CHAPITRE V
La Médecine dans les sanctuaires d'Egypte
Comme celle de l’Inde, la religion de l’ancienne Egypte eut deux faces.Elle fut exotérique etésotérique. Le peuple adorait des dieux dont les formes souvent grotesques cachaientune métaphysique élevée, accessible aux seuls initiés. Nulle part le symbole nefleurit avec une telle vigueur, nulle part aussi peut-être la pensée humaine n’atteignitunetelle hauteur. Les prétres, cachés au fond des mystérieux sanctuaires qui miraient leurs pylones dans le courant du Nil, étaient de profonds philosophes acharnés à la poursuite du mystère et dont l’esprit savait répondre à presque tous les points d'interrogation posés par les origines et par les destinées humaines. Leur philosophie arriva, étape par étape, au seuil même de l’inconnaissable, sesfidèles communièrent avec l'absolu. Il nous est difficile aujourd’hui d’en ressaisir le sens complet et d’en débrouiller l’écheveau. Nous restons confondus devantla foule des dieux à faces de bêtes. Longtemps nous n’avonscompris que leur sens ésotérique, celui qu'il était permis, il y a troismille ans, à la foule
BRuzON É
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des ignorants de connaître ; longtemps nous n'avons eu aucun soupçon de la splendeur si bien cachée des doctrines. À peine quelques phrases du Zivre des morts étonnaient-elles les érudits. Depuis quelques années cependant les études égyptiologiques ont pris une voie nouvelle. Des savants cherchent la vérité sous les symboles. Le temps n’est plus où Bossuet écrivait que dans le royaume des Pharaons: « Tout était Dieu, excepté Dieu lui-même, » et grâce aux découvertes modernes, grâceaux méthodes d’interprétation et d’exégèse, 1l nous sera peut-être donné de soulever un jour le voile d’Isis. Malheureusement le travail n’est qu'ébauché, la besogne à faire est encore longue et rude. Le sphynx hésite à donner le mot de l’énigme.
Pourquoi les prêtres renfermaient-ils jalousement la doctrine au fond des hypogées, et ne laissaient-ils au vulgaire quele fatras d’une théogonie monstrueuse? Peut-être pour la préserver de tout contact impur, pour en conserver l’exacte intégrité ou bien, par calcul d'intérêt, par esprit de domination.
Incomparables philosophes, les Egyptiens furent d’habiles mathématiciens, de hardis géomètres, de savants astronomes. Les sciences exactes sont les filles aînées de la métaphysique. Par contre, ils négligèrent les sciences d'observation. Absorbés dans la contemplation de lidée pure, ils n’eurent pas le loisir de regarder les faits pour en tirer des lois. Donc leur médecine fut en retard sur les autres sciences.
Docirine biologique. — Une doctrine biologique
NY pe
très simple en est la base; le corps est une combi-
naison de quatre éléments; suivant que l’un ou l’au-
tre domine, les tissus se différencient. Sa vie est
engendrée par un souffle mystérieux que des canaux transportent partout avec le sang et l’humidité.
L'homme est donc entretenu en bonne santé par un
système d'irrigation semblable à celui qui entretenait
la fertilité de la terre d'Egypte. Ces canaux trans-
portent indifféremment les principes vitaux et les
principes morbides.
— « La tête de l’homme a trente-deux vaisseaux qui charrient le souffle de son cœur.
— « Il y a deux vaisseaux aux seins. Ils charrient l’échauffement du poumon.
— « Il y a deux vaisseaux aux jambes et aux bras-
— « Il y a deux vaisseaux à l’occiput, deux au sinciput,deux à l’intérieur, deux aux paupières, deux aux
"narines, deux à l’oreillegauche, deux à l'oreille droite: Les souffles de la vie entrent par eux.
— « Le mal du fondement de ceux qui ne peuvent aller à la selle est amené par les vaisseaux des pieds. »
Et voilà à peu près les seuls principes d'anatomie familiers aux anciens Egyptiens. On a pu supposer pendantlongtemps que l’habitude des embaumements avait dû révéler à leurs prêtres les secrets des organes; il n’en fut rien et cela s’explique. Les embaumeurs n’appartenaient point à la classe säcerdotale ; bien au contraire, en raison de l’impureté de leur tâche, ils étaient voués au mépris du public et nul ne les approchait sans horreur. À Memphis, ils habi-
EANDE
taient un quartier spécial dont ils ne devaient pas sortir. Celui qui liait conversation avec eux était soumis à des purifications longues et minutieuses.
Dans les livres, le mot métu désigne indistinctement nerfs, veines, artères. Ge sont tous des canaux, métu. De même un seul mot, ro-ab, pour dire l’estomac et le cœur. Le diagnostic suivant, extrait du papyrus de Berlin, en fait foi:
« Son ventre est pesant, la bouche de son cœur est malade, son cœur est brûlant. Ses habits sont lourds sur lui, beaucoup d’habits ne le réchautffent pas. Le goût de son cœur est perverti, comme celui dun homme qui a mangé des figues de sycomore. Les chairs sont amollies comme celles d’un homme qui se trouve mal; s'il va à la selle, son ventre refuse de s’exonérer. Il a un nid d’inflammation dans le ventre. Le goût de son cœur est malade. S'il se lève, il est commeun homme qu’on empêche de marcher. Applique-lui les moyens pour les inflammations par échauffement ainsi que les moyens qui détruisent l’inflammation du ventre. »
J’ai cité ce morceau en entier, car il donne la mesure exacte de la méthode d'investigation des praticiens égyptiens. Aucune logique dans l’étude des symptômes. De simples remarques faites sans ordre.
Bibliothèque médicale de la Vieille Egypte. — Comment est composée la bibliothèque médicale de la vieille Egypte?
Clément d'Alexandrie nous parle des Livres Hermétiques qui étaient une sorte d’encyclopédie officielle, scientifique et religieuse, en quarante-deux volumes.