CLASSIFICATION DES MALADIES. ~H
sous des noms collectifs, il a, bien plus qu'il ne le croit, fait, à sa manière,de l'ontologisme. Il n'est pas le premier à qui cela est arrivé, à partir de ftroussais lui-même, ni le dernier à qui cela arrivera. C'est une nécessité intrinsèque de toute conception et de toute exposition systématisée de la science médicale et de toute science. L'originalité, si originalité il y a, de la théorie de M. Piorry, est dans le parti pris, résolument conçu et appliqué , d'édifier la pathologie avec des éléments exclusivement Anatomiques. C'est le dernier mot du système Physiologique, l'expression complète et fidèle du principe de Yorganicisme. A ce point de vue cet effort de systématisation n'est nullement méprisable. Il suppose dans son auteur une vue très-nette et trèsferme du but qu'il s'est proposé, beaucoup de suite et de conséquence dans la manière dont il a poursuivi le développement logique de son idée au travers de toutes les difficultés. Le système est faux sans doute, il pèche par la base; mais il est régulier, bien lié, conséquent. Il ne peut subsister ou tomber que de toutes pièces. On sait par où l'attaquer et par où le défendre. On n'en pourrait certainement pas dire autant des doctrines médicales qui se sont produites à l'occasion et en opposition de celle de M. Piorry. On ne peut pas le dire surtout de celles qui, admettant in petto les principes généraux du physiologisme et de l'organicisme, en déclinent dans le détail les conséquences, essayent, à l'aide de raccommodages ou de placages plus ou moins adroits, de faire oublier leur origine, de se ménager au moyen de ces allures équivoques de
nouveaux amis sans perdre tout à fait les anciens et de se mettre bien avec tout le monde. Quant aux vieilles doctrines traditionnelles groupées sous l'enseigne plus ou moins légitime du Vitalisme , elles ont dû leur triomphe moins peut-être à la force, à la clarté, à la pertinence des raisons, ou même à l'énergie des convictions de leurs adhérents, qu'à l'absence de toute résistance sérieuse, et qu'à l'entraînement passif d'une réaction qui, comme d'ordinaire, croit ne pouvoir s'éloigner du présent qu'en revenant au passé.
D'après cela, il nous semble que l'œuvre scientifique de M. Piorry mériterait d'être traitée un peu plus sérieusement qu'on n'a pris l'habitude de le faire. On ne devrait pas user si inhumainement des avantages que certaines originalités d'allure, de caractère et de langage donnent à des adversaires disposés à la gaieté. Il n'est pas défendu de rire un peu lorsque la juste occasion s'en présente, mais cela ne dispense pas de répondre à des raisons par des raisons; et l'honorable auteur de la nouvelle Onomatologie médicale a quelque droit de se plaindre qu'on ne distingue pas assez, dans les discussions, sa doctrine de sa personne.
Un dernier mot sur la Nomenclature, bien que M. Bousquet ait dit que c'est une de ces choses dont on ne parle qu'une fois. M. Piorry a la faiblesse d'attacher une extrême importance à ce produit malheureux de son esprit. Il est, à cet endroit, comme ces pères dont l'enfant chéri est précisément le plus laid et le plus mauvais sujet de la famille. Il a, de plus,