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314 MŒURS MÉl). ET CRITIQUE MÉDICO-LITTÉRAIRE.
tribune et le bureau est beaucoup plus avantageusement disposée au point de vue de l'art et de la commodité. Elle occupe à peu près le centre du transsept de l'ancienne église des Saints-Pères et l'emplacement de l'amphithéâtre de Corvisart. Elle forme un quadrilatère régulier, largement éclairé par une fenêtre vitrée^ percée horizontalement au sommet d'une sorte de dôme ou lanterne. Un entablement supporté par des colonnes d'ordre ionique règne tout autour et sert d'appui aux murs sur lesquels s'élève la lanterne. Mais si l'œil est tolérablement satisfait des lignes de cette architecture, l'oreille n'a pas autant à s'en louer. La voix des orateurs, parlant de la tribune, s'évapore, on ne sait comment, à mi-chemin, et n'arrive que par fragments au conduit auditif des assistants. C'est là un inconvénient, probablement irrémédiable ; car, en dépit de tous les Yitruves anciens et modernes, on ne sait rien ou presque rien des conditions de construction qui déterminent les propriétés acoustiques d'une enceinte close et couverte. La théorie mathématique pose des règles que la pratique dément continuellement; et la pratique n'avançant qu'à tâtons réussit ou échoue également par hasard. Quoi qu'il en soit, il est certain qu'il n'y a pas de salle plus sourde au monde que celle de l'Académie impériale de médecine ; ce qui est d'autant plus fâcheux que véritablement il s'y dit quelquefois des choses fort bonnes à entendre.
Il nous reste, pour compléter cette étude pittoresque de l'édifice académique, à dire un mot des éléments décoratifs immédiatement liés à l'architecture
I "AU I A h'ACAWtmE DE MÉDECINE. 31*>
et faisant corps avec elle. Ils se réduisent à peu près à la statue colossale d'Esculape, qui, autrefois placée, sauf erreur, au fond de la salle, à l'endroit où est le bureau, l'est maintenant dans le vestibule. Quelles admirables gens que ces Grecs ! C'est d'eux que nous tenons presque tout notre avoir intellectuel. Dans les sciences, les lettres, les arts, nous hellénisons encore, sans le savoir, comme le firent nos pères et les pères de nos pères. Leur esprit, porté par leur langue, est encore vivant parmi nous. En médecine, nous parlons, pensons et opérons en grec. Ils ont fait même des dieux qui après trois mille ans servent encore. Témoin cet Esculape de l'Académie. Ce dieu fut trouvé dans les caves où des mains impies l'avaient, relégué. Il a été, lors de l'installation de la compagnie dans le local des Saints-Pères, replacé sur son piédestal, où il fait la plus belle figure. Nous ignorons le nom de l'auteur de cette statue en pierre, qui n'est, du reste, qu'une copie, avec quelques variations insignifiantes, des statues antiques d'Esculape qui ont été conservées. Et quel plus beau type de divinité iatrique y aurait-il à chercher après les Grecs? Dans ses images, telles que les avaient formées Phidias, Alcamène, Scopas, images toujours reproduites après ces grands maîtres, il y a, comme l'a remarqué un savant archéologue, quelque chose qui rappelle le souverain des dieux. Ses cheveux sont relevés au-dessus du front et retombent sur ses épaules. Son regard est affable, mais fier. L'attitude de son corps est simple, çrave et pleine de dignité (Clarac). Sous quels traits
pourrait être plus heureusement personnifiée la [médecine?
Et quand on songe que ce beau modèle de dieu médical allait, au moment où F Académie s'en est emparée, être transformé en un saint Jean-Baptiste ! 0 mânes du citoyen Clavareau, vous avez du frémir alors d'horreur et d'indignation! Mais l'Asclépéïon a conservé son dieu et le dieu le culte littéraire et poétique auquel il a droit.
Le mobilier décoratif de l'Académie n'est pas trèsconsidérable. Il n'est même guère susceptible d'augmentation ; car les tableaux couvrent déjà à peu près tout le nu des- murs, et ce n'est que pour des œuvres de sculpture qu'il y a encore, à la rigueur, quelques emplacements disponibles. Mais si, comme quantité, ce petit musée médical n'a pas beaucoup à gagner, il pourrait être avantageusement modifié comme qualité. Certains produits passablement hétéroclites de la brosse ou du ciseau devraient être éliminés, et remplacés par des objets plus convenables au double point de vue de l'art et de la destination. Il faut s'en rapporter pour ces réformes au goût et à la sollicitude du savant secrétaire perpétuel, qui a la haute main dans ces choses. Déjà il se dispose à mettre aux gravats quelques-uns de ces bustes en plâtre du vestibule, sur lesquels une ignoble poussière dessine de noirs méandres que le diligent plumeau du garçon de service est impuissant à balayer. Une gloire en plâtre est d'ailleurs bien fragile. C'est dans le marbre et le bronze que doit être taillée ou coulée celle de nos immortels.