OBJET ET DOMAINE DE LA MÉDICO-PSYCHOLOGIE
d'une crainte superstitieuses, là enchaîués et battus de verges, ailleurs enfermés dans des cages, partout soumis à des mesures de précaution ou de correction aussi absurdes que violentes; nulle part traités en hommes souffrants et malades. Ce n'est que de nos jours qu'on les a fait passer définitivement de la surveillance de la police à celle de la médecine.
Cette réforme a produit dans le régime des maisons publiques d'aliénés d'admirables résultats, contre lesquels l'esprit de routine n'a pas eu la force de protester. Ils sont partout maintenant reconnus, proclamés, développés, et constituent une des plus belles acquisitions dont puisse se glorifier la philanthropie moderne. Un grand mouvement s'est produit aussi dans la science. La psychiatrie, bornée jusqu'alors à quelques vagues notions traditionnelles, ne s'élevait guère au-dessus des croyances populaires; elle n'avait ni principes, ni but, ni attributions définies. Tant, en effet, qu'il ne s'est agi, conformément aux idées généralement reçues sur la folie, que d'enfermer les fous pour les empêcher de nuire, comme on fait pour les criminels, de les dompter et soumettre par la force matérielle comme des bêtes sauvages, la médecine et le médecin n'avaient là rien à voir ni à faire; il ne fallait que des geôliers, des gardiens, des chaînes et des verges. Mais lorsqu'à ce point de vue inintelligent et barbare a été substituée une notion plus exacte de la condition physique, morale et sociale de l'aliéné ; lorsqu'on a reconnu qu'au lieu de le châtier, réprimer, violenter, il s'agissait simplement de le traiter et
de le guérir, la pathologie et la thérapeutique mentales ont pris un rang considérable dans la médecine, et ont bientôt constitué une de ses plus importantes divisions.
Ainsi mise en possession de l'aliéné, corps et âme, la médecine a dû proportionner ses efforts à la difficulté et à l'importance de l'œuvre que la société lui confie. Ce n'est pas seulement du malade qu'elle a à s'occuper, mais aussi de l'homme, de la personne morale, civile et politique dont elle est en quelque sorte la tutrice. C'est à elle qu'il appartient, en attendant les effets du traitement, de régler les rapports du malade avec sa famille, avec la société. Elle dispose de lui en toutes choses en vue de son bien. Elle lui mesure l'air, la lumière, l'espace, la nourriture, la liberté des mouvements, les communications avec les autres hommes. Quel pouvoir ! mais aussi quel devoir, quelle responsabilité ! Du reste, ce droit souverain sur l'aliéné devant être exercé par une autorité quelconque, quoi de plus raisonnable que d'en investir là science qui est seule en mesure de statuer et d'agir avec compétence et indépendance ! Cette grave mission, la médecine a dû l'accepter, -et même la réclamer, car elle est directement de son domaine. Les immenses résultats obtenus en moins d'un demi-siècle par son intervention suffiraient seuls, au besoin, pour légitimer et consacrer son autorité.
Mais cette compétence exclusive, ces pouvoirs extraordinaires conférés à la médecine mentale rendent sa tâche d'autant plus difficile. Sa responsabilité scientifique — pour ne pailer que de celle-ci — l'oblige à