‹ La médecine et les médecins (volume 2)Chapitre 67 sur 89 · I. AIU \ L ACADEMIE DE MEDECINE · texte numérisé non relu

I. AIU \ L ACADEMIE DE MEDECINE

C'est dans cet atrium que se trouve réunie toute la collection iconique sculpturale de l'Académie. Elle est composée de simples bustes, dont la plupart sont placés sous le jour le plus ingrat, particulièrement ceux colloques dans l'embrasure des fenêtres qui ne sont éclairés que de dos, c'est-à-dire du côté qui n'est pas destiné à être vu. Ceux installés entre les croisées ne sont guère mieux partagés. La disposition du local ne permet pas un arrangement plus favorable. Quelques-unes de ces effigies, du reste, ont plus à gagner qu'à perdre à ne pas paraître au grand jour, et on ne leur a fait aucun tort en les plongeant dans une obscurité protectrice.

Nous signalons spécialement au marteau de M. Fr. Dubois les trois plâtres portant les noms de Fouquier, de Guersant et de Scarpa, sculptures qui ont leur place marquée dans la galerie drolatique de Dantan. Celui du baron Portai aurait bien aussi quelque titre à figurer dans cette catégorie, car, grâce à ses dimensions colossales, cette longue tête osseuse, à profil proboscidien, ornée de sa perruque à boudins, ne peut guère être regardée avec le sérieux auquel a droit un personnage de cette importance scientifique et professionnelle, un bienfaiteur de l'Académie. Quelques autres plâtres, tels que ceux de Chaussier, de Pinel, de Larrey, et celui de Dupuytren, qu'une frauduleuse couche de colle, noir de fumée, jaune d'ocre et bleu de Prusse travestit en bronze, ne méritent pas qu'on s'y arrête, malgré les signatures recommandables de MM. Allier. Bra, Eschoet et Desbceufs, puisqu'il est

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entendu qu'ils seront un jour ou l'autre réformés (1).

Un seul de nos illustres a les honneurs du véritable bronze : c'est Marjolin, dont l'artiste (M. Dantan) a rendu avec bonheur la calme et bonne physionomie.

Parmi les marbres, un des plus remarquables est celui de Percy, de grandeur au-dessus de nature, sculpté, avec sa fierté de style habituelle, par David (d'Angers). Tout auprès de cette gloire de la chirurgie militaire, se trouve une des plus modestes personnalités, celle de l'honnête Bouriat, qui, transmué en beau marbre blanc par l'habile ciseau de M. Pierre Robinet, sort enfin du rigoureux incognito dans lequel il a passé les trente ou quarante années de sa vie académique. N'allez pas confondre le jeune artiste, auteur de ce buste, avec son homonyme, l'honorable membre de la section de pharmacie, le terrible exécuteur des Remèdes Secrets, qui manie, dit-on, l'ébauehoir avec autant d'adresse et de verve que le crayon et la plume. M. Pierre Robinet vient de terminer pour l'Académie une œuvre plus importante, la statue de .1. D. Larrey, qu'on aura occasion d'admirer lorsque, après Fexposition,elle sera installée à la place qui lui est destinée, entre les colonnes, à côté du bureau du président, où elle doit faire pendant à une autre statue, placée au côté opposé, celle de Desgenettes; double hommage rendu aux deux glorieux représentants de la médecine et de la chirurgie militaires (2).

(1) La plupart de ces réformes ont été opérées dans le cours de l'année 1856.

(2) Cette statue est maintenant placée, provisoirement, d.ins la d'attente.

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Les deux bustes eu marbre de Pariset et de Béclard, placés sur des gaines, à droite et à gauche de la porte d'entrée du vestibule, comptent parmi les meilleurs; le premier, par M. Gayrard, reproduit avec assez de vérité, mais avec un peu de mollesse, la physionomie si fine, si passionnée, si expressive de l'original ; le second, sculpté par Bra, est d'un modelé plus ferme, d'un style plus monumental, et accuse fortement le caractère de tête grave et viril du célèbre éditeur et continuateur de Bichat.

Un dernier portrait, tout récemment placé sur une console, sûr le mur à gauche, est celui de Double, dont l'originale figure se composait d'un ensemble de reliefs et de plans du goût le plus capricieux, impossible à classer parmi les types réguliers connus. M. Duret a su, avec son habileté supérieure, trouver la résultante de ces éléments confus, le caractère physionoinique. Ce portrait est parlant, et, comme l'original, il parle sur ce ton de haute politesse, de dignité aisée, d'autorité persuasive et d'élégante finesse qui, dans les relations privées comme dans les discussions académiques, donnait tant de poids, tant d'intérêt et tant d'agrément à sa parole (1).

Après toutes ces effigies académiques et médicales qui décorent trois des murs du vestibule, il convient, avant de franchir le seuil de la salle des séances, de saluer respectueusement, en passant, celles du fon-

(1) En septembre 185G, deux autres bustes en inarbre, ceux de Pinel et de Nacquart,' dus à l'auteur de la statue de Larrey, M. Robinet, rmt été ajoutés à la collection.

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dateur de l'Académie, le roi Louis XVIII, et de son haut protecteur actuel, l'empereur Napoléon III. Ces deux bustes en marbre sont de dimension colossale, comme la figure d'Esculape à côté de laquelle ils sont placés. Ces proportions exceptionnelles conviennent à la race des dieux, à laquelle appartient incontestablement Esculape, et à celle des demi- dieux, avec laquelle les empereurs et les rois ont de la parenté. Les Grecs païens et les chrétiens primitifs exprimaient, dans les représentations de Fart, par l'inégalité des grandeurs corporelles l'inégalité de nature des personnages divins et des simples mortels. Tout en respectant le principe, si principe il y a, qu'il soit permis d'observer que ces deux têtes colossales, posées à la hauteur de l'œil sur de maigres supports, n'ont pas, à beaucoup près, la grandiosité de caractère qu'on attend et qui résulte d'ordinaire de l'exagération des dimensions naturelles ; elles ne sont même plus colossales, au sens esthétique du mot ; elles ne sont que grosses, et trop grosses, ce qui est bien différent. On pourrait étendre cette observation aux autres bustes colossaux de la collection qui, placés sur le même plan que ceux de grandeur à peu près naturelle, les font paraître trop petits, tandis que, comparés à ceuxci, ils paraissent eux-mêmes trop grands.

Derrière et au-dessus de ces images des augustes patrons de l'Académie, à droite et à gauche de la majestueuse figure du dieu d'Épidaure, deux grandes plaques de marbre noir portent, inscrits en lettres d'or, les noms des bienfaiteurs de l'Académie. e( la

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date des legs, des dons faits à la savante compagnie, dans l'intérêt de sa gloire, pour l'avancement de la science et le bien de l'humanité. Les monuments épigraphiques sont des éléments décoratifs d'un très-bel effet dans les édifices publics ; ils ont, en outre, par leur destination, une valeur historique précieuse. Que saurions-nous des peuples anciens, Égyptiens, Grecs, Romains, sans les inscriptions dont étaient couverts à l'extérieur et à l'intérieur les murs de leurs maisons, de leurs palais et de leurs temples? Le nombre en est si grand qu'il a fallu instituer des académies spéciales dont l'occupation unique est de les déchiffrer, et, après trois cents ans de labeurs, on paraît avoir à peine tourné les premiers feuillets de cet interminable volumen.

Les noms gravés sur ces tables votives, et sans doute aussi dans le cœur de l'Académie, forment déjà une liste assez longue. Le premier est celui du baron Portal (1833), fondateur d'un prix et donateur d'un portrait de Vésale. Viennent ensuite : — madame B. de Civrieux (1837), également institutrice d'un prix, dont l'Académie a tant de peine à formuler tous les ans, en langue médicale tolérable, un programme qui puisse s'ajuster avec quelque vraisemblance à celui qu'avait rédigé cette bonne dame; — M. le marquis (I'Argentei'il, dont le legs a été la source de toutes sortes de tribulations et de débats judiciaires, heureusement apaisés et terminés; — le docteur Itard (1840) ; — la comtesse de Chatealvillards, née Saratier (4845); - le baron Barbie», membre de

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l'Académie (1846), dont cette inscription nous révèle, pour la première fois, l'existence, le nom, la qualité et le titre académique; — le docteur Lefèvre (1847). — Le dernier nom est celui du bon Capuron (1850). Il sera suivi, lorsqu'il plaira au ciseleur, qu'on ferait, bien de presser un peu, de celui du plus généreux et du plus magnifique de ces bienfaiteurs, Orfila. Une de ces deux tables commémoratives ne contient que quelques lignes. Espérons que l'espace resté vide sera bientôt rempli et que l'Académie aura encore de nombreux noms à associer dans sa reconnaissance, et de nouvelles ressources pour répandre avec plus d'abondance les biens dont elle est l'heureuse dispensatrice.

C'est encore par les décorations épigraphiques que nous commencerons la revue des richesses artistiques de la salle des séances. Elles consistent en quatre encadrements, d'un mètre ou un peu plus de hauteur sur r>0 centimètres de largeur, disposés aux quatre angles de l'enceinte où siège l'Académie, au-dessus de la corniche qui court autour des murs au-dessus des colonnes. Dans chacun de ces espèces de cartouches sont inscrits en or sur un fond peint en bleu (on a ici économisé le marbre) neuf noms de personnages éminents dans la médecine ou dans les sciences accessoires, ayant tous appartenu, à divers titres, sauf une ou deux exceptions, à l'Académie. Ces noms étant le plus bel ornement dont la compagnie puisse parer ses murs, il convient d'en prendre note ici, d'autant plus qu'ils simulent assez bien, par la régularité de

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