L'ACADÉMIE ET LA CHAINE DE MOUTARDE
ministériels à l'endroit des remèdes secrets et des brevets d'invention. Cette décision a-t-elle été exécutée? Si elle ne Ta pas été, la dernière séance la rend plus urgente que jamais; si elle Ta été, la susdite séance prouverait malheureusement qu'il était très-inutile de la prendre, et qu'il serait plus inutile encore de la renouveler.
On sait ou on dit que Domitien convoqua un jour, à grande hâte, le sénat romain, pour qu'il eût à délibérer sur la manière dont il fallait apprêter un énorme turbot dont on lui avait fait présent. Ce conte est banal et l'application qu'on en fait d'ordinaire ne Test pas moins. MM. les ministres et l'Académie répètent, je ne sais combien de fois l'an, cette charge avec la gravité des premiers acteurs. Des esprits rigoureux trouveront, dans l'espèce, que la comparaison pèche un peu. La moutarde représente assez bien le turbot; mais voilà tout ; car les académiciens, même avec l'habit galonné et le chapeau à plumes, ne sont pas tout à fait des sénateurs romains, et M. le ministre du commerce n'a pas grande analogie, je pense, avec ce digne empereur, lamiarum cœde madenti, qui faisait jeter aux bêtes les récalcitrants. Mais c'est précisément ce qui fait que nos académiciens devraient être dispensés de donner leur avis sur la cuisson du turbot.
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