‹ La médecine et les médecins (volume 2)Chapitre 80 sur 89 · DE BLAINVILLE ET SON PANEGYRISTE M. FLOURENS · texte numérisé non relu

DE BLAINVILLE ET SON PANEGYRISTE M. FLOURENS

L'éloge de Blainville offrait des difficultés particu-

i V Éloge de Blainville, par M. FloureDS, fut lu dans la séance annuelle de l'Académie des sciences du 30 janvier 186 i.

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lières. L'illustre mort s'était fait dans l'Académie, dans l'université, dans la société, plus encore que dans la science, une position exceptionnelle d'isolement et d'indépendance dont il était le seul à sentir les avantages et surtout l'agrément. Peu d'hommes ont, sous ce rapport, joui d'une réputation aussi incontestée, et, tout porte à le croire, aussi bien méritée. La physionomie morale de cet intraitable humoriste se résume dans ce mot de Cuvier : « Demandez à M. de Blainville son opinion sur quoi que ce soit, ou même diteslui seulement bonjour, il vous répondra : Non. » Ces propriétés de son caractère paraissent avoir fait plus d'impression sur ceux qui l'approchaient que les qualités de son esprit, qui exigeaient, pour être appréciées, une étude plus longue. Cette impression a dû être bien forte, puisqu'elle subsiste encore après plusieurs années ; elle s'est imposée même à son panégyriste, qui a dû pourtant chercher à s'y soustraire, ou du moins à la dissimuler, et qui n'y a pas peut-être assez réussi. L'éloge a gagné par là un certain piquant que le genre ne comporte guère. Cette manière de louer est avantageuse pour l'orateur, mais aucun académicien, — et le savant secrétaire perpétuel tout le premier, — ne serait probablement très-aise qu'on en usât pour lui. A l'Académie française, un de nos grands maîtres de style et de bel esprit manie avec la plus agréable perfidie cette forme d'éloge épigrammatique. Il ne fait pas bon passer par ses mains, fût-ce même comme lauréat d'un prix de vertu. Ses plus douces caresses finissent inévitablement par une H.

égratignure, toujours faite, bien entendu, par mégarde, par pure maladresse. M.Flourens a dû souvent admirer ces jeux de main dont on a dit qu'ils ne plaisent qu'à ceux qui les font.

Il y avait cependant un côté plus sérieux à aborder dans ce remarquable personnage scientifique. Personne n'était plus capable que M. Flourens de soumettre les travaux et les idées de cet esprit original et vigoureux à un examen critique approfondi. Il le fera quelque jour sans doute, comme il l'a fait pour Cuvier. Obéissant au besoin d'être court, mérite qu'il recherche en tous ses écrits et qu'il possède, séduit en outre peutêtre par le désir, bien naturel, de profiter de l'avantage que lui offrait, devant un public étranger, en grande partie, aux recherches et à la langue de la science, le portrait moral de l'homme, il s'est borné, dans l'exposition de sa pensée scientifique, à quelques généralités sommaires, nécessairement insuffisantes pour en bien marquer la portée et le caractère. « Avec son Anatomie comparée (1822), dit M. Flourens, parut une doctrine nouvelle. » En quoi consistait cette nouveauté? Dans la méthode d'investigation. « Cuvier avait traité l'anatomie comparative par la méthode expérimentale qui va des faits aux idées ; M. de Blainville prit la méthode opposée, » qui apparemment va des idées aux faits. Mais est-ce bien là le caractère différentiel des méthodes ou plutôt de la doctrine zoologique de ces deux naturalistes? Est-il même bien certain qu'il existe pour l'esprit humain deux procédés logiques ainsi opposés? L'est-il surtout que l'un

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