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XIV

LITTÉRATURE MAGNÉTIQUE. — MM. GAUTHIER ET RlCARD (1).

Il paraît y avoir en ce moment une recrudescence de magnétisme animal. Malgré ses nombreuses déconfitures académiques, dont MM. Dubois (d'Amiens) et Burdin jeune viennent de nous tracer le tableau en un volumineux in-8° de 700 pages compactes (2), le système ne se tient pas pour battu et ne semble même que s'en mieux porter. L'énorme factura de ces deux honorables confrères est, à tout prendre, une excellente aubaine pour le magnétisme animal ; car que peut souhaiter de mieux une doctrine que de faire parler d'elle? Les critiques, les réfutations sont, en définitive, des discussions; or, tant qu'une idée est

(1) Mai 1841.

(2) Histoire académique du magnétisme animal, accompagnée de notes critiques sur toutes les observations et expériences faites jusqu'à ce jour. Paris, 1841, 1 vol. in-8.

discutée, elle n'est pas morte ; sa vitalité peut même être mesurée sur le nombre et la force des attaques dont elle est l'objet. Les magnétiseurs ont donc grand tort de crier à la persécution. En ce monde, n'est pas persécuté qui veut. Ils ne manqueront pas, les ingrats, de jeter les hauts cris contre le livre et contre ses auteurs, tandis qu'ils devraient aller en corps remercier ces messieurs de la peine qu'ils se donnent à leur intention. N'est-ce pas, en effet, une bonne fortune inouïe qu'il se rencontre deux académiciens si zélés à leur endroit? L'un a mis à leur discrétion sa bourse ; il leur a offert des billets de mille francs, ne leur demandant en retour que des choses très-faciles, comme, par exemple, de venir lire devant lui les yeux fermés, ou bien, les yeux ouverts, au fond d'une tabatière, opérations qui ne sont qu'un jeu pour eux depuis quelque temps. A la vérité ils ont refusé ces offres qui leur ont semblé suspectes. L'argent, sans doute, n'était pas de refus, mais, venant d'un ennemi, ils ont eu peur de quelque trahison, et ont dit comme Laocoon :

Quidquid id est, timeo Danaos et dona ferentes.

Mais M. Burdin jeune était incapable de leur faire du tort; c'est un très-galant homme qui n'y entendait pas malice, et qui voulait seulement se donner, pour son argent, un divertissement innocent. Des occasions comme celles-là sont rares, et les magnétiseurs chercheront longtemps avant de rencontrer une si belle à me.

Quant à l'autre académicien, il ne leur a pas proposé

de l'argent, et nous ne présumons même pas que cela lui arrive jamais, mais il leur donne, avec une libéralité sans exemple, son temps, ses veilles et son plus beau style. Il étudie leurs livres, il les commente, il les explique, et ils ne prononcent pas un mot qu'il ne soit là pour le recueillir et le mettre en lumière. Ils se plaignent qu'il se moque d'eux à tout propos, qu'il ne prend pas les choses au sérieux, qu'il ne voit dans leur fait que le côté ridicule; soit. Mais, de bonne foi, peuvent-ils exiger qu'un homme d'esprit parle d'eux un peu longtemps sans rire? Le magnétisme ne va pas sans les magnétiseurs, et en supposant que la chose soit sérieuse, les hommes, certes, ne le sont pas. En dernier résultat tout cela profite à la cause, et le magnétisme a, sous ce rapport, plus à se louer de ses ennemis que de ses amis.

Les magnétiseurs, de leur côté, ne sont pas oisifs. Jamais ils n'ont déployé tant d'activité. Les journaux, les cours, les livres pleuvent de tous côtés. Nos bureaux sont encombrés depuis quelque temps des productions de la littérature magnétique. Nous avons remarqué aussi que la plupart de ces publications sortent des presses d'éditeurs qui ont en général la main sure et qui savent très-bien d'où vient le vent. C'est là pour nous le thermomètre infaillible de l'opinion régnante ; et sur cette seule indication , nous sommes autorisés à affirmer que le magnétisme est en ce moment ce qu'il y a de plus à la mode. Il est donc de très-bon goût de s'en occuper.

Parmi les productions les plus récentes qui nous

tombent sous la main , 1 'Introduction au magnétisme , de

M. Gauthier, est la plus grave, et s'il est permis de se servir de l'expression, la plus scientifique. L'auteur n'est pas entièrement exempt de la mysticité enthousiaste des adeptes, mais il en use très-sobrement, et il est assez souvent aussi raisonnable que le sujet le comporte. Dans ses recherches sur les origines historiques du magnétisme animal, il n'a pas beaucoup ajouté à ce qu'avaient dit Thouret, Deleuze, Virey, Abrialet autres. 11 paraît très-convaincu que le magnétisme a été pratiqué daus un but médical ou religieux chez tous anciens peuples. Il en suit les traces chez les Egyptiens, les Juifs, les Perses, les Grecs, les Gaulois et les Romains. Pour lui, comme pour tous les magnétistes, les prêtres médecins de l'Egypte et de la Grèce primitive, les thaumaturges de tous les temps, les Apôtres et Jésus lui-même n'étaient que des magnétiseurs. Les prophètes, les sybilles, la pythie étaient des somnambules. On ne peut admettre ce mode d'interprétation exclusive, qui, vu en gros, n'est pas moins arbitraire et improbable que le système prétendu rationnel de M. Dubois et autres, qui ne voient en tout cela que fourberies, fraudes, mensonges, charlatanisme, bref, une comédie perpétuelle entre dupes et fripons. La véritable clé du surnaturalisme historique est encore à trouver; mais, à coup sûr, ce n'est pas dans le magnétisme seul qu'il faut la chercher. Il n'y paraît guère pouvoir entrer que comme un élément secondaire et fortuit.

En théorie, M. Gauthier admet l'existence d'un

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