L'ART A L ACADEMIE DE MEDECINE. 3^T
cheval donné on ne regarda pas à Ja dent, un peut, à l'égard des antres, s'enquérir de la pensée qui a présidé à leur exécution, et examiner jusqu'à quel point elles satisfont à toutes les convenances de la localité et de la destination.
C'est par ces dernières que nous commencerons notre promenade pittoresque.
Elles se réduisent aux deux grandes compositions placées sur les murs latéraux. Elles sont exécutées sur toile, et n'ont ainsi que l'apparence de peintures murales ; mais, fixées à demeure sur la pierre, elles en font l'office et en prennent le caractère monumental. L'une de ces pages historiques, celle à la droite du président, représente Larrey pansant et opérant les blessés sur le champ de bataille. Debout au centre de la composition, auprès d'un soldat qu'il se dispose à amputer, il reçoit d'un jeune aide-chirurgien un instrument qu'il vient de tirer d'une trousse. A gauche, un fourgon d'une forme particulière rappelle probablement la création des ambulances. Sur les plans plus éloignés on voit, au travers de la fumée, diverses scènes de combats.
L'autre tableau, en face du précédent, offre des images plus calmes. Il nous montre Pinel faisant ôter les chaînes des aliénés de Bicêtre, à la fin de 1792 (1). Autour de lui, à droite et à gauche, sont groupées dans diverses attitudes, et, pour la plupart, représen-
(i) Ce premier essai ne fut fait que sur un petit nombre d'aliénés. L'abolition absolue de l'emploi des chaînes n'eut lieu qu'en l'an VI, alors que Pinel n'était plus à Bicétre depuis deux ans. IL **
tées nues ou à peu près, les figures étranges des insensés réunis là pour Faccomplissement de cette mémorable mesure. La scène se passe en plein air, au milieu d'une des vastes cours de cet établissement qui ressemblent aux places d'une ville. Debout derrière Pinel, un jeune homme, fort bien tourné, vêtu d'un habit fraîchement coupé dans la nouvelle mode républicaine, transcrit sur une feuille l'ordre donné par son chef. Une ou deux ligures accessoires d'assistants, et les servants occupés à détacher les liens des fous, complètent le personnel de la scène.
Ces deux remarquables tableaux sont, comme chacun sait, l'œuvre de M. Charles Muller.
Si l'on tenait à préciser l'opinion favorable qu'on est naturellement disposé à avoir de ces peintures, on pourrait faire valoir la facilité du pinceau, l'esprit de la touche, l'agencement ingénieux des groupes,, le jeu piquant des tons et des lumières, habilement contrastés, et fondus ensuite, comme effet de masse, dans cette harmonie grise, qui est sacramentelle dans la jeune école coloriste. Mais on serait tenté de remarquer en même temps que ces qualités, éminemment pittoresques, ne sont peut-être pas celles qui devraient frapper tout d'abord dans des sujets de haute histoire tels que ceux-ci; et s'il est vrai que, dans les représentations de cet ordre, les effets purement sensibles et les agréments en quelque sorte extérieurs et décoratifs de la peinture, doivent être subordonnés à l'exposition de la pensée, à l'expression du côté intellectuel et moral du sujet, on pourrait craindre que l'artiste n'ait