‹ La médecine et les médecins (volume 2)Chapitre 41 sur 89 · VIES DE COSMÉTIQUE TRANSCENDANTE · texte numérisé non relu

VIES DE COSMÉTIQUE TRANSCENDANTE

carcinome ou amputé par une main ennemie avec un rasoir, la rhinoplastie, renouvelée de Tagliacozzi, va vous en refaire un autre avec un lambeau de peau de votre front, adroitement taillé et soudé. Ce nez greffé pourra bien prendre la forme capricieuse de quelque variété de figue ou de pomme de terre, et s'orner à la longue de quelques poils plus ou moins indiscrets; mais vous avez toujours la satisfaction d'avoir un nez, et un nez vivant, avantage que n'avaient pas les nez de carton peint autrefois en usage. Un procédé analogue d'autoplastie vous restituera, au besoin, une joue ou un menton perdus.

Une colonne vertébrale tend-elle à prendre une direction inconvenante, à faire paraître une épaule fuor d'architettura, comme disent les Italiens, l'orthopédie redressera cette courbe malencontreuse, et le sujet deviendra droit comme un jonc ; et si un pied humain se met à revêtir la forme équine ou toute autre variété également anti-artistique du pied-bot, une section souscutanée de quelques fléchisseurs ou extenseurs obstinés, aidée d'un appareil de contention approprié, fait disparaître cette configuration baroque dont était affligé le pied gauche de lord Byron, et qui fut une des causes secrètes de la misanthropique humeur du grand poëte.

Ce sont là sans doute des moyens précieux ; mais ils ont pour objet l'utilité plutôt que la beauté. Ils ne s'appliquent à la restauration des formes qu'en vue du rétablissement des fonctions, et non point pour ellesmêmes, au point de vue esthétique. Ce sont des répa-

rations d'urgence et non des travaux d'embellissement. Or c'est la beauté qui est le but de la Cosmétique, et la médecine, répétons-le avec douleur, n'a apporté qu'un bien faible contingent de vues à cette noble science , dans laquelle elle devrait avoir la haute main.

En dehors de la médecine il s'est fait de plus grandes choses et d'une appropriation plus directe à la grande fin de la Cosmétique, qui est le maintien et la restauration de la beauté ou de ce qui en tient lieu, la jeunesse. L/esprit d'invention industrielle s'est élancé ici à toute volée et s'est signalé par des découvertes dont il a ravi la gloire à la médecine. Une tête dont l'ornement chevelu, blond ou brun, faisait l'orgueil, se dépouille de cet insigne de la force et de la jeunesse. Elle devient rase comme la main. Que fait la médecine ici ? Rien. Elle donne un nom grec ou latin à la chose ; elle l'appelle Y alopécie ou la calvitie, et se retire. Tout au plus conseille-t-elle à ce sinciput dénudé de se coiffer d'un bonnet de soie ou de coton pour éviter les rhumes de cerveau. Quelle pitié! L'artiste capillaire ne montre-t-il pas une véritable supériorité sur ce pauvre savant, en substituant au bonnet une perruque ou un toupet ? Mais celui-ci même n'est encore qu'un apprenti à côté de l'adepte qui s'avance et dit : « Sur ce crâne pelé, je vais faire pousser une forêt de poils avec ma pommade de chameau, ma pommade de lion, mon eau de Lob, et je donne 20, 30, 100,000 fr. à qui prouvera l'inefficacité de ma drogue. » C'est celui-là qui résout véritablement le problème. De

Page 1