‹ La médecine et les médecins (volume 2)Chapitre 85 sur 89 · PORT AL · texte numérisé non relu

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son esprit, ni déplacé le champ de ses observations. Aussi ses monographies de 1822 et 1827 ressemblent parfaitement à celles de 1780 ; elles paraissent sorties le même jour du même moule, quoique dans les derniers temps il ait été aidé, dit-on, dans la rédaction de ses ouvrages.

On pourrait dire des livres de Portai ce qu'un ancien biographe a dit des habits de Guy-Patin : « qu'ils faisaient nargue à la mode. » Us formaient avec la littérature médicale actuelle le même contraste que la personne même de l'auteur avec ses contemporains. Il faut avoir vu Portai en habit français, en perruque, la canne à pomme d'ivoire à la main, et en souliers à boucles d'argent, au milieu de ses collègues de l'Académie de médecine, à cheveux rasés, en frac anglais, en pantalons et en bottes, pour bien comprendre la forme de ses écrits et s'expliquer l'impression qu'ils produisaient sur le lecteur moderne. Au reste, ce singulier contraste a cessé aujourd'hui. L'auteur de ces livres étant mort, ils n'ont plus rien d'étrange; rien n'empêche qu'on ne les suppose écrits avant la fin du dixhuitième siècle; ils peuvent alors être consultés avec fruit comme ceux de Lieutaud, de Sénac, et autres médecins observateurs de ce temps.

Il est surprenant qu'étant si peu jaloux de se familiariser avec la science et les formes littéraires modernes, Portai ait d'ailleurs mis tant de soin à entretenir avec le siècle toutes les relations sociales et de profession. Personne n'a poussé plus loin le zèle dans ses devoirs d'académicien, ni fait preuve d'une plus

rigoureuse assiduité. Acteur obligé de toutes les solennités scientifiques, on ne Ta jamais vu reculer devant les fatigues de la représentation. On ne pouvait pas lui appliquer, sous ce rapport, ce que le poëte a dit du vieillard : « qu'il ne vit pas, et ne fait qu'assister à la vie , » Portai vivait très-volontiers et très-positivement. Parvenu à l'âge de quatre-vingts ans, époque où la plupart des hommes s'enferment quand ils ne meurent pas, il ne crut pas au-dessus de ses forces d'accepter la place de premier médecin du roi Louis XVIII. Louis XVIII mort, il se chargea encore de la santé de Charles X, et on a eu toutes les peines du monde à lui persuader qu'il n'était pas le médecin de Louis-Philippe. A sa mort, il était encore en possession de deux chaires qu'il occupait depuis plus de cinquante ans. Il soignait avec la même ponctualité sa clientèle, et ne refusait jamais de se rendre à une consultation.

Le baron Portai, ainsi que quelques autres célébrités scientifiques de l'empire, était peut-être plus connu à l'étranger qu'en France. Ses ouvrages sont plus souvent cités par les Anglais, les Italiens et les Allemands, que dans les livres français. C'est ainsi que bien des noms ne sont devenus populaires en Europe que grâce à ces baptêmes de noblesse conférés par Napoléon, et qui, vingt ans après la chute de l'empire, exercent encore une espèce de prestige sur les imaginations. Plusieurs de ces vieux débris encore dobuut laissent souvent douter si ce sont eux qui ont illustré l'empire ou si c'est l'empire qui les a illustrés. Portai n'avait pas

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besoin d'un parchemin pour se taire un nom distingué dans la science ; mais s'il a dû ses titres et ses places à son mérite, il est permis de croire cependant que sa réputation a dû ensuite quelque chose à ses titres et à ses places.

La postérité, qui depuis tant d'années était arrivée pour Portai, mais qui parle seulement aujourd'hui, éteindra vraisemblablement quelques rayons de cette renommée officielle dont il a joui, comme tant d'autres de ses contemporains. Il laissera en définitive lamémoire d'un médecin habile et savant, d'un observateur judicieux, d'un esprit fin, délié et positif, dont les ouvrages peuvent fournir d'utiles conseils aux praticiens, et dont la vie peut être donnée pour exemple à ceux qui voudront ne pas séparer les intérêts de l'art de ceux de leur fortune.

C'est à ceux de ses confrères qui ont approché de sa personne à fournir à la biographie quelques détails sur les qualités privées du baron Portai. Ceux qui ne l'ont connu que dans sa vie publique et de représentation, ne peuvent témoigner que de l'empressement respectueux qui partout éclatait en sa présence. Jeunes et vieux se levaient devant lui comme ils auraient pu faire devant l'ombre du siècle passé. Ce n'est pas à nous de décider si ces marques extérieures de déférence étaient un hommage rendu à la dignité du caractère et à l'autorité de la science plutôt qu'aux vénérables vestiges de la vieillesse.

H1PPOLYTE ROYER-COLLARD (1).

Avec une nature des plus richement douées, une intelligence ouverte, vive, compréhensive, un tour de pensée élevé et philosophique, une curiosité toujours en éveil pour tous les genres d'études, Hippolyte Royer-Collard n'avait pas, à proprement parler, l'esprit scientifique; il manquait, du moins, de ce qui donne à cet esprit une assiette, une base, une direction déterminée ; il n'avait pas le lest. Il n'a jamais voulu ou su spécialiser, et, pour ainsi dire, localiser ses méditations ; son intelligence était prompte mais peu appliquée; très-active, mais ni laborieuse, ni patiente. Il avait, à un haut degré, le sens critique qui fait tout regarder et tout comprendre, mais qui est, en général, l'opposé du sens inventif qui ne regarde qu'une chose et s'y fixe. Un autre caractère de son esprit était cette recherche de la forme qui, dans tous ses écrits, le préoccupait au moins autant que le fond. Il aimait en cela aussi la toilette. Son goût et son aptitude pour la philosophie ont pu contribuer encore à mettre de l'indécision dans ses travaux scientifiques; car la philosophie vit de généralités, et, devant tout embrasser, nécessairement s'éparpille. Peut-être, enfin, a-t-il manqué à H. Royer- Collard, ce dur, mais salutaire stimulant de tout travail que connut Perse :

Magister artis, ingenique largilor

Venter.

(1) Mort le 20 décembre 1860.

HJPPOLYTE ROYER-COLLARD. iw23

Il parait du moins, dans les premières et les plus belles années de sa carrière, n'avoir traité la science que comme un noble amusement de l'esprit, comme une sorte d'exercice intellectuel difficile et rare dans lequel il était flatteur de briller, sans cependant en faire état. Ce n'est que vers la dernière période de sa vie, au moment où, saisi par la maladie, il se sentit séparé de ce monde qu'il aimait trop, qu'il se réfugia sérieusement dans la science, et entreprit, un peu, ce semble, comme par une fantaisie de malade, mais avec une résolution que ses forces devaient malheureusement trop tôt trahir, des travaux suivis et positifs. Il n'a donc guère été dans la science que ce qu'on pourrait appeler un brillant amateur. Il sut en parler, en écrire, l'enseigner, avec intérêt, avec talent, avec pertinence même, quoique jamais précisément en homme du métier. Supérieur par l'esprit, la culture, l'instruction, le talent à bon nombre de ses confrères en science et en enseignement, il n'avait pas cependant l'autorité de la plupart d'entre eux; il a été dans l'école, dans l'Académie, dans la littérature et la profession médicale un ornement plutôt qu'un membre actif et utile. Ce rôle n'est, du reste, pas commun : il suppose de rares qualités d'esprit et de caractère. Le travail, l'application, l'exemple, font assez aisément des savants, des professeurs estimés, consultés, cités. La nature seule forme ces hommes de distinction qui valent par eux-mêmes, indépendamment de leurs œuvres ; supérieurs non par ce qu'ils font, mais par ce qu'ils sont.

iv2i FRAGMENTS BIOGRAPHIQUES.

Ainsi a passe , on courant et flânant dans la science, dans la profession et dans renseignement, un ingénieux, aimable et brillant esprit, qui promettait tant et qui aurait peut-être tout tenu, s'il ne s'était pas appelé Royer-Collard et s'il n'avait pas porté des gants jaunes (1).

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