MI- DE COSMÉTIQUE TRANSCENDANTE
même pour cette autre mésaventure crânienne, la décoloration des cheveux, qu'une vaine science, qui ne sait trouver que des mois, appelle canitie. Combien de têtes grisonnantes ont passé rapidement du blanc au noir à l'aide de l'eau de Perse ! Et qui pourrait énumérer les spécifiques, eaux, vinaigres, essences, pommades, crèmes, pâtes, huiles, poudres destinés à rafraîchir le teint, à assouplir et unir la peau, à raffermir les chairs? Il y a des ressources pour tous les accidents. L'obésité est ennemie de la grâce et ne va pas avec la jeunesse, qui est toujours présumée. On vous fera donc maigrir juste au degré voulu. Il suffit d'un certain liquide qui dissout la graisse et respecte scrupuleusement tous les autres tissus. Rien de plus sûr, de plus innocent et de moins coûteux. La maigreur n'est pas moins fâcheuse. Il serait très-avantageux de pouvoir renforcer et arrondir certaines régions, adoucir des aspérités, combler des vallées. Il n'y a pas encore de liquide pour cela, que nous sachions; mais on y supplée par la crinoline, le caoutchouc, etc.... Nous recommandons cette lacune à l'étude des spécialistes en ce genre. Un de nos confrères nous a dit être sur la voie d'un moyen de garnir méthodiquement de tissu adipeux les parties qui en manquent. Il se flatte de pouvoir ainsi un jour modeler des Vénus callipyges et autres, et même, si on le désirait, des Vénus hottentotes. Quel grand artiste nous aurions là ! Mais il travaille sur des données purement scientifiques et expérimentales fournies par l'observation des résultats obtenus en Angleterre sur
diverses espèces d'animaux domestiques et aussi sur l'homme. Il procède par la science. Il est donc à peu près certain qu'il n'aboutira à rien et que quelque Lob lui coupera l'herbe sous le pied.
L'art industriel a donc fait jusqu'ici plus et mieux que l'art scientifique et médical. Cependant les découvertes et applications dont on vient de parler sont, en somme, d'un ordre assez inférieur (sauf pourtant la revivification des poils). Elles se réduisent, comme la plupart des procédés chirurgicaux indiqués précédemment, à des prothèses, à des déguisements, à des simulations, à des postiches. Ce n'est que fort imparfaitement et dans un petit nombre de cas que cet art remédie aux défauts de la forme par une modification vitale et organique des parties, ce qui est le point essentiel à atteindre. Le plus souvent il ne s'en tire que par des subterfuges tels que la perruque ou l'œil de verre, et n'arrive ainsi qu'à produire un peu d'illusion, promptement dissipée.
La science et l'art cosmétiques doivent viser plus haut. Il s'agit de restaurer directement les formes altérées par l'âge ou la maladie, d'améliorer celles qui sont vicieuses, de maintenir la pureté et la correction de celles que la nature a dessinées dans un de ses bons moments. Et les formes ne sont pas tout. Il faut encore savoir entretenir, vivifier, colorer cette enveloppe* cutanée dont tant d'accidents peuvent gâter les teintes délicates et harmonieuses. Il faut faire exécuter au travail vital lui-même la peinture qu'un art mensonger imite grossièrement par les poudres, les fards et