II
Si dont il était vrai, d'une part, qu'une portion notable des manifestations de l'activité psycho-cérébrale ont leur source immédiate dans des modifications somatiques d'organes autres que le cerveau, et, d'autre part, que les modifications matérielles spéciales dont paraissent dépendre les aberrations intellectuelles et affectives qui constituent l'état de folie ne sont pas plus accessibles à nos sens que celles qui existent dans toutes les névroses, les prétendues lacunes et
duit non-seulement les effets mécaniques du rire, mais aussi une disposition à l'hilarité; la vacuité de l'estomac et le besoin de réparation engendrent la morosité, et par contre, l'ingestion des aliments fait succéder à ces humeurs noires un sentiment de gaieté et de bienveillance ; la constipation dispose à la tristesse. On sait encore que les affections chroniques développent, suivant leur siège, et probablement suivant la nature des lésions, des changements divers dans le caractère, l'humeur du malade. Il y a dans les maladies une séméiotique morale trop négligée par notre diagnose percutante, auscultante et mesurante. Les venins, les virus, les substances toxiques déterminent également des modifications morales spéciales, par la manière diverse dont ils influent sur la vitalité générale de l'organisme.
« C'est véritablement du bonheur que donne le hachisch, dit « M. Moreau (de Tours), et par là j'entends des jouissances tou- « tes morales et nullement sensuelles, comme on serait porté à « le croire. Cela est fort curieux assurément, et l'on pourrait en « tirer de bien singulières conséquences, celle-ci entre autres : « que toute joie, tout contentement, alors même que la cause en « est exclusivement morale, que nos jouissances les plus déga- « gées de la matière, les plus spiritualisées, les plus idéales, pour- « raient bien n'être en réalité que des sensations purement phy- « siques, développées au sein des organes, exactement comme « celles que produit le hachisch. Au moins, si on s'en rapporte « à ce qu'on sent intérieurement, il n'y a aucune distinction à « faire entre ces deux ordres de sensations, malgré la diversité « des causes auxquelles elles se rattachent, car le mangeur de « hachisch est heureux, non pas à la manière du gourmand, de
contradictions des résultats nécropsiqnes ne feraient plus de difficulté sérieuse. Il est tout simple , en effet, qu'on ne trouve pas une chose lorsqu'on la cherche où elle n'est pas. — ce que font ceux qui veulent tout localiser dans l'encéphale , — ou comme elle n'est pas, — ainsi qu'il arrive à ceux qui ne veulent admettre d'autres lésions que celles qui changent l'aspect physique des tissus, ou qui encore, par une méprise d'un autre genre, considèrent les diverses altérations constatantes après la mort comme les causes organiques immédiates et directes des désordres intellectuels, et cherchent inutilement à établir des
« l'homme affamé qui satisfait son appétit, ou bien du volup- « tueux qui contente ses désirs, mais de celui qui apprend une « nouvelle qui le comble de joie, de l'avare comptant son tré- « sor, du joueur que le sort favorise, de l'ambitieux que le suc- « ces enivre, etc. » (Duhachisch et de l" 'aliénation mentale, Études psycologiques, page 53.)
Ce que l'auteur de ces fines et sagaces observations dit de la joie, du contentement, doit se dire aussi des affections opposées, la crainte, la tristesse, la défiance, etc., et, en général, de tous les états affectifs de l'âme ; et ces conséquences singulières, qu'il ne veut que laisser entrevoir, sont des conclusions très-légitimes des faits. Elles sont l'expression même des phénomènes. Encore une fois, tout ce qui se passe dans l'àme est lié à quelque modification corporelle. L'acte organique et l'acte mental sont déterminés l'un par l'autre dans une indissoluble et indéfectible solidarité. L'Esprit n'est pas pour cela Matière, ni la Matière Esprit ; mais les deux* facteurs, quoique logiquement distincts, se confondent et s'identifient dans l'indivisible unité de la vie. C'est ce qui explique comment le hachisch, introduit dans le corps, produit sur l'esprit Y effet hilarant d'une bonne nouvelle, et que, réciproquement, une mauvaise nouvelle, introduite dans l'esprit, peut produire sur le corps l'effet mortel d'une dose d'acide cyanhydrique.
rapports précis entre ces lésions et les symptômes. Sans prétendre attribuer à cette interprétation des faits une valeur démonstrative que ces matières ne comportent guère, elle paraît cependant assez justifiée pour apporter quelque lumière dans la question du siège organique et de l'anatomie pathologique de la folie, et servir, sinon à la résoudre, du moins à la bien poser.