CHER VIN
des débats soulevés par Chervin sur cet objet favori ou plutôt unique de son intérêt. Quelques jours avant sa mort, il pétitionnait encore auprès des chambres, où son nom avait été proclamé avec éclat comme celui du plus habile et du plus courageux adversaire de la. législation sanitaire. Cet hommage tardif a été le premier qu'il ait reçu de la reconnaissance publique. Trois mois à peine se sont écoulés depuis cette manifestation, qui remplit son cœur de joie, plutôt comme un augure favorable de la réalisation prochaine de ses vues que comme jouissance d'amour-propre, et il est allé mourir sous le toit hospitalier d'un confrère. Chervin a lutté contre la maladie et la mort, comme il avait lutté toute sa vie contre les adversaires de ses opinions, avec un courage calme et actif tout à la fois et un esprit de ressources inépuisable; et, quand il s'est senti définitivement vaincu, il a dit adieu à la vie avec la sérénité d'un philosophe et la résolution d'un soldat. Son dernier acte a été son testament. II y fait simplement et dignement l'aveu de sa noble pauvreté, et il charge la patrie, qu'il a si bien servie, de l'acquittement de ses dettes. Son legs sera-t-il accepté (1) ? Chervin, avons-nous dit, n'était ni une intelligence, ni un savant d'un ordre supérieur. Au point de vue purement scientifique, il n'a rien trouvé de bien important et de bien nouveau sur la maladie même qui a fait l'objet de ses recherches spéciales et exclusives.
(1) Voyez Notice historique sur Chervin, par Fr. Dubois d'Amiens. {Mémoires de l'Académie de médecine, Paris, 1846. T. XII, pag. lvi.)
Cependant il ne manquait ni de talent, ni d'esprit. Il en a déployé beaucoup dans les polémiques multipliées où il s'est trouvé engagé. Il avait un jugement droit, une mémoire excellente, beaucoup de finesse et de logique dans la dispute, et surtout un esprit de suite qui le rendait particulièrement incommode à ses adversaires. Il aimait en toutes choses la précision et le détail, et faisait volontiers tourner une simple conversation en enquête régulière. Il était d'ailleurs aussi dévoué aux intérêts de ses confrères, une fois qu'il les avait adoptés par raison, qu'à sa cause même de noncontagioniste. Ami sincère, ouvert et dévoué, il ne commit jamais la moindre de ces petites trahisons dont les relations les plus honnêtes d'ailleurs, ne sont presque jamais exemptes. On a pu avoir à se plaindre de l'exigence de ses opinions et de la chaleur de ses antipathies, mais jamais de la droiture de son caractère. II était aussi loyal dans la guerre que dans la paix.
Quelque jugement qu'on porte sur la valeur intrinsèque de ses travaux sur la fièvre jaune, au point de vue médical, on ne saurait nier qu'ils n'aient fortement influé sur l'opinion publique, non-seulement en Europe, mais encore en Amérique et partout. Il a converti le public médical au non-contagionisme, qui est devenu aujourd'hui l'opinion dominante (1). Si, comme tout le fait prévoir, cette opinion, en se consolidant, détermine enfin quelque grande réforme dans les mons-
(1) Cette opinion paraît avoir subi depuis quelques années un revirement. Le contagionisme est redevenu contagieux. C'est surtout en médecine qu'on pourra toujours dire : Multa renascentur, etc.
PORTAI.. 'il'»
trueux abus des établissements sanitaires européens, c'est à Chervin qu'en reviendra la principale part de gloire, et son nom se trouvera associé à une des plus grandes et des plus utiles mesures administratives suggérées aux gouvernements modernes par les lumières de la science.