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postérieurs du cerveau, offre une énorme masse, en forme de besace ou sac, qui forme plus de la moitié du volume total du crâne, et semble contenir une quantité de matière nerveuse double de celle des cerveaux ordinaires. La portion gaucbe est beaucoup plus renflée que la droite. Je ne note point toutes les irrégularités de détail, me contentant de signaler ce qu'il y a de plus apparent et de plus caractéristique , c'està-dire le volume. Trois ou quatre organes seulement sont compris dans ce vaste espace, Y amour physique, l'amour de la progéniture , Y amour de l'habitation , Y amitié y la vanité, et sur les limites le courage.
Si, comme votre système nous l'apprend, la symétrie et une juste proportion dans le développement des parties cérébrales donnent l'idée de l'équilibre des facultés intellectuelles et morales ; si par la même raison l'irrégularité et le désordre physiques sont l'indice d'une anarchie mentale correspondante, l'être que nous examinons a dû être un monstre psychique. Son esprit a dû présenter l'image du chaos comme sa tête. Je ne sais pas précisément à quels résultats on arriverait en interprétant les signes fournis par cette tête, d'après vos règles, et je doute même que, vu la complication et le nombre des éléments à évaluer, deux phrénologistes sur cent portassent le même pronostic ; mais ce qu'il y a de certain, c'est que tous s'accorderaient à prononcer qu'il y avait dans cette infortunée fille, folie, idiotisme, penchants anomaux, monomanie. Tous diraient unanimement qu'elle doit être rangée dans la classe de ces malheureux crétins du Valais, ces
PBRBAOLOGIE. — L ENDIENISE MAltl AMME. o(J
rebuts de l'espèce humaine, réduits, par le vice de leur organisation, à la condition morale des brutes; ils pourraient diversement s'expliquer sur les détails, et construire chacun un monstre particulier, mais à coup sûr tous feraient un monstre. Ils raisonneraient trèsconséquemment à leur principe, et tous cependant se tromperaient complètement, comme le prouve l'histoire de cette jeune Indienne. M. le docteur Souty a observé le sujet pendant plusieurs mois avec beaucoup de soin ; il a recueilli dans le pays toutes les informations qui pouvaient l'éclairer. En voici la substance : Cette fille nommée Mariammé, et âgée de 17 à J 8 ans, appartenait à la caste Paria. Dans son enfance on l'employa aux travaux de ménage et de la campagne; elle s'en acquittait très-bien et l'on n'a jamais remarqué chez elle moins d'intelligence que chez ses compagnes, ni des goûts particuliers , ni le inoindre acte de folie. Elle n'a d'ailleurs ni douleurs de tête, ni paralysie. Les fonctions seules des sens externes sont altérées par suite des déformations de la face dont je n'ai point parlé. Elle ne voit que d'un œil, l'autre étant malade et désorganisé ; elle a peu d'odorat, les fosses nasales étant oblitérées par une énorme tumeur; enfin une tumeur analogue, développée à l'orifice du conduit auditif externe gauche, la rend sourde de ce côté. Mais toutes les fonctions propres du cerveau sont intactes. Cette jeune fille exploitait la crédulité publique, et se disait envoyée par la déesse Mariatta qui envoie aux Indiens la variole, maladie à laquelle elle rapportait l'origine de sa difformité. Elle arrachait ainsi quelques
aumônes en effrayant de sa présence les femmes, les enfants et le peuple superstitieux de ces pays. M. Souty pense que sa difformité est congéniale ; dans tous les cas elle existe depuis son enfance. Elle n'a pas voulu venir en France malgré les sollicitations de M. Souty qui a fait lui-même prendre le moule de sa tête avec la plus rigoureuse précision.
Nous avons toute raison de nous en rapporter au témoignage d'un observateur aussi judicieux que le paraît être M. Souty, et le fait est à l'abri de toute objection sous le rapport de son authenticité. On ne peut disputer que sur son interprétation.
Ainsi il nous paraît prouvé qu'une déformation monstrueuse du crâne a existé chez ce sujet, sans entraîner un dérangement sensible soit dans les facultés intellectuelles, soit dans les penchants et sentiments, ce qui nous semble ébranler beaucoup la doctrine de Gall.
Je ne vois pas comment dans vos idées on pourrait surmonter cette difficulté. Vous ne pourriez accorder, d'une part, qu'une intelligence saine ait pu habiter dans un cerveau si monstrueusement déformé, sans abandonner votre principe fondamental qui subordonne expressément le moral à certaines conditions organiques déterminées par vous. Vous ne pouvez pas, d'autre part) alléguer que les déformations du crâne ont pu ne pas influer sur la constitution du cerveau, sans enlever à votre système sa seule et unique base, sa seule garantie, sa seule démonstration, c'est-à-dire la cranioscopie. Si, en effet, vous conveniez que, dans ce cas, la maladie ou une disposition originelle ont
PHRÉN0L0GIE. — L'iNDIENNE MARIAMMÉ. Il
fait subir au crâne des déviations aussi considérables sans que le cerveau y ait participé, toutes vos classifications, distinctions et localisations seraient ébranlées, car elles reposent toutes sur la supposition préalable de la correspondance anatomique parfaite et continue du crâne avec l'encéphale. Que deviendraient toutes vos observations sur les bustes et portraits, sur les têtes des hommes vivants, des animaux, si cette correspondance n'existait pas, au moins dans les limites que vous avez posées? Vos plus belles recherches d'ostéogénie ont eu pour but d'établir ce fait anatomique, sans lequel votre doctrine serait impossible; vous n'avez jamais déployé autant de sagacité et de science que dans la détermination des causes qui peuvent modifier la forme extérieure du crâne, et dans la réfutation de ceux de vos adversaires qui voulaient rendre le développement du crâne indépendant de celui du cerveau. Il est vrai que vous n'avez pas nié que le crâne pût être primitivement dérangé dans son ossification, mais en même temps vous avez soutenu que cette altération était nécessairement transmise au cerveau, et que, dans ce cas, les fonctions sont inévitablement troublées.
Le fait que je discute est en contradiction directe avec ces principes, comme je viens de le faire voir; car il démontre Tune ou l'autre de ces deux propositions:
1° Ou que l'intégrité des facultés intellectuelles et morales peut subsister avec un cerveau monstrueux;
2° Ou que le crâne peut être monstrueux sans que le cerveau participe à sa déformation.
*î MÉDICO-PSYCHOLOGIE ET PSYCHO-PHYSIOLOGIE.
Et vous ne pouvez accorder Tune ou l'autre sans compromettre gravement toute l'organologie de Gall.
Je suis loin d'avoir épuisé les conséquences du fait que j'ai sous les yeux ; il faudrait pour leur donner toute l'évidence que j'y aperçois, et plus de temps, et plus d'espace que n'en comporte cette lettre. Je vous livre cependant ces doutes, tout incomplètement exposés qu'ils sont. Vous êtes plus en état que moi de décider s'ils sont fondés ou non.