CLASSIFICATION DES MALADIES
le tort, ainsi que nous l'avons vu, d'associer toujours le sort de sa doctrine pathologique à celui de sa terminologie, tandis qu'il devrait, au contraire, les séparer avec le plus grand soin pour ne pas laisser peser sans nécessité sur la première la trop juste et trop grande responsabilité de ridicule encourue par la seconde. Nous lui en conseillons encore une fois, quoique avec peu d'espoir, le plein et entier sacrifice.
Un de ses collègues à la Faculté, dont la science et la profession ont eu récemment à déplorer la perte prématurée, le lui disait avec sa franchise habituelle (1) : les inventions de ce genre ne sont que du pédantisme; à défaut d'idées on fait des mots. Les meilleurs mots qu'on puisse employer en France, en médecine comme en toute science, ce sont les mots français ou francisés par un long usage. Il lui conseillait aussi, s'il voulait absolument faire des mots techniques, de les tirer du latin plutôt que du grec, par la raison d'abord que les mots grecs sont durs et fâcheux à l'ouïe et ensuite parce qu'étant, nous Français, une race latine, le latin sonne moins étrangement à nos oreilles et à notre esprit. Mais sur ce point, nous ne pouvons être de l'avis de Gerdy.il calomnait le grec en l'accusant de dureté et d'aigreur ; il passe pour la plus euphonique des langues. La difficulté de prononcer les mots à racines et désinences grecques ne vient que de leur physionomie étrangère. Si le latin nous paraît plus doux, ce n'est pas qu'il le soit en effet, c'est parce qu'il est plus
(1) Le professeur Gerdy (Bulletin de l'Académie, 185G, t. XX, p. 727 et suiv.).
analogue au français. Du reste l'euphonie est une circonstance tout à fait accidentelle. La douceur et la dureté relatives des mots ne tiennent qu'à l'habitude plus ou moins grande de les entendre et de les prononcer. Enfin Gerdy oubliait., en conseillant à M. Piorry de latiniser sa nomenclature, que les termes de science, et en particulier ceux de médecine, employés par les auteurs latins, étaient pour la plupart ou purement grecs ou faits avec le grec. Celse, par exemple, reste à chaque instant à court de latin pour les noms des maladies, des médicaments, des opérations, des détails anatomiques et physiologiques. C'est que les Romains ayant reçu toutes les sciences des Grecs, furent obligés de prendre aussi leur terminologie ; et cette terminologie, qui était usuelle et vulgaire pour les Grecs, devint savante et technique chez les Latins, comme elle l'est, après ceux-ci, chez toutes les nations modernes.
Il n'y a donc pas lieu, ce semble, de passer du grec au latin dans nos nomenclatures. Il vaut mieux s'en tenir à la première recommandation de M. Gerdy : être extrêmement sobres de mots nouveaux et s'exprimer sur toutes choses en bon français. C'est bien déjà assez difficile.
A l'occasion de cette ontologie qui revient encore si souvent dans les discussions de philosophie médicale, je crois devoir rappeler que cette question fut jadis traitée in extenso à l'Acaclémie de médecine. Il y a longtemps de cela, mais les récentes disputes sur ce