‹ La médecine et les médecins (volume 2)Chapitre 74 sur 89 · V10MIE ET PHYSIOLOGIE DES ARTISTES · texte numérisé non relu

V10MIE ET PHYSIOLOGIE DES ARTISTES

la connaissance de la grammaire chez un écrivain. Il est honteux de l'ignorer, mais un auteur serait peu flatté des compliments qu'on lui ferait sur cet article.

La considération des mouvements nous conduit à la physiologie; car il n'y a pas une action et fonction de l'être vivant qui ne se réalise en un fait de motilité; et il n'y a pas un phénomène de motilité visible, soit général, soit partiel, qui ne soit figurable par le dessin. Le physiologiste peut donc être tenté , au même titre que l'anatomiste, à opiner sur une œuvre d'art.

Parmi les actes organiques, objets communs d'observation et d'étude pour le physiologiste et pour l'artiste, les plus intéressants pour le peintre et le sculpteur, sont ceux qui expriment les états de l'âme, les opérations de l'intelligence, les déterminations de la volonté, et constituent la mimique et la physiognomonie. Leur principal théâtre est le visage, ce miroir de l'âme. La séméiotique faciale fait partie de l'art médical; et on ne peut disconvenir que son étude ne fournisse au médecin des indications précieuses sur l'état physique et moral de son malade. Un médecin, toutes choses égales d'ailleurs, semblerait donc devoir être meilleur physionomiste qu'un homme du monde; et pourtant il n'en est rien. La connaissance de la physionomie est si importante, et les occasions d'expérimenter sont si nombreuses dans la vie, le langage muet du visage est d'ailleurs d'un usage si universel, que la plupart des hommes sont physionomistes, pour ainsi dire, par instinct, et que, de même que tous parlent ce langage naturel, tous aussi le comprennent immé-

diatement et sans étude préalable. Il suffit pour s'en assurer de voir la foule, dans un théâtre, saisir instantanément les plus fines intentions du geste , les plus fugitives indications d'un mouvement de l'œil ou de la bouche, et à plus forte raison les signes plus manifestes des principales passions. S'il fallaitêtre anatomiste, physiologiste ou pathologiste pour avoir l'intelligence de ces choses, il n'y aurait pas de théâtre, ni de peinture, ni de sculpture possibles. Je ne nie pas qu'un œil exercé à ces sortes d'observations ne parvienne à faire la découverte de quelques signes inaperçus ; mais cette découverte fort utile, peut-être, pour celui qui l'a faite, ne saurait jamais être un objet d'imitation, parce qu'elle serait inintelligible. L'art ne prend, parmi les révélations physionomiques, que celles qui ont un caractère universel et invariable. C'est ce qui fait que, de toutes les qualités de la peinture, Yexpression est celle qui frappe le plus vivement le peuple et la seule même qu'il puisse comprendre suffisamment bien. Quand je parle de Yexpression, il faut entendre celle qui a pour objet les passions et les états de l'âme les plus généraux, comme le rire, les pleurs, la colère, l'effroi, la tristesse, l'abattement, le dédain, etc. ; car il est certains sentiments, certains états intellectuels, ou certaines qualités de l'objet, qui dépasseront toujours la portée desiacultés de la multitude, quelque vivement exprimés qu'ils soient par l'art. La sublimité du saint Michel, de Raphaël, la grandiose beauté de la Vénus de Milo, la prostration religieuse de saint Bruno en prières, seront toujours lettres closes pour la foule, et les composi-

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