‹ La médecine et les médecins (volume 2)Chapitre 56 sur 89 · IN POÈME MÉDICAL. 2G · texte numérisé non relu

IN POÈME MÉDICAL. 2G

de la défécation; il s'est tiré à merveille de ce mauvais pas, à l'aide d'un petit dieu romain fait exprès pour la circonstance, le p7,essant Sterculus. Pour la peste il y avait des précédents; on a su de tout temps en poésie que la peste est une hydre; mais on ne savait pas aussi bien qu'elle est un enfant de Méphytis, un morbide vautour, un fléau pestilent, et enfin un Typhon anthropophage. On ne sera pas moins charmé de savoir comment on peut nommer poétiquement l'organe de la vision appelé vulgairement l'œil; c'est :

Le globe qui transmet la lumière au cerveau.

Il est particulièrement triomphant lorsqu'il a à traiter un de ces sujets scabreux dont la seule idée alarme la pudeur, comme, par exemple, l'affection vénérienne. Il en a désigné quelques formes avec une rare délicatesse. Il transforme les altérations syphilitiques en bourgeons , en fleurs, en fruits et en rameaux, et dans un cas bien caractérisé chez une femme,

Contemplant de son sein les abords et l'entrée, Il voit en espalier l'arbre de Cythérée.

La blennorrhagie a aussi un fort joli nom, le flux de Cypris. A ce flux-là on ne peut comparer, comme grâce et comme goût, que le flux sudoreuxde la variole. La muse de notre digne confrère n'est jamais en défaut; rencontre-t-elle en chemin un hospice d'aliénés, elle y voit un édifice de Momus. Pour elle un accouchement est toujours un travail de Lucine. Si elle parle d'elle-même, comme il arrive si souvent aux muses,

elle se félicite du bon état de "ses nerfs phonateurs et de la puissance de ses cordes vocales. Dans une occasion où elle est saisie à Pimproviste par l'inspiration, on l'entend s'écrier :

Quelle ardeur me parcourt l'enveloppe du corps !

Cette enveloppe du corps substituée à la peau est un trait exquis, auquel on ne pourrait guère préférer que la surpeau pour désigner Pépiderine.

Mais son plus beau coup en ce genre est, sans comparaison, la définition qu'il donne d'une paire degants. Le cas était grave, comme on voit ; mais il ne perd pascourage, et le malencontreux gant, transformé par la puissance de son imagination, devient la dépouille de V agneau l

On aura remarqué, parmi ces citations, quelques expressions hardies et inusitées, comme le flux sudoreux, le fléau pestilent, la surpeau. C'est le propre du génie de créer des mots. Le présent poëme est riche sous ce rapport. Les infatigables rédacteurs du Dictionnaire de l'Académie y trouveront des matériaux qu'ils chercheraient vainement dans les auteurs du grand siècle, et même de tous les siècles. Nous leur recommandons expressément les fièvres infectieuses, Yaphrodisiasme, les exploits hilariants, la femme fornicatrice, le menton glabre de l'adolescent,la gravité douce et exorable de Jupiter, les abominables fœticides qui tuent l'enfant dansle sein de sa mère, et les odeurs anguicides qui donnent la mort aux serpents. Ils ne seront pas moins satisfaits d'apprendre qu'ils peuvent

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appeler la rmUdie en général, et en particulier la peste, un ennemi morbeux, une contestation un conteste, et une défense d'éléphant une arme ossue; que les orties ont des dards grièches, et que sous l'impression du froid le corps se hérissonne. Les poètes, qui sont toujours en guerre avec les difficultés de la mesure, et qui trouvent souvent les mots trop longs ou trop courts pour entrer dans le vers, ce qui les gêne considérablement, profiteront certainement de la recette que notre barde médical a employée dans les vers suivants :

Chez l'Esculape atteint de ces illusions

AccourRErait lui faire un ami charitable,

(Pour l'attirer dehors) ce récit lamentable : et....

Accourrait n'avait que trois syllabes ; il en fallait quatre pour composer les douze pieds légaux du vers ; en mettant accourrerait, la difficulté disparaît. Ce moyen commode a d'ailleurs des autorités, témoin la mairie, que le peuple, cui jus et norma loquendi, prononce etécrit journellement maÎRErie.

Nous nous sommessi démesurément étendu sur les détails de style qu'il nous reste à peine l'espace nécessaire pour dire quelque chose de la composition de cet étonnant poëme. Une analyse nous conduirait trop loin, et d'ailleurs comment analyser une telle poésie sans la détruire ? Bornons-nous donc à direque le titre de l'ouvrage est dignement rempli. Chaque page respire la plus pure morale. Les devoirs du médecin, dans toutes les circonstances plus ou moins délicates où il

peut se trouver, son tracés d'une plume sévère et inflexible. L/envie ou l'ignorance pourront bien contester la valeur littéraire de l'œuvre, mais leurs coups ne sauraient atteindre le caractère de l'auteur. Il suffit de lire vingt de ses vers pris au hasard, pour reconnaître la naïveté de son âme, la candeur de ses sentiments, la droiture de ses intentions. Son vers est essentiellement probe et honnête comme celui de Gilbert; et nous le croyons tout à fait digne d'obtenir pour prix de ses labeurs l'estime et la cordiale sympathie de ses confrères, seule récompense à laquelle il paraît borner ses modestes vœux, dans ces vers touchants, les derniers du poëme:

— Pourrais-je, humble poëte, Avec le nénuphar qui blanchit sur ma tête (I), Tresser, non le laurier, car au sacré vallon Autant vaudrait me dire accueilli d'Apollon ; Mais la sauge, d'estime arbrisseau symbolique, Le lierre amical, l'olivier pacifique ?

Nous manquerions à notre devoir de critique si nous ne justifiions notre sincère admiration par quelques citations de ce beau poëme. On pourrait nous soupçonner de partialité ou de manque de goût, et nous avons à cœur de nous soustraire à ce double reproche. Tout notre regret est de n'avoir pas plus d'espace à notre disposition. Voici pour premier spécimen, la description d'un accouchement laborieux (1er chant, p. 9).

(I) « Les prêtres d'Osiris officiaient la tête ceinte d'une couronne de nénuphar, y. (Note de l'auteur.)

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