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Portai, plus que nonagénaire, avait depuis longtemps terminé sa carrière scientifique, sinon sa carrière médicale professionnelle. Il était devenu déjà, quoique vivant, un personnage historique ; et bien des gens ont pu éprouver quelque surprise en entendant annoncer la mort d'un médecin qui professait Fanatomie sous Louis XV.
Né dans le Midi , Portai fit ses premières études
(1) Mort à Paris le 28 juillet 1832. Né à Gaillac, le 5 janvier 1742, Antoine Portai était baron de l'empire, ex-premier médecin des rois Louis XVI11 et Charles X, président d'honneur de l'Académie de médecine, professeur d'anatomie au Collège de France et au Muséum d'histoire naturelle, membre de l'Académie des sciences, etc., etc. Ses principaux ouvrages sont : Précis de la chirurgie pratique, etc., 1768; 2 vol. — Histoire de l'anatomie et de la chirurgie, etc., 1770; 7 vol. — Cours d'anatomie médicale, 1804 ; 5 vol. — Traités de la phihisie pulmonaire, 1792; 1 vol. 2« édition, 2 vol.; — des maladies du foie, — de l'hydropisie, 1824; 2 vol. ; — de l'épilepsie, 1827 ; 1 vol. ; — Un très-grand nombre de Mémoires dans les recueils académiques et scientifiques sur des sujets d'anatomie, de chirurgie et de médecine pratique dont une grande partie a été réunie et publiée par lui sous le titre de : Mémoires sur la nature et le traitement de plusieurs maladies, 1800 à 1825; 5 vol. in-8. Il travaillait encore, au moment de sa mort, à un ouvrage sur la goutte, dont il avait lu de? fragments à l'Académie des sciences.
médicales à l'école de Montpellier, alors plus illustre que celle de Paris. Il s'y distingua par une grande ardeur de travail et le goût, alors moins commun qu'aujourd'hui, des recherches anatomiques. Venu à Paris en 1766, il remplaça Ferrein dans la chaire d'anatomie au Collège de France, dont il était encore titulaire au moment de sa mort. En 1777 il fut nommé, par le patronage de Buffon, à une seconde chaire d'anatomie au Jardin des Plantes. Il se livra dès lors à la pratique de la médecine et arriva bientôt à une de ces vastes clientèles dont l'acquisition ne peut pas, le plus souvent, être expliquée par le talent seul, il faut, pour les former, la mystérieuse coopération de cette puissance occulte qu'on appelle le bonheur. C'est là aussi un des secrets de l'art médical. Grâce à ces succès, Portai se créa une grande et belle existence et en jouit pendant soixante ans sans interruption et sans trouble. Il a ainsi offert aux nombreuses jeunesses médicales écoulées devant lui un modèle, non moins digne que ses travaux scientifiques d'exciter l'émulation, quoique infiniment plus difficile à imiter.
C'est probablement à ce développement de sa pratique médicale qu'il faut attribuer le changement de direction de ses recherches. Pendant les plus laborieuses années de sa jeunesse, il s'était livré presque exclusivement à l'étude de l'anatomie, de la chirurgie et de la médecine opératoire. Il débuta à Paris par des travaux tout à fait spéciaux sur les maladies chirurgicales, qu'il fit connaître dans une suite de Mémoires présentés à l'Académie de chirurgie. A cette
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époque, du reste^ la chirurgie, si longtemps abais s'était relevée dans l'opinion ; elle brillait d'un éclat inconnu jusque-là , grâce aux travaux des illustres membres de l'Académie fondée par Mareschal et Lapeyronie, et fixait L'attention générale. La médecine, moins bien représentée, surtout dans l'école de Paris, cédait le pas à sa jeune rivale. Bientôt, cependant, Portai, qui n'espérait peut-être pas acquérir dans la carrière chirurgicale, alors occupée par tant de grands maîtres, le rang professionnel auquel il aspirait, abandonna à peu près complètement les travaux du laboratoire anatomique, et se tourna vers les nouveaux sujets d'étude que lui fournissait sa pratique. Il y apporta le même talent d'observateur, la même solidité de jugement, le même tact pratique et le même goût de l'érudition. Les ouvrages qu'il composa dans cette seconde période sont beaucoup plus nombreux et plus connus que ceux de la première. lis ont les uns et les autres rapidement vieilli. Le plus important, et celui qu'on peut consulter utilement encore, malgré les immenses progrès de la branche de science auquel il est consacré, est son Cours cl anatomie médicale, le premier grand et sérieux travail d'anatomie pathologique qui ait été exécuté en France. Portai peut être considéré comme un des fondateurs de cette science, et il y tiendrai' une place bien plub énjînente, s'il n'avait pas eu pour prédécesseur Morgagni et pour successeur Laënnec. Son iivre, l'ait sur lt modèle de l' Historia anàtomîco-medicà de son contemporain Lieutaud. est suranné par les
idées; mais, comme recueil de faits et travail d'érudition, il est comparable, pour la richesse, au Sépulcretum de Th. Bonnet, et bien supérieur par la critique.
La plupart des autres ouvrages de Portai sont de simples monographies destinées principalement à l'instruction du praticien plutôt que du pathologiste. Fruits de l'expérience personnelle de l'auteur, qui avait un sens droit et un esprit observateur, ces écrits sont de bons guides pour tout ce qui concerne le diagnostic et le traitement. Ils peuvent être rangés parmi ces productions de peu d'éclat, mais de grande solidité, qu'on désigne sous le nom de classiques. Conçues et composées en dehors des systèmes, elles survivent à tous les systèmes auxquels elles rendent le service de fournir les faits dont ils ont besoin. Elles ne supposent ni du génie, ni même des talents transcendants, mais du bon sens, de la pénétration, de l'étude, du travail et une certaine aptitude innée pour l'art médical. Portai réunissait toutes ces qualités à un assez haut degré pour que ses opinions et ses livres puissent prétendre à quelque autorité.
Portai n'a attaché son nom à aucune doctrine ; aucune doctrine ne peut non plus le revendiquer. Il a toujours été assez étranger au mouvement de la science. C'était un travailleur solitaire, qui regardait à sa manière, et rendait compte de ce qu'il savait dans un langage particulier. Isolé au milieu de la lutte des systèmes qui ont tant agité le monde médical depuis trente ans, Portai n'a dérangé en rien les habitudes de