique et le paysan ne sont que d’adroits compères de la devineresse.
Parmi les clientes de la devineresse, on voit une naïve paysanne qui vient lui demander de faire « pousser ses tétons.® » Il ne faut pas s’étonner du but de cette consultation; on croyait, au XVII® siècle, que l’on pouvait développer la poitrine aux femmes qui n’en avaient pas. Guyon Dolois, dans son « cours de médecine en français », donne le moyen de faire grossir les seins chez « une femme qui aurait les mamelles flaques, maigres comme une vessie de porc sans vent. » « Si les mamelles d’une demoiselle, ou autre, écrit-il, étaient maigres et flacides, on les fera enfler et tenir grosses, si on applique souvent dessous icelles des ventouses sans scarifications », et il conseille de les frotter avec un certain cérat dont il donne la formule'*. La devineresse se contente de promettre à la paysanne un biscuit spécial qu’elle va fabriquer. On sait où Thomas Corneille a trouvé l’original de sa paysanne, c’est dans le procès de La Voisin ; parmi les personnes nommées par l’empoisonneuse, comme étant venues recourir à ses services, elle nomma, pendant son célèbre procès, la duchesse de Foix, qui voulait développer sa gorge®. La duchesse paya sa coquetterie par le retentissement de cette affaire qui fit savoir à tout le monde l’imperfection de sa beauté.
Une autre cliente encore plus naïve de M"*® .lobin, c’est M™* de Troufignac qui vient lui demander, moyennant cent mille écus, de