‹ La médecine et les médecins (volume 2)Chapitre 63 sur 89 · L'ART A L'ACADEMIE DE MEDECINE · texte numérisé non relu

L'ART A L'ACADEMIE DE MEDECINE

Ce rapprochement paraîtra- t-il incongru? La grave compagnie va-t-elle se récrier et nous dire, en parodiant Orosmane :

L'art n'est pas fait pour moi, je n'en ai pas besoin !

A Dieu ne plaise que nous lui supposions cette fierté de vandale ! L'Académie est une société lettrée, en même temps que savante ; elle est d'ailleurs éminemment française, et, comme telle, sensible aux délicatesses de l'esprit et du goût. Elle compte parmi ses membres plus d'un dilettante dans les beaux-arts. Elle a ou a eu des virtuoses de première force dans le chant, des antiquaires, des numismates, des collecteurs de tableaux, des poètes; il est tel de ses honorables, dans la section la plus prosaïque de la compagnie, qui manie le crayon avec l'esprit et la malice de Cham et de Daumier. On a pu remarquer en cent occasions en quelle estime y sont l'art de bien dire et les fleurs de l'éloquence. On la vit jadis consacrer trois séances consécutives à la question purement esthétique du Costume, et chacun peut, les jours de cérémonie, reconnaître avec quel goût exquis elle résolut ce problème d'ornementation corporelle.

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Mais à quoi bon invoquer des souvenirs? Les murs parlent. Partout où s'arrêtent les yeux, dans l'enceinte académique, ils ne rencontrent que peintures, dorures, inscriptions, bustes, statues, adossés, accrochés, incrustés aux parois. L'étranger qui entre pour la première fois dans ce sanctuaire de la science, se croit au milieu d'un musée, et est tenté de demander le livret. C'est à l'honorable secrétaire perpétuel, qui, par son zèle et son goût éclairés, par sa constante sollicitude pour la gloire du corps illustre dont il est comme l'intendant, a créé en grande partie ces richesses artistiques, qu'il appartient d'en faire la description et l'histoire. On ne trouvera ici que quelques notes prises en courant, destinées à piquer la curiosité plutôt qu'à la satisfaire, un pur verbiage de cicérone, qui aura cependant un titre indéniable à la confiance, s'il ne contient, comme on ose s'en flatter, pas plus de deux erreurs sur trois assertions.

Lorsque, ii y a quelques années, l'Académie royale de médecine abandonna son ancien logis de la rue de Poitiers, qui menaçait ruine, et transporta ses pénates rue des Saints-Pères, elle fit plus qu'un simple déménagement. Par cette installation officielle dans un bâtiment de l'Etat, elle reçut une sorte de consécration nouvelle comme institution publique. Elle subit en même temps, au point de vue décoratif, une brillante métamorphose. Le local de la rue de Poitiers n'était qu'une maison vulgaire ; le nouveau est un monument. On entrait dans le premier par la plus triviale des portes cochères; rentrée du second est un imposant

frontispice, d'une architecture sévère et grandiose, auquel on n'arrive qu'en montant quelques marches, comme à la porte d'un temple antique. Les faisceaux surmontés de la hache, placés clans les entre -colonnements, ne sont peut-être pas un ornement bien convenable pour un édifice consacré aux travaux de l'art salutaire, mais la première République française, qui était très-romaine, aimait ces symboles de la majesté du peuple-roi, et en mettait partout. Si, d'ailleurs, cette austérité architecturale et ces formidables emblèmes de la puissance souveraine peuvent un instant égarer l'esprit sur la destination de l'édifice, il est immédiatement ramené par la statue placée sous le grand arc de décharge, au-dessus de la porte, représentant Esculape assis, accompagné de son mystique associé le serpent d'Épidaure. L'inscription, enfin, Académie impériale de médecine, burinée en belles lettres lapidaires sur la pierre, et non plus, comme à la rue de Poitiers, en banales majuscules peintes sur un vil badigeon de plâtre, complète et fixe invariablement le caractère du monument. L'architecture est un peu comme la musique ; elle ne prend un sens précis qu'à l'aide des paroles.

A la noblesse, à la grandeur du style architectural, le bâtiment de l'Académie joint l'intérêt historique des souvenirs. En 1601, Marie de Médicis, seconde femme de Henri IV, fit, un an après son mariage, venir de Florence quelques Frères de la congrégation hospitalière de Saint-Jean de Dieu, et les établit d'abord vers le quai Malaquafs, dans le lieu qu'occu-

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