OBJET ET DOMAINE DE LA MEDICO-PSYCHOLOGIE
rester toujours en avant dans la voie du perfectionnement de la connaissance. De là la nécessité de stimuler le zèle de tous les travailleurs, de puiser à toutes les sources d'information et de réunir toutes les lumières.
C'est dans cet esprit sans doute et sous l'empire de ce besoin que fut, il y a deux ans, instituée la Société médico-psychologique. Le programme de ses travaux révèle une étendue et une libéralité de vues également remarquables; il embrasse l'anatomie, la physiologie et la pathologie du système nerveux, la physiologie et la pathologie mentales, la psychologie, l'anthropologie et l'ethnologie, l'hygiène morale et pénitentiaire, la statistique, l'administration, la médecine légale, la jurisprudence en matière d'aliénation mentale, etc., etc. On voit que cette spécialité, ainsi conçue, constitue une petite encyclopédie. Cependant ce programme ne contient rien de trop. La psychiatrie, philosophiquement étudiée, a des liens étroits avec toutes ces connaissances.
C'est par des efforts dirigés en ce sens que s'opérera enfin la conciliation ou la fusion entre deux ordres de sciences et deux classes de savants jusqu'ici assez peu soucieux, ce semble, de se donner la main. Les querelles entre la physiologie et la psychologie, entre naturalistes, physiologistes, médecins et métaphysiciens, idéologues, psychologues, sont connues. Elles ont fait grand bruit dans ces derniers trente ans dans le monde scientifique, principalement en France, ou quelques esprits rogues et entêtés ont prêché dogmatiquement la dissension. Cette scission n'existait pas dans l'anti-
b MEDICO-PSYCHOLOGIE ET PSYCHO-PHYSIOLOGIE.
quité, ni même au moyen âge. Platon s'entendait parfaitement avec Hippocrate. Le traité de anima d'Aristote, base de toute bonne psyco-physiologie , offre un admirable spécimen de -l'alliance naturelle des deux ordres d'études qu'on a cherché depuis à séparer. La psychologie et la physiologie s'y pénètrent partout de la manière la plus intime et la plus heureuse. C'est dans cet esprit et sur ce modèle qu'on aurait dû poursuivre l'étude de l'homme. La discorde actuelle a son germe dans une application forcée, et même illégitime, de la philosophie de Descartes, qui a fait couper l'homme en deux et adjuger chacune des moitiés à une science distincte. Ce sont surtout les psychologues de l'école écossaise qui ont outré le principe cartésien de séparation, et la philosophie française contemporaine a malheureusement adopté cette vue comme fondement même de sa méthode. Mais tout porte à croire que le rapprochement tenté par la Société dont nous parlions est l'indice d'un revirement de l'opinion générale, et du retour à une conception plus large et plus vraie de la science de l'homme, et, par suite, d'une meilleure direction dans l'étude de la médecine mentale.
Si, comme on vient de le dire, le cadre médico-psychologique est si vaste, il est à craindre qu'il ne soit de longtemps rempli. Malgré les travaux assidus dont la pathologie et la thérapeutique mentales sont l'objet depuis un demi-siècle, on ne peut se dissimuler que les progrès n'aient été excessivement lents et même bien