‹ La médecine et les médecins (volume 2)Chapitre 21 sur 89 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

El dum nihil habeinus majus, calamo ludimus. (Ph^drus, lib. 4.)

Le feuilleton.

Réclamation au directeur de la Gazette médicale.

MONSItUR ET CHER CONFRÈRE,

Je suis un de vos plus précieux abonnés; car indépendamment de mon exactitude trimestrielle, qui n'a jamais attendu l'Avis aux souscripteurs, vous avez en moi le lecteur le plus dévoué et le plus infatigable. Non-seulement je vous lis avec une patience qui n'a pas d'égale, mais encore, au besoin, je vous explique, je vous commente, je vous justifie, je vous défends. Or comme dans mon endroit il ne manque pas de petits esprits qui font les entendus et se donnent les airs de critiquer ce qu'ils sont hors d'état de comprendre, j'ai assumé sur moi une besogne qui commence à devenir dure, et si dure, qu'avec la meilleure volonté du monde, je désespère d'y suffire désormais, si vous n'y avisez. On me rend responsable ici de tout ce qui

s'écrit dans votre journal ; et comme on sait que je suis intraitable sur cet article, on vient me jeter au nez jusqu'à vos fautes d'impression. J'ai tenu bon jusqu'ici, et j'ai toujours soutenu mordicus qu'il n'y avait pas un iota à reprendre dans vos feuilles et que la Gazette est un chef-d'œuvre. En ceci, au reste, je ne fais que mon devoir, car votre journal est le mien; je l'ai reçu de mon père, qui le tenait du sien ; c'est une des pièces de notre héritage de famille. Mais, je sens de jour en jour faiblir, non pas mon zèle, qui est indomptable, mais bien mes moyens de résistance. Tant que je n'ai eu qu'à pallier des peccadilles telles qu'un article trop long ou trop court, à déchiffrer quelqu'une de vos élucubrations métaphysiques, à remettre sur pied quelque observation boiteuse, à rétablir des dates ou des noms estropiés, je m'en suis tiré avec quelque succès. Mais,, depuis quelque temps, les difficultés sont devenues plus graves ; les attaques se multiplient et se renforcent, et au milieu de ce toile géuéral je ne sais à qui entendre. J'ai beau faire bonne contenance et repousser toutes ces atteintes, tantôt avec le ton dédaigneux de la supériorité, tantôt avec l'amertume de l'ironie, tantôt avec l'accent véhément de l'indignation, tantôt enfin avec l'arme du raisonnement le plus serré, je sens une défaillance secrète qui paralyse mes efforts. Enfin, vous l'avouerai-je, je me surprends quelquefois moimême saisi de scrupules. Ma foi, par moments, chancelle; et c'est pour épancher sincèrement mon âme dans la vôtre que je me suis décidé à vous écrire. C'est surtout à votre diabolique Feuilleton qu'on en

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