‹ La médecine et les médecinsChapitre 25 sur 35 · LA VRAIE MÉDECINE DÉCOUVERTE · texte numérisé non relu

LA VRAIE MÉDECINE DÉCOUVERTE

de logique, soit par quelque autre raison, ne savent pas tirer parti de ces admirables formulés qui, contenant tout, ne rendent rien; de sorte qu'on a le désagrément de posséder la science universelle sans posséder aucune science spéciale; on est philosophe, mais on n'est ni astronome, ni physicien, ni chimiste, ni médecin; on sait la raison première et dernière de tout en général, de rien en particulier. Le célèbre auteur de la Philosophie de la nature est le seul, à notre connaissance, qui n'ait pas dédaigné de descendre à quelques applications de détail. Schelling, en effet, ne s'est pas contenté de nous donner en bloc la science absolue condensée dans sa formule A = A. Il l'a déroulée et en a tiré un grand nombre de sciences, et en particulier une médecine qui ne peut être que vraie, si elle est logiquement déduite de la formule supérieure de tout le système, dont l'évidence mathématique est certes incontestable. M. Azaïs a suivi cet exemple. Il a fait une physique quH pour n'être pas celle de l'Académie des sciences, n'en est pas moins bonne, puisqu'elle est déduite du principe même qui régit l'univers, savoir : le balancement universel par voie de compensations exactes, lequel principe est démontré. Aujourd'hui il vient d'esquisser une médecine théorique et pratique basée sur le même principe. C'est par hasard qu'il a dirigé ses investigations de ce côté. Et voyez à quoi tiennent les plus grandes découvertes! Si M. Léon Simon n'avait pas professé Yhomœopathie dans la même salle où M. Azaïs professait Ycxplication universelle, M. Léon Simon n'aurait paseu la pensée de fairedes objections

à M. Azaïs, qui, n'ayant pas à répondre à ces objections, ne se serait pas occupé de médecine. Deux ou trois conversations avec ce médecin décidèrent M. Azaïs à exposer sa doctrine médicale; il se trouva bientôt prêt, car, comme il le dit lui-même, tous les sujets sont de son domaine, leur liaison réciproque au moyen du principe universel lui donnant la faculté de les traiter tous à l'instant. C'est à cette circonstance que nous devons une théorie médicale que son auteur n'hésite pas à déclarer la seule vraie, attendu, dit-il, qu'il la fera découler du principe universel. C'est là en effet une raison sans réplique.

Cette théorie est d'une simplicité telle qu'on peut l'exposer en quelques lignes, et qu'un enfant peut la comprendre.

Dans l'univers tout est en mouvement et cependant en équilibre, ce qui ne peut avoir lieu que par le balancement croisé de tous les mouvements. Ce balancement croisé, exécuté librement, constitue l'état normal, l'ordre de la nature ; s'il est troublé par quelque cause, les mouvements, au lieu de se balancer également, s'entre-choquent ; il y a alors désordre, état critique de la nature. Ainsi, par exemple, l'état normal de l'atmosphère est la succession des deux vents généraux qui circulent du pôle à Péquateur et de l'équateur au pôle. Cette distribution régulière constitue la santé de l'atmosphère; mais lorsque le soleil, à l'époque des équinoxes, détruit cet équilibre, l'atmosphère est en'cYise, elle est malade. Le balancement croisé des mouvements finit toujours par

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de le rétablir, pourvu qu'il puisse s'exécuter libre»

meut.

Dans le monde organique il en est de même. L'adolescence, dans les êtres organisés et surtout dans l'homme, et Y âge mûr sont deux époques critiques analogues aux deux équinoxes de l'atmosphère ; elles sont signalées par des troubles violents, mais passagers, suivis du retour à l'équilibre, si une fausse médecine ne s'en mêle pas.

La vie n'est que le résultat de deux mouvements opposés, dont l'un, afférent, va de la circonférence au centre, et l'autre, efférent, va du centre à la circonférence; ce que l'anatomie confirme dans le système vasculaire. Lorsque ces deux impulsions opposées, au lieu de se succéder régulièrement.'se combattent comme les vents équinoxiaux, il y a maladie. Ce combat est représenté surtout par la fièvre. On peut comparer aussi la vie organique à un concert. Lorsque toutes les parties marchent d'accord, l'orchestre se porte bien. Mais si une seule des parties concertantes presse ou ralentit la mesure ou change le ton, l'orchestre est malade.

Voilà la pathologie; voici la thérapeutique.

Quand il y a tempête, orage dans l'atmosphère, comment se rétablit le calme? par un effort général de toute la masse qui finit par surmonter l'action des causes qui ont entravé ses mouvements réguliers. Lorsque dans un concert il y a dissonance, comment se rétablit l'harmonie ? par les efforts de tout l'orchestre qui force la partie rebelle à rentrer dans l'ordre, ou qui lui impose silence. Toute maladie se termine de

même. C'est l'économie entière qui seule peut la guérir, soit en faisant rentrer dans l'équilibre organique la partie troublée, soit en supprimant son action quand elle n'est pas d'une importance majeure. La thérapeutique consiste donc uniquement à soutenir la force vitale des organes sains dont l'intervention est essentiellement médicatrice. L'exercice modéré de tous les organes sains et libres, la satisfaction de tous les désirs, appétits et besoins qui s'y développent, telle est la première règle médicinale. Par la même raison, on doit exclure tout médicament qui répugne, toute pratique désagréable ; jamais de saignées, car elles affaiblissent l'appareil circulatoire; point de purgatifs ni de diète forcée, qui affaiblissent l'estomac; point d'applications irritantes extérieures, qu'on les appelle révulsives, dérivatives ou autrement, car elles affaiblissent le système cutané. En somme, point de Remèdes, parce qu'il n'y en a aucun qui ne soit repoussé par l'instinct animal, qui ne trouble plus ou moins l'économie et n'entrave ses efforts conservateurs et. curatifs. Si les animaux guérissent si vite, c'est qu'ils ne s'opposent pas à l'action bienfaisante des causes naturelles; s'il existait une pharmacie de l'atmosphère, on n'aurait presque jamais de beaux jours.

Cette médecine n'est guère, on le voit, que la suppression de la nôtre. Halmemann a formulé, à peu près dans les mêmes termes et par les mêmes motifs, ces prescriptions négatives, et nous soupçonnons que notre philosophe les a empruntées par mégardeà l'homœopathie; mais il leur donne une autorité nouvelle

L'ENCYCLOPÉDISME KT LE BPÉCrALISME. SOS

et bien supérieure en montrant qu'elles sont conformes à la loi du balancement universel.

Tout en admirant celte théorie médicale comme elle le mérite, on ne peut lui prédire un grand succès. Il ne suffit pas qu'une médecine soit vraie pour réussir. Celle de M. Azaïs a beau descendre en droite ligne du principe universel, elle ne séduira personne tant qu'elle ne sera pas établie sur la solide base de la pharmacie. Toute médecine qui renonce à calmer les nerfs, à purger les humeurs, à purifier le sang, est une abstraction et une chimère. Quant à nous, fidèles aux traditions vénérables de notre art, nous resterons invariablement attachés à la médecine qu'on nous a enseignée à l'école. Nous saignerons en dépit du principe d'expansion, nous purgerons malgré la loi de transpiration universelle, nous cautériserons à Péricontre de l'état de vibration, La fausse médecine subsistera toujours à côté de toutes les médecines vraies; et les sages qui se donnent la peine de nous instruire et de nous apprendre notre métier, trouveront toujours des sourds et des ingrats semblables à nous ; car il faut que tout ait sa compensation.

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