‹ La médecine et les médecinsChapitre 8 sur 35 · SCIENCES EXACTES ET SCIENCES NON EXACTES · texte numérisé non relu

SCIENCES EXACTES ET SCIENCES NON EXACTES

venions pas; ils sont tous placés au même titre dans le cercle de l'horizon intellectuel. Ce n'est pas l'esprit qui crée le monde intellectuel et moral, quoiqu'il en soit membre et y habite, pas plus qu'il ne crée le monde matériel. Il a dus facultés pour percevoir les phénomènes de ces deux mondes, et ses affirmations ne sont pas plus arbitraires à l'égard de l'un qu'à l'égard de l'autre.

Tout s'éclaircirait peut-être si, au mot Exactitude, on substituait celui de Certitude, qui représente mieux, au fond, la pensée qu'on veut exprimer. Mais la fausseté de cette pensée apparaîtrait alors immédiatement, car qui s'aviserait sérieusement de classer les sciences en certaines et incertaines? Il y a dans toutes du certain et de l'incertain, du clair et de l'obscur; mais ce qui est certain et clair dans Tune ne l'est pas différemment qu^e dans l'autre, et dans tous les cas, bien habile serait celui qui, dans l'arbre encyclopédique, pourrait faire la part relative de certitude, non pas seulement des différentes parties d'une même science, mais encore des sciences qu'on regarde comme les plus disparates par la nature de leurs objets, leurs procédés de vérification et de démonstration, de la géologie, par exemple, et de la psychologie. Si quelqu'un est capable de faire ce triage sur des raisons également satisfaisantes pour les deux parties, erit mihi magnus Apo/lo.

L'équivoque vient donc ici du mot exactitude, qui n'est nullement synonyme de certitude en général. Il ne désigne qu'un certain genre de certitude, ou, pour

li PHILOSOPHIE MÉDICALE.

parler plus rigoureusement, la certitude d'un certain ordre de connaissances. Il est emprunté aux sciences qui s'occupent exclusivement des corps, et aux propriétés ou caractères de ces corps qui sont vérifiâmes par le calcul, la mensuration ou la balance. Les mathématiques pures, qui ne s'occupent que de la Grandeur ou Quantité des choses, sont éminemment et. même exclusivement Exactes. Les autres sciences le sont d'autant plus que leur objet se prête plus ou moins, en tout ou en partie, au calcul. Il y en a, et en grand nombre, qui ne le sont pas du tout et qui ne sauraient jamais le devenir, parce que leurs objets n'étant pas susceptibles d'être soumis à la catégorie de la Quantité, ne sont par cela même ni mesurables ni calculables. Mais de ce que les objets de ces sciences ne peuvent être ni mesurés, ni pesés, il ne s'ensuit point qu'ils ne puissent pas être constatés; et de ce que ces sciences ne sont pas exactes, il ne suit nullement qu'elles ne soient pas certaines. Ce serait dire qu'elles n'ont pas véritablement d'objet et que ceux qui s'en occupent sont de purs songe-creux. Dans ce cas il faudrait supprimer quatre Académies de l'Institut et les deux tiers au moins des sections de la cinquième. Nous savons des philosophes positivistes qui applaudiraient des deux mains à cette exécution.

Ce préjugé est entretenu par un autre consistant à croire que certaines sciences sont définitivement fixées, tandis que d'autres sont toujours en quête de leurs principes. Parmi les premières, on cite volontiers la physique, la chimie, et parmi les secondes les sciences

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