YUES DE COSMÉTIQUE TRANSCENDANTE
La santé est le premier des biens; elle est le bien en soi et la condition de tous les autres. Les anciens y joignaient immédiatement la force et la beauté; puis venaient la richesse, les honneurs, etc. C'est dans cet ordre que les vieux poètes théologiens, Callimaque, Pindare, Linus, Orphée, adressaient leurs invocations aux dieux. C'est encore à peu près ainsi que se classent les objets des désirs et des vœux terrestres des humains; j'entends de la portion masculine de l'espèce, car pour l'autre moitié la classification est un peu différente ; la santé ne vient qu'au second rang, peut-être au troisième ; c'est la beauté qui prime tout le reste. Parmi les dons de la nature ou de la fortune, il n'en est aucun qui puisse balancer un instant dans le cœur de la femme celui de la beauté. Ce sentiment est fondé chez elle sur les lois primordiales de l'instinct ; il est le signe essentiel et caractéristique du sexe; il pourrait, au besoin, bien mieux que les indications souvent équivoques de l'inspection anatomique, trancher la question médico-légale dans un cas d'hermaphrodisme. Là où se montrera le besoin de plaire, trahi par les mille petites manœuvres involontaires de ce qu'on appelle la coquetterie, là sera la femme. La beauté étant pour la femme la chose la plus désirable, la conscience de sa possession est inhérente à la nature intime de son être ; permanente et indéfectible,
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elle remplit son cœur tout entier. Cette persuasion est pour elle la conditiou sine qua non du bonheur. Si leê hommes ont la permission d'être laids — et beaucoup en abusent, comme le pauvre Pélisson à l'occasion duquel madame de Sévigné fit le mot — les femmes ne l'ont pas. Aussi n'en est-il aucune qui consente à l'être, aucune qui ne parlemente avec son miroir, aucune qui ne lutte et ne proteste jusqu'à la fin contre Voutrage des ans. Le désir de plaire est chez elles Yultimum moriens.
Si donc la beauté joue un rôle si important dans la vie humaine ; si, pour une moitié de l'espèce au moins, l'idée de sa possession est un bien comparable à nul autre, celle de son altération un souci perpétuel, celle de sa privation ou de sa perte un tourment insupportable, le soin de sa conservation ou de son rétablissement est un intérêt social du premier ordre. Cependant la science ne s'en est occupée jusqu'ici qu'avec une impardonnable négligence, et la Cosmétique , qui devrait avoir le rang honorable d'une doctrine et d'un art constitués, n'est encore qu'une annexe de la barberie et de la parfumerie. Le charlatanisme, qui a toujours le flair fin et le mérite négatif de signaler les desiderata de la science, s'en est emparé et l'exploite, tandis que la médecine, qui seule a le droit de statuer sur les choses du corps humain, semble décliner sa compétence, et en ceci, comme en trop d'occasions, laisse faire sa besogne par des usurpateurs. Sans doute, comme gardienne et institutrice de la santé, elle sauvegarde aussi la
beauté, dont la santé est la condition première \ mais cette action détournée est peu efficace. Ce n'est pas que la- médecine n'ait, dans quelques cas, des moyens plus directs, et il y aurait de l'injustice à ne pas lui en tenir compte. Si par carie, nécrose ou autrement, une ou plusieurs dents s'avisent de quitter leurs alvéoles, ce qui produit sur la portion de joue correspondante le plus disgracieux renfoncement et change le sourire en une affreuse grimace , une intelligente prothèse comble le vide et rétablit la symétrie physionomique.
Si la bouche rosée d'une jeune fille est déshonorée par un affreux bec de lièvre, le chirurgien coud assez proprement quelquefois les deux bords de la fissure, et donne à la lèvre une forme plus acceptable.
Un œil noir ou bleu, auquel le porteur tient naturellement beaucoup, est-il chassé de son orbite par une balle, par une fonte purulente, par une opération chirurgicale, l'art y en loge un autre d'une ressemblance parfaite avec le voisin, dont malheureusement il ne peut pas suivre bien exactement les évolutions, et souvent regarde à droite, lorsque le compagnon regarde à gauche. Mais c'est toujours quelque chose de n'être que louche après avoir été borgne.
Un boulet ou un couteau à amputation vous enlèvet-il une jambe, une cuisse? on vous en procurera une de rechange en bois, parfaitement articulée, et qui, passée dans une longue botte, simulera à ravir la bonne, surtout quand vous serez assis.
Si votre nez — le cas est grave — est détruit par un