DÉCOUVERTES ET DÉCOUVREURS
rieure gauche , de celle-ci dans la cavité inférieure, puis de là, par les artères, jusque dans les dernières ramifications du réseau capillaire, et puis enfin de ce réseau revient par les veines dans la cavité droite du cœur, à son point de départ -, cette conception d'un mouvement circulaire du sang dans un système continu de canaux revenant sur eux-mêmes, qui l'a eue le premier? qui, le premier, l'a explicitement formulée avec la pleine conscience de son contenu et de sa vérité? c'est celui-là et celui-là seul qui a connu et fait connaître la circulation du sang. Les autres, à parler rigoureusement, n'en ont su ni beaucoup, ni peu. Probablement même ils l'auraient niée, si elle leur avait été présentée comme une conséquence de leurs propres travaux. Harvey lui-même ne nia-t-il pas les vaisseaux chilifères (lactés) d'Aselli, et le réservoir de Pecquet, qui n'étaient au fond que des compléments du mécanisme circulatoire , des confirmations de sa théorie générale ?
Il y parut bien, lorsque Harvey annonça sa découverte. Malgré tous ces prétendus précurseurs, il ne rencontra d'abord que des incrédules et des opposants. Ce n'est que plus tard, lorsqu'il fallut se rendre à l'évidence, qu'on retrouva la circulation partout, dans Fabrice, dans Colombo, dans Césalpin, dans Servet, dans Fra Paolo Sarpi, et jusque dans Galien et Érasistrate. C'est là la marche ordinaire. Tout inventeur vivant doit s'attendre à être d'abord nié, puis volé au profit des morts. M. Flourens remarque, en vingt endroits, et non sans quelque amertume, cesprotesta-
lions de l'ignorance contre la vérité, ces dénis de justice à l'égard du génie. 11 a raison, car rien ne choque la raison et le sentiment moral comme Terreur obstinée et envieuse, qui repousse la lumière en haine de celui qui porte le flambeau. Mais ce n'est pas toujours, ni môme le plus souvent, par des motifs intéressés que les plus belles découvertes sont d'ordinaire méconnues, combattues, repoussées. Cette opposition a des causes plus générales, plus profondes, nécessaires, et, par conséquent, jusqu'à un certain point légitimes. Il y a toujours dans le milieu scientifique où se produit une idée nouvelle des motifs plus ou moins valables de résistance. Les inventeurs ne sont communément ni modestes, ni modérés; ils sont exigeants, impérieux, contempteurs et censeurs. Or les hommes veulent bien être instruits, mais non humiliés, et il est naturel qu'ils n'acceptent pas volontiers une science qu'on leur présente explicitement comme une démonstration de leur ignorance. En outre, il y a des faux prophètes dans la science comme ailleurs, et tout ce qui est nouveau n'est pas pour cela nécessairement vrai. Toutes les vérités sont combattues ! Sans doute, mais toutes les erreurs le sont aussi. Ce n'est pas comme vérités, c'est comme nouveautés qu'on les suspecte et qu'on les repousse. Ce n'est même pas d'ordinaire l'élite des esprits qui s'échauffe rapidement et prend parti pour une découverte ; ce sont les faibles, les ignorants, les mêmes qui font la fortune des faux systèmes, et forment la clientèle des charlatans et des rêveurs. Il ne faut donc pas tant honnir les opposants.