‹ La médecine et les médecinsChapitre 5 sur 35 · DÉCOUVERTES ET DÉCOUVREURS · texte numérisé non relu

DÉCOUVERTES ET DÉCOUVREURS

sens, plus d'honneur à son esprit et à l'esprit humain que celle du muscle poplité , du trou de Botal et des nates et testes.

Tel a découvert une planète , un nouveau corps simple ou censé simple, un ganglion nerveux microscopique, et s'est fait un nom pour cela, qui n'y a pas plus mis du sien que le laboureur qui, en creusant la terre, trouve une médaille, une terre-cuite antiques. Ces sortes de découvertes s'appelleraient mieux des rencontres, des trouvailles. C'est un peu ainsi que C. Colomb, voulant et croyant aller en Asie, tomba sur l'Amérique.

Dans l'ordre spéculatif, rationnel, la découverte gît dans Vidée. Les faits, sans l'idée, ne sont rien, car ils ne valent qu'en tant qu'ils expriment, manifestent, réalisent l'idée. L'idée ne vient donc pas, comme on le ressasse sans cesse, à la suite des faits, et à titre de simple corollaire ; loin de là, les faits ne sont des faits que par la signification que leur donne l'idée.

Il est pourtant d'usage, parmi nos savants, tous bons baconistes, de dire que la théorie doit suivre les faits et non les faits la théorie. Cette formule est passée à l'état d'axiome; elle est comme l'A, b, c de la logique scientifique. Elle est cependant très-contestable en principe, et, en fait, l'exemple des théories dont l'esprit humain fait le plus volontiers parade (le système copernicien, la gravitation neutonienne, la circulation du sang, etc.), lui donnerait tort. Ce qui trompe en ceci, c'est qu'on confond la démonstration de l'idée avec sa conception. Il faut sans doute des faits pour dé-

montrer l'idée, ou, en d'autres termes, il faut, pour que l'idée soit vraie, qu'elle soit véri fiable. Mais vérifier n'est pas découvrir. La découverte est la conception du principe idéal, régulateur des faits. C'est là l'œuvre créatrice et architectonique de l'esprit.

Ce n'est donc pas précisément faire l'histoire d'une découverte ou invention que d'énumérer les ébauches plus ou moins informes qui l'ont précédée. Ces précédents, en effet, n'acquièrent une valeur, comme éléments ou jalons de la pensée nouvelle, qu'à la lumière fournie par cette pensée même. La connaissance des valvules des veines fut, dit-on, un acheminement à la théorie de la circulation. Rien de moins sûr. Il serait plus exact de dire que c'est l'idée de la circulation qui a fait reconnaître le rôle fonctionnel des valvules; et de fait, leur vraie fonction a été méconnue, même par leur inventeur, jusqu'à Harvey. C'est qu'Harvey av'ait, pour ouvrir la serrure, la clef qui manquait à Fabrice d'Acquapendente.Ces antécédents font bien partie de l'histoire de la science, mais non de l'histoire de la découverte.

M. Flourens, dans son excellent petit livre, a fait l'histoire de la circulation du sang. A-t-il fait celle de la découverte de Harvey ? Il semble supposer qu'on n'est arrivé là que pas à pas, par pièces et par morceaux. Césalpin a vu ceci, Colombo cela, Fabrice une autre chose, Servet une autre encore..., très-bien! Mais Vidée! cette idée que le sang, formé de l'aliment, versé dans la cavité droite supérieure du cœur, en sort par la cavité inférieure du même côté, passe de là, après avoir traversé les poumons, dans la cavité supé-

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