‹ La Médecine et les ReligionsChapitre 23 sur 67 · LEO · texte numérisé non relu

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gnes, des exorcistes ignorants vendaient aux laboureurs et aux gardiens de troupeaux des amulettes et des charmes. Donc trois classes de médecins. On peut y joindre les pastophores, prêtres qui s’occupaient de l'entretien des temples et qui servaient d’intermédiaires entre les pontifes et les fidèles. Ils avaient le droit de prononcer les formules et le pouvoir de chasser les mauvais génies. S'il faut en croire Héronore, les praticiens étaient presque tous - spécialistes dans les grandes villes. « La médecine est si sagement distribuée en Egypte qu’un médecin ne se mêle que d’une seule espèce de maladie, et non de plusieurs. Tout y est plein de médecins; les uns sont pour les yeux, les autres pour la tête, ceuxci pour les dents, ceux-là pour les maux de ventre et les parties voisines, d’autres enfin pour les maladies internes » (HÉRoDoTE, 1. 2, LXXXIV).

Les médecins jouissaient de la considération du public et le pharaon leur accordait certains privilèges ; C’est ainsi qu’ils ne payaient que la moitié de l'impôt et qu'ils avaient droit de préséance dans les cérémonies publiques. Leurs clients les payaient le plus souvent en nature et quelques-uns leur faisaient de riches présents. Souvent aussi ces dons étaient faitsau temple. Les murailles de certains sanctuaires renommés étaient couvertes d'ex-voto, plaques de métal gravé, cartouches hyéroglyphiques, reproductions de membres guéris, peintures, scarabées de pierres dures, figurines, amulettes.

Dans les villes ouvertes au commerce lointain, un certain nombre de prêtres médecins devaient soigner

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gratuitement les étrangers. Pour cela ils recevaient une pension du trésor.

Nous avons vu combien les médecins étaient jaloux de leurs connaissances et comment ils s'engageaient par un serment terrible à n’en rien révéler. Les livres étaient cachés avec soin et les peines les plus sévères frappaient le profane qui, par hasard ou par indiscrétion, y avait jeté le regard. Nous savons, par le papyrus judiciaire de Turin, qu’un certain Penhaï- Oen fut condamné à mort et exécuté sous le règne de Ramsès IT pour avoir dérobé un traité de médecine dans la bibliothèque pharaonique. L'acte d’accusation ne le qualifie pas de voleur, mais de sacrilège. Il avait acquis une puissance occulte et redou. table qu’il employait à nuire à ses semblables. Sa mort fut une délivrance pour le peuple et apaisa la colère des dieux.

Malgré ses grands défauts et son manque de rationalisme, la médecine sacerdotale de l'Égypte a joui d'une grande vogue pendant toute l’antiquité. On en trouve des traces dans Homère. Cyrus et Darius avaient auprès d'eux des médecins égyptiens, Héropore parle avec respect des praticiens de Thèbes et de Memphis. Srrason et Dionore DE Sicixe en font grand cas. TuéopaRasre, Gauex, Dioscompe leur ont emprunté des formules. M. Masrero estime même que la plupart des traitements indiqués par Pline doivent avoir la même origine.

Médecine scientifique. — Ecole d'Alexandrie. — La médecine scientifique ne fit son apparition en Egypte qu’à la fin de l’ancien empire. Elle fut un

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produit d'importation venu avec les conquérants étrangers. Elle fit de rapides progrès sous les Ptolémées; et, pendant deux siècles, l’école d'Alexandrie mena le mouvement scientifique. Les souverains étaient alorsles protecteurs dessavants etemployaient leur puissance aux bonnes conquêtes de l'esprit. La Grèce émigrait vers l'Égypte et y apportait son immortel génie. Alexandrie fut la ruche nouvelle où se fixa l’essaim laborieux des abeilles attiques. Elle devint la capitale du monde intellectuel. Elle pouvait à juste droit s’enorgueillir de ses jardins botaniques, de ses immenses bibliothèques aussi bien que des œuvres d'art qui ornaient ses places publiques et ses rues. Le Muséum et le Sérapeum furent des asiles calmes, propices aux longs travaux et aux patientes recherches. En vain,en171,Ptolémée Psychon expulse les savants pour remettre en valeur la vieille médecine des prêtres ; ils reviennent sous son successeur, et Alexandrie continue à mener le vieux monde dans la voie du progrès.

Les médecinscommencentalors à disséquer. Ils pratiquent même la viviseclion sur des condamnés à mort. La chair douloureuse des victimes fut la première à révéler les mystères physiologiques. Deux écoles rivales se disputaient la gloire des découver- Les. L’une fondée par Hérorie, disciple de Chrysippe de Cnide, l’autre par Erasisrrate, disciple de Metrodore. Toutes les deux prétendaient relever d’EHippocrare et bâtissaient sur le terrain qu’avaient déblayé les maîtres de Cos et de Cnide, Elles étaient sœurs et nullement ennemies, car seules, quelques

questions scientifiques les séparaient. Toutes les deux appuyaient leurs études sur l’expérience. Le raisonnement a posteriori allait remplacer le raisonnement a priori, et la méthode objective était enfin créée. Malheureusement les disciples d'Hérophile et d’Erasistrate abandonnèrent la route tracée par les maîtres et revinrent à la spéculation et à la théorie. Une telle erreur devait amener une réaction. Philinus de Cos, Sérapion d'Alexandrie et Glaucias de Tarente appliquèrent aux recherches médicales les préceptes de la doctrine empirique. Plus de rêveries et d’argumentations nuageuses, mais des observations et des constatations de faits. Raisonner, c’est ouvrir les portes à l'erreur. Il faut se contenter d’observer. C’est ce que firent les praticiens de la nouvelle école. Ils dressaient un tableau des symptômes et appliquaient un remède à chacun d'eux. Quand ils se trouvaient en présence de phénomènes nouveaux, ils avaient recours à la méthode d’analogie.

Les empiriques firent faire de grands progrès à la séméiologie, à l’étiologie, à la thérapeutique, à la gynécologie. Ils furent longtemps les maîtres incontestés de l’art médical.

Ecoles théurgiques. — Cependant à côté d'eux persévéraient les écoles théurgiques. Avant de terminer ce chapitre nous devons dire un mot des sectes mystiques qui se développent à cette époque sur la vieille terre du sphynx et qui, s'appuyant sur la tradition ésotérique des temples, prétendent posséder la clef des sciences. Alexandrie fut le carrefour du mrnde, le centre vers lequel convergeaient toutes

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les idées. Les doctrines philosophiques etles religions s’y rencontrèrent. Le paganisme et le christianisme essayèrent de s’y fondre, en s’appuyant sur la kabbale que les théologiens juifs apportaient. Les gnostiques prétendirent relever directement de Zoroastre. Ungrand courant de mysticisme s’établit. Simon le Mage et Apollonius de Tiane firent des miracles. Les néo-platoniciens inventèrent la Chaîne Dorée et expliquèrent comment la vérité unique et éternelle chemine à travers les temps, immuable sous les symboles des mythologies et des systèmes et comment le sage doit chercher à la découvrir, belle et nue, sous ses splendides vêtements. Nous n’entreprendrons point ici d'exposer la métaphysique de Plautin, d’Ammonius, d’'Errémius, d'Origène et de Longin ; ni de dire comment leur philosophie très élevée tourna au mysticisme pur avec Porphyre et Amélius pour aboutir à la théurgie avec Jamblique, Maxime, Priscus, Chrysante ; mais nous ne pouvons passer sous silence les pratiques de médecine naturelle qu'ils mirent en vogue. Ils les appuyaient sur l’autorité de l’Hermes Trismegiste. Ce personnage fut identifié au dieu Thot, en même temps qu’il était regardé comme un ancien roi de Memphis à qui l'esprit divin aurait révélé toutes les sciences. Les livres d’Hermes Trismegiste sont peutêtre les livres hermétiques auréolés d’une légende nouvelle. Ils contenaient, au dire de ceux qui les étudièrent, la révélation scientifique dans toute sa pureté et dans toute sa plénitude. On y trouvait la formule du Grand OEuvre et de la Panacée univer-

selle. On y trouvait les signes magiques et les inscriptions spagyriques de la table d’émeraude. Celui qui savait les lire était maître de la vie et de la mort. Avant tout,il devait réciter sur son malade l’hymme mystique d’Hermes : « Univers, sois atlentif à ma voix ; terre, ouvre-toi; que la masse des eaux s'ouvre à moi. Arbres, ne tremblez pas, je veux louer le Seigneur,le Tout et Un. Que les cieux s’ouvrent et que les vents se laisent, que toutes mes facultés célèbrent le Tout et l’'Un. » Ensuite il consultait PInstrument d’ Hermès, qui était une table dechiffres à combinaisons pythagoriciennes, destinée à prévoir l'issue de la maladie. Alors il entreprenait la cure, cure mythique toute faite de symboles,où l’acte magique avaituneimportance capitale : invocations aux sylphes, esprits de l’air ; aux gnomes, esprits de la terre ; aux salamandres, esprits du feu ; aux sirènes, esprits de l’eau ; conjuration de larves, de tous les êtres imprécis et méchants qui peuplent l’espace. On traçait des cercles avec une épée, on inscrivait dans la poussière des triangles mystérieux. On composait des breuvages avec les herbes cueillies au clair de lune sur les tombeaux. Tout cela était extrêmement compliqué. C'était un ramassis des procédés théosophiques de tous les temps etde tous les pays.

Le livre des Cyranides, attribué somme tous les autres à Hermes Trismegiste, semble remonter aux traditions zoroastriques. Il comprend quatre-vingts chapitres. Dans chacun, une plante, un oiseau, une pierre et un poisson correspondent aux quatre élé-

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ments et réunissent leurs verlus contre une maladie déterminée. Les pierres précieuses y sont douées de propriétés thérapeutiques, comme dans les poèmes orphiques.L’aétique favorise les accouchements. Le beryl soulage l’épilepsie et la néphrite. L’émeraude guérit les ophtalmies et les flux de sang. L’éphestite guérit la gravelle, l’améthyste dissipe l'ivresse. L’ambre est excellent pour les yeux. La pierre médique purge, fait disparaitre les crachements de sang. L’onyx conjure les maladies de matrice. Le saphir est érotique, l’ophite cicatrise les blessures. La chalazite détourne les fièvres. |

IL y aurait un ouvrage à faire sur les écoles théurgiques d'Alexandrie, et sur l'influence qu’elles exercèrent au moyen-àâge; j'ai voulu seulement en noter en passant l’existence.

Or, pendant que le flambeau scientifique brillait d’un incomparable éclat sur le Delta, pendant que dans l'ombre de leur bibliothèque, les philosophes prétendaient appuyer la foi au miracle sur des traditions millénaires,alliées à une logique nouvelle, la vieille médecine sacerdolale vivait encore dans la vallée du Nil. Elles’y est perpétuée obscurément à travers les siècles jusqu’à nos jours; car on trouve,chez les fellahs de Kamak et de Louksor,des pratiques qu’il est aisé de rattacher aux mœurs pharaoniques et les marchands d’amulettes qui parcourent les ruelles du vieux Caire sont les derniers disciples des prêtres qui

gravaient des formules conjuratoires sur des scarabées de pierre dure.

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