‹ La médecine et les médecinsChapitre 11 sur 35 · VI · texte numérisé non relu

VI

Vulgarisation des sciences. — Popularisation de la médecine.

Née dans les temples , la science n'est d'abord qu'une dépendance de la religion. Ses principes sont des mystères, ses moyens d'expression des oracles, des symboles, des mythes, son enseignement une initiation, ses docteurs des prêtres. Dans cet isolement primitif qui dure plusieurs siècles son caractère est l'immobilité. Son premier signe de vie, après ce long

VULGARISATION DES SCIENCES. 1 ï'\

repos, est sa sortie du sanctuaire, sa Sécularisation. Les écoles des philosophes remplacent les collèges des prêtres. Cette sécularisation est d'abord incomplète, et conserve en partie les formes de l'ancienne organisation. La science n'est plus précisément un mystère, mais elle est toujours un monopole; son enseignement n'est plus une révélation religieuse faite à quelques rares privilégiés sous le sceau du secret, mais il n'est pas non plus complètement public. Pendant longtemps le principe hiératique se maintient dans les écoles à côté du principe populaire, car on y enseigne concurremment une doctrine publique (exotérique) , c'est-àdire accessible à tous, et une doctrine privée (ésotérique) réservée à quelques-uns. Dans cette phase de son développement extérieur, le rôle et le rang de la science et des savants dans la société ne sont pas très-sensiblement modifiés. L'acquisition des connaissances est toujours recherchée plutôt comme un instrument de supériorité, d'autorité, de domination, qu'en vue des services qu'elle peut rendre aux hommes; bien plus comme un rare et brillant joyau , propre seulement à flatter la vanité du possesseur, que comme une source d'applications utiles à l'humanité. De là la tendance des savants de l'antiquité à cacher, autant que possible, au vulgaire l'origine et le contenu réel de leur savoir; de là le secret et les enveloppes énigmatiques dont étaient couverts les procédés des arts. Le peuple encourageait lui-même ces habitudes de mystère par 1 e respect superstitieux dont il entourait les hommes qui passaient pour avoir puisé la science aux sources

les plus cachées, et celte science lui paraissait d'autant plus admirable qu'elle s'éloignait davantage, par ses formes, son langage et son mode de transmission, des connaissances usuelles.

Telles ont été la marche et la position sociale de la science dans l'antiquité. Son développement s'est fait à peu près de la même manière dans la civilisation moderne. Primitivement concentrée entre les mains du clergé et des ordres religieux, elle se sécularise d'abord imparfaitement dans les écoles carlovingiennes, puis plus largement dans les universités ; aux universités s'ajoutent plus tard les académies qui agrandissent le cercle. C'est vers l'époque de Galilée, de Bacon et de Descartes, et surtout par l'imprimerie, que la science a définitivement et ouvertement rompu avec les habitudes traditionnelles du passé. Tous les voiles ont été alors déchirés, et il n'y a plus eu de profanes. La science est devenue un domaine commun que tous ont pu cultiver dans l'intérêt de tous.

Les moyens de transmission ont eu un développement parallèle à celui de l'esprit scientifique : d'abord de simples communications individuelles, des révélations d'homme à homme, puis un enseignement donné à plusieurs, ensuite à tous, plus tard les livres manuscrits, puis les livres imprimés, puis enfin les journaux, et tout l'immense appareil des instruments de la publicité moderne. Ainsi, après la Sécularisation est venue la Vulgarisation. C'est ce dernier résultat que notre époque poursuit avec une ardeur extraordinaire, et paraît vouloir réaliser dans des proportions qu'assuré-

Page 1