‹ La médecine et les médecins (volume 2)Chapitre 55 sur 89 · UN POÈME MÉDICAL · texte numérisé non relu

UN POÈME MÉDICAL

tantôt Y autel du dieu d'Epidaure, tantôt le sanctuaire d'Apollon, tantôt la déesse Panacée, etc.

Cette science ne faiblit pas un moment dans le cours de cette œuvre insigne. Fidèle au grand précepte qui exclut de la langue des Muses toutes les expressions vulgarisées par leur emploi dans le discours ordinaire, et qui ordonne de substituer à ces termes trop bas une élégante métaphore, — précepte que ce bonDelille appliqua avec un succès qui n'a pas été surpassé, lorsqu'obligé, en traduisant les Géorgiques, de parler du cochon, il écrivit : V animal qui se nourrit de glands, — notre poëte excelle dans la périphrase. Il n'emploie que les plus authentiques; et s'il s'en permet quelquesunes de son cru, elles portent la marque'de la pénétration de son esprit et de sa forte érudition. Pour lui, par exemple, la chimie, c'est 1 'art d* Hermès ; l'homme, le roi des animaux ou le fils de Japet. S'il veut désigner la mort, il dira alternativement la nuit éternelle, la parque inhumaine, la fille de la nuit, Atropos, Libitine. Le feu est le don de Vulcain. Après avoir si bien caractérisé le feu, on ne sera pas surpris de la manière dont il parle de l'eau qui est Y élément dont le cygne s'arrose. Le vin n'a pas de moins beaux titres; il est à volonté la liqueur delà treille ou le nectar de Bacchvs. Les savants en général sont les favoris de la docte Minerve, les militaires des nourrissons de Mars, Il n'est pas besoin de dire que la justice s'appelle invariablement Thémis, le mariage Y Hymen, le sommeil Morphée , les rivières des nymphes, le soleil Phœbus , la lune Diane, la mer Amphitrite, la guerre Bellone;

le matin les doigts de l'Aurore , le vent Eurus et Borée. Il pousse même l'art jusqu'au scrupule sous ce rapport. En dépit de Boileau qui avait dit : J'appelle un chat un chat, notre poëte ne veut pas qu'on appelle coq un coq ; un coq, selon lui, n'est autre chose que Yoiseau de l'étendard gaulois. Il étend même son attention jusqu'aux poules qui deviennent de grasses nymphes de basse-cour. Il n'a pas davantage admis les pigeons dans son vocabulaire; il les transforme en coursiers de Cypris. L'espérance est un mot assez noble dans le style soutenu; eh bien! M. Andrevetan, par excès de prudence et pour n'avoir rien à se reprocher, préfère dire le legs de Pandore. Par une raison analogue le théâtre des Variétés s'appelle le temple de Thalle, la colonne Y endômeunf lit guerrier, un jardin le parterre de Flore, Les Allemands sont partout des Germains, les Français des Gaulois; l'Angleterre, comme de juste, est toujours la perfide Albion, l'Espagne Ylbérie ; les Siciliens se changent en Sicules et la Sicile en Trinacrie.

S'il n'y a pas une extrême nouveauté dans cessubstitutions poétiques, on ne peut s'empêcher de reconnaître la pureté de leur origine classique et leur rigoureuse conformité aux règles, éloges qu'on n'a plus malheureusement l'occasion de faire aux poésies du jour.

Mais c'est surtout dans les choses médicales, dont le dictionnaire poétique n'a pas encore été élaboré par les maîtres de l'art, que notre auteur déploie toutes les ressources de son esprit inventif. Un autre aurait probablement échoué à désigner noblement le besoin instant

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